Canthilde

On en dit toujours trop.

25 juillet 2009

Une diva sous les arbres

antony_fourviere

Mardi soir, j'ai assisté au concert d'Antony and the Johnsons, dans le cadre des Nuits de Fourvière. Les conditions étaient idéales : une chaude soirée d'été, un amphithéâtre antique à l'acoustique excellente, un groupe accompagné par l'Orchestre de l'Opéra de Lyon.

En plus, j'étais accompagnée de fans hardcore, qui me racontaient par le menu la tournée d'Antony, dont elles avaient suivi une bonne partie à travers l'Europe. Que peut espérer une fan hardcore d'Antony, me suis-je demandé ? Peut-on donc être fan de quelqu'un pour une autre raison que celle d'une forte envie de s'accoupler avec lui grande admiration pour ses textes ?

J'ai un peu mieux compris quand il est entré en scène. Vêtu d'une sorte de soutane courte, il a chanté d'une manière humble et émouvante, balançant les mains comme quelqu'un qui ne serait pas tout à fait à l'aise. Très professionnel, il s'inquiétait de savoir si sa voix n'était pas trop forte par rapport à l'orchestre ; il a insisté pour reprendre un morceau pourtant pas catastrophique depuis le début. Et il parlait entre les chansons, souvent en français, semblait content d'être là. Il admirait les arbres au-dessus des gradins, joliment éclairés dans la nuit, en disant se sentir comme dans son jardin. Un vent de début d'orage faisait bouger les installations scéniques. Sans gêner la musique, il apportait une touche de mystère...

J'ai reconnu des chansons de The Crying Light et de I'm Am A Bird Now, de toute façon les seuls albums que je connaisse. La présence de l'orchestre donnait une autre dimension à ces chansons, qui sont parfois austères. J'ai été comblée par la version de "For Today I Am A boy". Certaines chansons m'étaient inconnues ; les spécialistes m'ont confirmé qu'il y avait des inédits, et aussi des reprises.

Je suis ravie de conclure ainsi mon séjour lyonnais. La touche mélancolique n'est pas que dans la voix d'Antony, en ce moment...

Une vidéo assez dégueulasse ici, mais on voit les arbres !

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07 mai 2008

Classe et nonchalance

Tindersticks

Lorsque je me suis rendue au concert des Breeders, le mois dernier, j'ai du braver la forêt de distributeurs de tracts qui se pressent aux abords des salles de concert. Derniers albums des groupes djeuns du moment ? Sans façon. Concert des Tindersticks ? Je prends !

Lundi soir, j'ai donc pu découvrir la magnifique, quoique légèrement clinquante sur les bords, salle des Folies Bergères. Les lumières se sont éteintes juste au moment où mon compagnon et moi (oui, vous avez bien lu, j'ai réussi à venir accompagnée à un concert !) prenions place sur notre rangée haut placée, ayant tout juste eu le temps d'entrevoir le cadre élégant.

Sara Lowes a aussitôt ouvert le bal pour une première partie timide mais courageuse, devant une salle aux trois-quarts vide ; les fans des dandys anglais ont préféré attendre le dernier moment pour entrer... D'accord, les premières parties sont un mauvais moment à passer pour le public, il m'est souvent arrivé de bailler à ces moments-là, mais la moindre des choses est d'écouter, au moins pour se faire une idée. Or cette chanteuse avait une très jolie voix et se débrouillait bien toute seule entre son piano et sa guitare.

Ne restait plus qu'à attendre la jolie entrée de scène des Tindersticks, dont les musiciens sont entrés un par un, dans l'ordre des instruments joués dans l'"Intro" de The Hungry Saw. Un Stuart Staples à la silhouette juvénile, la calvitie naissante, est venu se joindre sans ostentation à l'orchestre. Et quand il a commencé à chanter... Quelle voix ! J'aurais pu l'écouter toute la nuit. En un instant, il a plongé la salle dans une torpeur extatique, suspendue à ses lèvres.

Le répertoire de ce soir a privilégié les morceaux moelleux, une bonne partie provenant des deux-trois derniers albums (que je connais moins), mais aussi de leur deuxième, mon préféré. Ils ont joué "Sleepy Song" ! J'ai été terrassée par un violent orgasme lorsque les cuivres, que je guettais depuis le début, ont retenti.

J'ai apprécié le fait qu'aucun musicien n'ait été mis davantage en l'avant que les autres, même le chanteur. Les éclairages venaient souligner opportunément le rôle de l'un ou l'autre. Il y avait les instruments rock d'un côté, guitare, basse, batterie, et l'orchestre classique de l'autre, violons, contrebasse, trompettes ; plus l'orgue, le xylophone et tous les petits instruments nécessaires au bruitage de tel ou tel titre. Bref, l'orchestre au grand complet, même si la base des musiciens du groupe a évolué depuis leurs débuts.

Deux rappels, une attitude décontractée de Stuart Staples, qui semble possédé par sa musique. Si j'avais été plus près de la scène, je leur aurais bien demandé de jouer "Let's Pretend", que j'ai régulièrement dans la tête. J'ai regretté qu'on n'ait pas eu droit à une présentation en règle de tous les musiciens, ce qui aurait pris une petite demi-heure...

Tandis que nous nous dirigions vers la sortie, mon compagnon s'est soudain écrié : "Ça y est, je crois que j'ai trouvé l'explication de sa technique vocale !"

Stuart Staples a une délicieuse voix de basse, qui "ondule" plaisamment quand il chante ; il joue à merveille de ses intonations les plus graves et les plus douces, avec des transitions toutes en douceur. Il s'agissait donc d'un vibrato.

Il y a deux façons, m'a expliqué mon compagnon, de faire des vibratos. La première consiste à faire des modulations de fréquence : "Ah-ah, ah-ah, ah-ah", soit "grave-aigu, grave-aigu..." La deuxième, concernant notre charismatique ami, consiste à faire des modulations d'amplitude, c'est-à-dire une succession d'un peu plus fort-un peu moins fort, soit "AH-ah, AH-ah, AH-ah..." A quoi ça tient, tout de même, un orgasme musical...

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19 avril 2008

Ritournelles, sueur et ampoules

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N'ayant pu décider aucun membre de mon entourage à m'accompagner au concert des Breeders (les hommes sont des petites natures), j'ai décrété : "Bon ! très bien ! Puisque c'est comme ça, j'irai seule et je sauterai dans tous les sens comme une adolescente sous ectasy !" Et, finalement, exceptée la partie concernant l'ectasy, j'ai passé une très bonne soirée à la Cigale.

Sitôt terminée la première partie oubliable (beaucoup trop bruyante, quoique sympathique, sans plus), les techniciens ont commencé à installer un décor à base de grosses ampoules. Pas de chichis de stars : elles n'ont pas attendu une heure pour venir jouer. Une des soeurs Deal a même pointé le bout du nez pour donner des conseils aux techniciens pendant l'installation de la scène. Sont donc arrivées : Kim et Kelley Deal, en jean et t-shirt informes, le cheveux gras ou mouillé, le sourire éclatant ; une rousse à dreadlocks discrète, qui ne participerait que de temps en temps ; Mando Lopez, bassiste ; Jose Medeles, batteur énergique et visiblement enchanté d'être là.

C'est un plaisir de voir les jumelles sur scène. Très à l'aise, elles plaisantent, se chamaillent gentiment, font des bonds en tirant sur leur pantalon pour le remonter. Ca c'est de la vraie femme comme je les aime, qui se renifle sous les bras ! Elles interpellent les musiciens de gros "yok !" et d'éclats de rire tonitruants qui tranchent avec leur douce voix quand elles chantent.

Dès le premier titre, "Tipp City" (hourrah !), j'ai su que ça allait bien se passer. Tous les albums y sont passés. Les titres de Mountain Battles, le dernier, passaient très bien en concert. "Bang On", "Overglazed", "It's the Love"... Mélodiques, sautillantes, je les ai aussitôt adoptées. La fraîcheur des chansons, cette fameuse touche Breeders qui me surprend toujours, ressort encore plus en direct. Je pense que Kim Deal est une des meilleurs compositrices rock actuellement. Toujours très simples en apparences, sans surproduction, ses chansons présentent des constructions parfaites, aux mélodies séduisantes et subtiles, sans longueurs superflues : souvent une fin nette et brutale, au lieu d'un énième refrain, suffisamment frustrante pour donner envie de repasser la chanson sur le champ.

Les titres alternent puissance et délicatesse, tel le très doux "Here No More" qui m'a bercée avant de dégénérer en fou rire chez les deux soeurs. Comme on pouvait s'y attendre, elles ont eu un joli succès avec "Cannonball" et tous les titres de Last Splash joués ce soir-là. Un seul rappel, attaqué avec un "Overglazed" enthousiaste et ses "I can feel it !" déclamés avec concentration par une Kim Deal au clavier.

Musique délicieuse, attitude formidable (on fermera les yeux sur l'accent effroyable de Kim Deal essayant de parler français), je suis redevenue fan sans la moindre retenue de ces musiciennes déjantées. Ne manquez pas la vidéo de la fête de sortie de l'album, qui permet mine de rien d'écouter le disque dans son intégralité et donne une bonne idée de la décontraction du groupe !

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23 novembre 2007

La transe du chameau

Toumast

Hier soir, bravant grèves des transports, migraine et forte envie de me planquer sous la couette dès 20h, j'ai retrouvé mon cher Berlioz comme prévu pour une soirée musicale des plus chaleureuses. Partageant le goût du désert (mitigé chez moi mais quand même, c'est beau), je lui ai vanté les charmes de la musique touareg, qui fait mes délices depuis un peu plus d'un an. J'aurais adoré aller voir Tinariwen le 7 décembre, si ma soirée n'avait déjà été prise. Qu'à cela ne tienne, je me suis jetée sur le concert de Toumast du 22 novembre !

Finalement, j'en savais peu de choses, de ce groupe, sinon qu'il exprimait à merveille ce blues lancinant qui se ballade entre Algérie, Mali et Niger. Leur album Ishumar est une merveille de mélodies hypnotiques et de chant poétique. A vrai dire, j'avais presque peur de m'endormir pendant le concert, étant donné mon état de fatigue de ces derniers jours.

Aucun risque, je l'ai vite compris, quand les musiciens ont commencé à jouer dès la sortie du duo Scotch et Sofa en première partie ! D'abord, Moussa Ag Keyna est entré seul sur scène, très digne avec son chèche d'un indigo soutenu formant une tour impressionnante sur sa tête. Il a égréné quelques notes typiques sur sa guitare, la magie a opéré... Puis les deux autres touaregs sont arrivés, celle sur l'affiche qui allait jouer et chanter, l'autre étant un percussionniste bondissant, mais aussi deux français, dont un batteur. Et c'est là que les choses ont dégénéré, car le batteur a joué tout du long à la façon d'un rockeux de base, tellement fort qu'il noyait le son des autres ! Ca m'a un peu crispée au début, jusqu'à ce que la musique monte en puissance et m'entraîne dans ses volutes puissantes. N'empêche, les claps typiques de ce style de musique me manquaient...

"Allez-y, vous pouvez danser, on ne fait pas de la musique de marabout !" s'est écrié le chanteur. Le New Morning est une salle intimiste, avec des chaises disposées autour de petites tables. L'espace libre devant la scène étant assez réduit, j'ai surtout dansé sur ma chaise, tandis qu'un petit groupe se lançait en des mouvements sensuels et harmonieux. Et comment résister à cette musique endiablée, de la pure transe électrique, traversée des "youyou" stridents de la chanteuse (et quelques uns dans la salle) ?

Musiciens excellents, emportés par leur propre son, public tanguant à l'unisson... L'esprit rock est au Sud !

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17 septembre 2007

Ils ont encore du chien !

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Quand j'ai entendu les premières pubs à la radio comme quoi le concert des Stooges à la fête de l'Huma serait "l'événement rock de la rentrée", j'ai commencé à craindre un afflux monstrueux de gens, qui m'obligerait à suivre le concert en tendant l'oreille, quelques kilomètres plus loin...

Finalement, la partie la plus pénible de cette fête a été, de loin, le manque d'organisation (émeutes pour monter dans les navettes, toilettes innommables, absence de robinets d'eau). Mais le concert des Stooges, quel bonheur !

Les premières notes de ces chansons datant de plus de trente ans m'ont électrisée comme à la première écoute. En quelques secondes, les très rasoirs Razorlight ont été oubliés, pour bondir sur "No Fun" ou "TV-Eye". Pour être honnête, les Stooges ont réalisé là un programme pour fans, se concentrant sur le répertoire des deux premiers albums, The Stooges et Fun House. Et ça, c'est un peu dommage, pour un retour aussi retentissant. Il n'y a qu'un titre sur lequel j'ai eu un doute (Raw Power, The Weirdness ?). Trop dur,il faudra tout réécouter pour en avoir le coeur net. C'est les voisins qui vont être contents !

Je vous rassure tout de suite, Iggy Pop est toujours aussi dingue. A tel point que je me suis demandée au bout de dix minutes ce qu'il allait bien pouvoir trouver pour maintenir le spectacle au même niveau :

  • Dès le début, il était déjà à moitié à poil. Il a commencé le concert torse nu, comme à son habitude, nous privant certes d'un strip-tease alléchant mais nous permettant d'admirer son torse à la fois flasque et musclé d'entrée de jeu sur l'écran géant (pas mal du tout pour 60 balais !).
  • A la deuxième chanson, il s'est jeté dans les premiers rangs, se vautrant dans la foule sous le regard inquiet des gorilles, qui prévoyaient sûrement les débordements venant du sens inverse.
  • Au troisième titre, un joyeux "I Wanna Be your Dog", il a fait monter une vingtaine de jeunes gars sur scène, qui ne se tenaient plus et prenaient la pose... Mais l'iguane avait plus de classe qu'eux tous réunis, naturellement.

Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir trouver d'autre ? A ce moment-là, j'étais aphone d'avoir chanté à tue-tête depuis le début et Quintilien commençait à se demander si je préférais les hommes en âge d'être mon grand-père.

Finalement, Iggy Pop a continué son numéro avec déhanchements et hurlements appropriés, balançant sa chevelure lisse avec une délectation manifeste. Sans rire, le groupe a enchaîné les chansons cataclysmiques sans aucun temps mort. Il lui restait un dernier plaisir à se faire : rechanter "I Wanna Be your Dog", cette fois en faisant monter deux jolies et très jeunes filles, ne rechignant pas à se mettre à quatre pattes devant elles.

Un peu plus d'une heure de rock basique et primal qui éclipse une partie partie de la production musicale des vingt dernières années. Un spectacle révoltant, propre à l'édification de  tous les petits enfants dans le public (il y avait même des landeaux). Encore !!

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19 avril 2007

Recueillement et maniérisme

lisagerrard

Il y a deux ans, je traînais un célibat mélancolique et larmoyant au concert parisien de Dead Can Dance. Cette année, je suis accompagnée pour le concert de Lisa Gerrard, non par mon compagnon (ce serait trop simple d'en trouver un qui ait les mêmes goûts musicaux !) mais par un jeune homme virtuellement rencontré sous d'autres cieux, encombré de places surnuméraires, qui se fait parfois appeler Clodomir.

A cette chaleur, surprenante pour un début de printemps, le public au look en partie gothisant n'avait pas pu sortir les clous, cuir et bottes qu'il affectionne tant. Ou alors c'est juste que la base des fans de la diva est plus familiale. Je ne connaissais pas la salle du Grand Rex, au décor mystérieux, résonnant de sons dignes d'un soir d'Halloween. Parfait pour mettre dans l'ambiance. C'est que Lisa Gerrard vient de sortir un troisième album solo, The Silver Tree, qui est frappant par son austérité, son obscurité, mais également par le degré d'intimité atteint par son chant épuré. Une évolution par rapport aux albums précédents, plus pop, ethniques, "légers" (même si le terme ne convient pas vraiment à sa musique).

Lisa Gerrard est entrée modestement sur scène, dans une belle robe à la coupe classique,a pris une pose élégante contre son micro et a commencé à chanter comme une baleine. N'y voyez pas une critique. Cette femme est capable de sortir des sons monstrueusement graves de sa gorge, tout comme elle peut chanter dans un registre aigu, criard. Elle peut à peu près tout faire quand il est question de chant.

Le public, intimidé, médusé par la perfection de sa performance, applaudissait poliment. A la fin d'un morceau, sa voix s'interrompait parfaitement, sa concentration faisait place à un grand sourire légèrement crispé, elle émettait quelques sons comme si elle allait parler... regardait ses musiciens avec son grand sourire, se tournait d'un côté, puis de l'autre... et tentait sur le champ de reprendre sa pose devant le micro. Elle posait une première main d'un mouvement gracieux, une deuxième dont la position ne lui convenait pas. On la sentait gênée. Elle remettait la deuxième main en place, dans une pose très peu naturelle, et chantait comme une déesse le morceau suivant.

Ce petit manège s'est répété à chaque fois. De temps en temps, pendant les applaudissements, une personne du public lui déclarait sa flamme ou réclamait un morceau. Lisa Gerrard considérait la proposition un instant, en répétant d'un air hésitant : "sing the Silver Tree ?...", comme si elle n'avait aucune idée de ce dont on était en train de lui parler. Totalement à côté de la plaque et très gentille, en même temps.

Après une demi-heure de spectacle, environ, elle se lance dans une déclaration sur l'avenir de la planète, puis se dirige vers les coulisses, sans autre forme de procès. Clodomir et moi nous regardons, perplexes. Est-ce qu'elle vient d'annoncer la fin du concert, à sa très bizarre façon ? Est-ce que quelque chose ne lui plaît pas, le son, parfois trop saturé, le public dont les interventions l'ont perturbée? Les musiciens ont évacué la scène, certaines personnes du public se sont levées, la plupart restent à attendre. Le doute ne nous a pas lâchés tant que la chanteuse n'est pas revenue sur scène, l'entracte dûment terminé.

C'est reparti pour une succession de titres de Silver Tree et de participations à différentes bandes originales, assez planantes pour la plupart. Je me laisse gagner par l'ambiance froide et recueillie. La chanteuse a l'air plus à l'aise. Les rappels sont particulièrement chaleureux, le public debout, elle reçoit nombre de bouquets de fleurs. Une osmose délicate s'est visiblement créée entre des gens portés sur la méditation et les voyages intérieurs.

[photo trouvée ]

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24 février 2006

Pain and suffering in Paris

Plus de six mois que j'attendais ça, et voilà, c'est fait, j'ai vu l'un de mes groupes fétiches sur scène. Le jour où j'ai acheté ma place pour Depeche Mode à Bercy, il n'y avait encore qu'une seule date possible, et toutes les bonnes places, de toute façon trop chères, étaient déjà parties. Depuis, les billets pour les trois soirées de suite se sont vendus comme des petits pains et j'ai pu me préparer psychologiquement à aller écouter en live des chansons capables de provoquer une véritable ferveur religieuse chez moi.

Coup de théâtre mardi à l'heure du déjeuner : Patcharée m'appelle au travail pour m'annoncer qu'elle vient d'obtenir une place pour le concert ! Ca existe, une chance pareille ? C'est un client de la boutique où travaille un ami de son fils qui l'a revendue au prix normal... Incroyable, il aurait pu la vendre sans peine à 200 euros ! Ca c'est un bon fan de Depeche Mode. Voilà donc ma Patcharée qui sautait dans tous les coins, excitée comme une puce, et moi toute contente à l'idée d'être accompagnée à un concert, pour une fois.

On s'est retrouvées un peu en avance pour papoter par terre, dans la fosse. Notre "conversation entre filles" a du en faire sourire plus d'un-e alentours, mais il se trouve que j'ai des choses à dire, en ce moment [sourire mystérieux]. J'ai apprécié d'entendre The Bravery en première partie, dont je me passais beaucoup l'album l'été dernier. C'est un des meilleurs clones de Cure actuellement, au point de vue mélodies, rythme, émotion, bien meilleur que Bloc Party, à mon humble avis. Patcharée faisait un peu la gueule : "Allez, trois chansons ça suffit, allez vous-en, maintenant !" Puis, peu satisfaite de notre position dans la salle, un lieu de passage, elle m'a plantée là pour aller vers le fond (disons qu'elle a essayé de me convaincre qu'on y serait mieux, mais hors de question que je lâche un centimètre, me trouvant déjà assez loin de la scène comme ça...).

J'avoue que ça ne m'a pas affligée longtemps quand le groupe est monté sur scène, au son de la terrible sirène qui ouvrait l'album Playing the Angel. Ah... Dave Gahan en veste, Fletcher et... une créature non identifiée sur le côté, ils enchaînent sur "John the Revelator" et j'ai craint un moment qu'ils ne jouent tout l'album dans l'ordre. Mais non, les premières vieilleries arrivent, et tout Bercy se transforme en immense karaoké, la foule en liesse contrastant avec les messages déprimants défilant sur les écrans futuristes (déco style petits robots de l'espace).

Depeche Mode, c'est avant tout le spectacle d'un homme qui plaît aux femmes. Il y a d'abord la voix, grave et chaude et sensuelle, mais il y a aussi ça :

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De son côté, Martin joue habituellement la carte du charme et de la discrétion. Mais que s'est-il passé cette année ?! Jouant probablement sur les rumeurs de tensions et de problèmes d'ego au sein du groupe, il a sorti son costume de coq. Littéralement : il portait une hideuse cagoule avec un crête et un plumage fort seyant dans le dos. Pourquoi, Martin, pourquoi ?? me demandai-je en fixant désespérément l'écran, sur lequel il chantait avec application sous ses épaisseurs de duvet ténébreux.

La discrétion n'était que feinte, lorsqu'il a enfin fait son numéro. Le voilà qui enlève soudain sa cagoule-crête, révélant son habituelle chevelure péroxydée, ne gardant que ses petites ailes, désormais plus angéliques que volaillères, et qui court au-devant du public, comme pour dire : "Regardez-moi, je suis blond et je suis mignon !" Effet réussi, tout le monde a applaudi. Sur ce, il commence à chanter "Home", la plus belle chanson-émouvante-que-je-chante-même-si-elle-est-trop-dure-pour-moi de tous les temps. Mission accomplie, la salle n'a eu d'yeux que pour lui pendant plusieurs minutes.

J'ai passé un très bon moment, m'étant placée à proximité d'un groupe de joyeuses beuglantes-sautillantes qui m'ôtaient toute inhibition. Parce que quand ils chantent "Never Lever Me Down Again", c'est quand même bien de mimer les petites étoiles qui scintillent dans le ciel, tout comme de manifester sa lassitude de "Just Can't Get Enough" par une chorégraphie (volontairement) ridicule. Et puis j'ai chanté, tout du long. Je connais la plupart des chansons par coeur. Et qu'il est doux d'entonner à tue-tête une chanson qu'on aime depuis des années en même temps que celui qui l'a écrite !...

martin

Photos prises chez backdoor en attendant d'avoir celles du 21 février

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24 octobre 2005

Damaged people, disturbed souls

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Ce qu’il y a de bien, lorsque je sors toute endolorie de chez la dermato, c’est que je peux filer me consoler au Virgin du coin, à deux pas de là. A plus forte raison le jour de la sortie officielle du dernier Depeche Mode !

Je ne sais même pas comment j’ai réussi à attendre tout ce temps. Je n’ai craqué qu’une fois, en téléchargeant le premier single, « Precious », qui ne m’avait pas convaincue. Trop clair, trop lisse, un morceau pop sans grande envergure.

Voici enfin le petit ange duveteux entre mes mains. La première chanson résonne entre les murs de ma chambre, à peine arrivée. Dès la première écoute de Playing the Angel, et lors des cinquante suivantes, j’ai tout de suite trouvé que c’était un très bon disque. J’ai également estimé que le groupe compilait ses propres recettes, offrant des chansons intéressantes, sans réelle surprise.

Prenons par exemple l’introduction de « A Pain That I’m Used To », qui ouvre l’album : la méthode de « I Feel You », un énorme son saturé, avec le son de « The Dead Of Night », véritable entrée en fanfare, avec un esprit très joueur, avant l’arrivée plus classique de la mélodie.

2 − « John The Revelator » est lui un très bon morceau de rock, refrain entêtant et dansant.

3 − « Suffer Well » : début très électro, ordi à la Kraftwerk, avant un morceau plus pop, langoureux, et ses guitares à la « Dream On ».

4 − « The Sinner In Me » : techno sombre et langoureuse, on se rapproche de certain groupe gothique cher à mon cœur. La voix de Dave Gahan semble être taillée pour ce genre d’exercices. La fin instrumentale déjantée prend aux tripes.

5 − « Precious » : clarté et douce mélodie aux claviers. Le décalage avec la chanson précédente fait mieux ressortir sa parenté avec « Enjoy The Silence ».

6 − « Macro » : Martin pousse la chansonnette, on sent un peu trop l’effort fourni sur ces paroles empreintes de spiritualité.

7 − « I Want It All » : superbe intro enchanteresse, mêlant sons crades et cristallins. Dès que Dave commence à chanter, je rentre en transe, et alors, le refrain ! Mélodie subtile, qui en fait ma chanson préférée de l’album.

8 − « Nothing Is Impossible » : plongée dans la noirceur et le désespoir. Ah, non, c’était juste une impression, les paroles recèlent en fait une miette d’espoir. « I still believe in love at first sight, nothing is impossible. »

9 − « Introspectre » : instrumental

10 − « Damaged People » : la plus jolie chanson interprétée par Martin, pas très gaie d’après son titre. L’intro, prometteuse, est gâchée par la suite avec un refrain grandiloquent. Dommage, il faut se contenter des bons moments de ce morceau.

11 − « Lilian » : chanson pop sympa, mais je ne peux m’empêcher de songer à une version diminuée de « Sea Of Sin ».

12 − « The Darkest Star » : de grandes envolées dans cette chanson finale.

Au bout d’une semaine, je continue à programmer l’album pour mon réveil du matin, autant dire que les premières notes me font bondir hors du lit ! Wake up the angel !

Posté par canthilde à 21:28 - Musiques - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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