20 septembre 2009
Formons-nous gaiement
Trois jours à Poudlard... cafard ! Je revenais sur les lieux de cette formidable année pour une petite formation supplémentaire, comme si ma vie professionnelle ne consistait pas en formations à la chaîne depuis dix mois. Plusieurs personnes m'avaient mises en garde contre Geneviève Toussaint. J'ai fini par comprendre pourquoi.
Nous étions une dizaine de personnes, dans un des petits carrels de travail, grelottant sous la climatisation déchaînée. Geneviève Toussaint allait tout nous apprendre sur son métier. Elle a commencé par un tour de table, nous demandant de préciser notre expérience, nos attentes. Arrivée à Grachus, elle nous a fait remarquer : "Vous voyez que Grachus est parmi nous aujourd'hui, c'est le seul garçon, il est bien serdaigle comme vous, il est là pour apprendre." (comme si on ne connaissait pas déjà Grachus, un jeune homme très abordable). Puis elle a répété que ce stage allait tout nous apprendre et qu'elle était une pro du domaine, d'ailleurs elle avait déjà imperceptiblement engagé des actions dans la gestion du groupe (c'est sûr que sa manière d'épingler l'unique homme du groupe, pour l'"intégrer", supposons-le, avait été très discrète) et nous aussi, on allait apprendre à faire tout ça.
En fait, elle parlait peu et nous faisait faire plein de petits exercices amusants, par exemple lister de 1 à 8 l'ordre des actions pour faire le travail bien comme il faut, puis réfléchir au rôle de chaque acteur en détaillant les actions à réaliser. De temps en temps, elle faisait un "exposé" en nous faisant feuilleter un gros paquet de documentation, particulièrement au point sur le sujet, tenait-elle à préciser. L'une des pages était un dessin symbolisant les "personnalités du groupe" par des animaux : le singe était celui qui sait tout, l'hippopotame le dormeur qui ne s'intéresse à rien, la grenouille le bavard qui empêche les autres de s'exprimer (conseil: "l'interrompre plusieurs fois, puis laisser le groupe s'occuper de lui"). Lorsque j'ai parlé du dessin à Trismegiste pendant une pause, celui-ci a fait mine de soulever une poubelle en pierre ornant la terrasse en s'écriant : "Où est-elle ? Je vais la tuer !" Je l'aurais aidé de bon cœur, parce que la vacuité de Geneviève commençait à me lasser sérieusement.
Enfin, nous sommes passées aux exercices filmés. La caméra était optionnelle, j'ai bien entendu refusé. A la fin de la première intervention, Geneviève nous a fait applaudir. J'ai été choquée. Elle nous parlait depuis deux jours de l'importance de chaque geste dans une présentation devant un groupe et, à aucun moment, n'avait évoqué le fait d'applaudir, une action pourtant peu anodine, qui nous renvoyait au monde du spectacle et non à celui de la formation académique. Je n'ai jamais applaudi.
Ma prestation a, naturellement, été minable. C'est que j'ai besoin de temps pour me préparer, je suis incapable d'avoir l'air du premier coup à la fois pro, communicante, propre et mignonne comme certaines, qui étaient entrées tout de suite dans le rôle. Les critiques sur mon intervention ont d'ailleurs porté sur ma façon de jouer ; j'ai répondu que je n'étais pas actrice et que des choses pouvant paraître évidentes en situation réelle ne venaient pas naturellement lors d'un exercice artificiel.
Notre formatrice nous a lâchées une demi-journée plus tôt que prévu, après avoir bâclé une conclusion et distribué une feuille d'évaluation. J'ai cherché les amis serpentards avec lesquels j'avais évoqué un apéro à midi, mais Geneviève avait préféré pousser jusqu'à 13h15 au lieu des 12h30 prévus, pour avoir son après-midi, et je n'ai pu croiser les personnes portées sur la boisson qui auraient clos ce stage de la manière la plus agréable qui soit. Maudissant nos mutismes sur des sujets autres que les zombies, j'ai commencé à travailler sur une note manuscrite. "Le plus important n'est pas le contenu mais le destinataire", avait dit, la veille, notre ami commun.
19 juin 2009
Changements
Sans trouver les mots à mettre dessus.
02 mai 2009
Ponyo sur la falaise
Malgré son aspect très enfantin (charmant, au demeurant), le dernier dessin animé de Miyazaki au sein des studios Ghibli renvoie à des thèmes suffisamment graves pour m'avoir profondément émue. Le torrent de larmes n'était quand même pas au rendez-vous mais la gorge serrée était bien là... avant que la séance ne se transforme en karaoké avec mes fofolles de compagnes.
Deux scènes m'ont particulièrement frappée.

La petite fille courant sur les vagues, volant littéralement vers son bien-aimé. Quelle représentation plus parfaite de l'amour, dans sa manifestation la plus pure et la plus sincère ? Aimer quelqu'un, le lui dire, se délecter de sa compagnie. Et non ces pénibles chassés-croisés quand la force des sentiments nous effraie, non là je ne lui sourirai pas, je n'irai pas vers lui sinon il saura que je suis accro...

Dans le tunnel, quand Ponyo et Sosuke affrontent leur "mise à l'épreuve". Elle reprend progressivement sa forme poissonnesque, redevient moins jolie et vacille sur ses membres bizarres... Il la porte, se précipite vers la mer pour la remettre dans le seau avant qu'il ne soit trop tard. Accepter quelqu'un comme il est, être attentif aux moments où il faiblit, respecter sa nature au lieu de se moquer de ses particularités.
Une adaptation pleine de vie d'un conte morbide bien connu, avec message écolo en prime, où des vieilles dames tiennent un rôle non négligeable, à l'instar du Château ambulant et où la mer baigne poétiquement des paysages languides, comme dans Le Voyage de Chihiro.
11 avril 2008
Ministry - The Last Sucker
Traitement de choc contre la morosité : Nutella et décibels. Je suis revenue à mes classiques et y'a pas à dire, ça fait du bien. Comment ai-je pu me passer aussi longtemps de Psalm 69 et The Mind Is a Terrible thing to Taste ? En un mot comme en cent : c'est une tuerie ! Je me mets à hurler : "Fiiire !" sur Thieves, "Breathe !" sur... "Breathe", donc, et à sauter comme une dératée de NWO à Grace.
Alors quand je m'avise de la sortie du dernier album de Ministry en 2007, concluant une trilogie anti-Bush (inaugurée par Houses of the Molé et Rio Grande Blood), je me dis : "Chouette, ça tombe bien, je ne suis pas encore sourde !". Et je me suis éclaté (les tympans) à écouter The Last Sucker. Cet album est monstrueux et jouissif, encore beaucoup plus métal qu'électro, comme les précédents

Dès "Let's Go", un gros son nous tombe dessus, avec un chant délirant, une mélodie assez fraîche sous la couche électrique. J'ai trouvé ce disque très "joueur" dans l'ensemble, diaboliquement entraînant, malgré la pesanteur caractéristique de ce type de musique (voir les beuglements de "Life Is Good"). C'est un plaisir coupable que véhiculent les choeurs hystériques dans "The Dick Song" et le rythme proprement dément de "No Glory", traversé de "corruption" implacables.
Mais celle qui me fait complètement perdre la tête est poétiquement intitulée "Death and Destruction" et, après l'avoir écoutée trois fois de suite, je suis bonne à mettre au lit une fois la surexcitation retombée !
10 novembre 2006
Trentenaires à la dérive
Elle a quasiment tout eu avant vingt-cinq ans, travail, mariage, maison, enfants. Mais on ne peut pas dire qu’elle et son mari roulent sur l’or, élevant leurs deux petites filles tout en payant les nombreuses traites. Elle déclare souvent qu’après quarante ans, les filles plus grandes, au moins, elle pourra prendre des vacances et voyager. Elle a reçu un balai à chiottes pour un de ses anniversaires et considère, de façon pragmatique, qu’après tout, il en fallait un, pourquoi ne pas profiter de l’occasion ?
Il prévient les jeunes femmes qu’il rencontre qu’il ne sera qu’une ombre qui passe, sans laisser de traces. Il précise que dans la vie, c’est comme ça, les relations sont froides. Il ne connaît cependant pas la vraie solitude, vivant toujours chez ses parents, ses maigres cachets de guitariste ne lui permettant pas d’être indépendant − et il ne le souhaite pas vraiment, non plus.
En terminale, elle avait l’intention de préparer une formation de manipulatrice radio, mais sa mère l’a poussée à s’inscrire en DEUG. De réorientations en redoublements, elle y est toujours, retentant le CAPES pour la troisième fois. Ironiquement, le secteur de la radiologie manque de personnel, tandis qu’il y a toujours plus de candidats pour un nombre réduit de postes aux concours. Son compagnon a eu le CAPES avant elle, ce qui l’encourage. Heureusement qu’elle avait les chats pour lui tenir compagnie quand il a fait sa première année de stage, à l’autre bout de la France.
Il est beau, intelligent, aime son métier, bien que sa carrière prenne un trajet tortueux, comme bien d’autres dans le nid de vipères où il travaille. Il aurait besoin que sa situation se stabilise, pour réaliser ses projets familiaux. Les choses ne se passent pas comme il l’avait prévu. Ayant vécu une enfance heureuse, dépourvue de tracas, il supporte bien les embûches récentes, mieux que certains. Mais, parfois, la nuit, il n’arrive pas à dormir. Il s’angoisse pour les autres, ses amis pas aussi bien lotis que lui.
Elle vivotte en se persuadant que ce n’est qu’une phase ; une phase qui dure, cependant. Elle fait beaucoup d’efforts pour être plus entourée, avec des résultats mitigés. La stagnation de sa vie matérielle l’angoisse moins que la solitude affective. Pourtant, la plupart des aspirations des autres l’ennuient, elle n’en voit pas l’intérêt. Sa mère lui envoie de temps en temps des lettres de six pages lui enjoignant de faire un effort pour s’arranger, comment ose-t-elle sortir dans la rue avec cette tête ? Mais elle se dit qu’elle ne ressemble tout de même pas à un monstre, malgré ses vilains défauts, et peut-on reprocher à quelqu’un, qui s’en passerait bien, d’avoir des défauts physiques, même rédhibitoires ?
Il savait pourquoi il s’engageait dans de longues études littéraires, puis artistiques. Il savait aussi pourquoi il était seul, n’avait jamais connu la moindre expérience amoureuse. Le changement de décennie, occasion de fête mémorable pour certains, ne fait que l’aigrir davantage. Il n’a cessé de se faire insulter dans ses jobs de merde successifs, a gagné un procès, a démissionné plus souvent qu’à son tour. Les femmes ne cessent de le mépriser et de se servir de lui ; il les trouve méchantes.
Elle supporte mieux la deuxième année à son poste, tout en ayant régulièrement de violentes aspirations à faire autre chose. Le dimanche matin, en pyjama, elle joue du Yann Tiersen au piano. Ses conversations sont un long monologue, où elle passe en revue tous les hommes de sa vie, de son chéri de l’école maternelle, jusqu’à l’homme marié qu’elle fréquentait en se disant « complètement satisfaite » de la relation.
01 novembre 2005
LoverWoman
La conversation du siècle, avant-hier, sur MSN (j’en tiens une couche, moi, je demande des conseils de mecs à mon pote gay !) :
Lui − S'ils sont intéressés, ils te le font sentir de suite !
Moi − mais je n'aime pas faire traîner en longueur, moi non plus!
Lui − oui, mais toi ça ne doit pas se (sa)voir
Moi − comment tu le fais sentir, toi?
Lui − moi je me laisse draguer... c'est imparable : l'autre croit à une totale maîtrise et liberté de la parade nuptiale... moi je me laisse bercer... c'est facile... mais je dis "oui" ou "non" à la fin. éh éh... pour le "faire savoir", j'utilise le regard persistant.
Moi − alors c'est moi le mec, ds l'histoire, c'est ça?
Lui − non, laisse le t'inviter, tu verras après
Moi − il paraît que je tends bien les perches (m'a dit un gars qui ne l'avait pas du tt saisie)
Lui − peut être trop...
Moi − faut savoir ce qu'on veut
Lui − oui, mais tu connais les hommes : il suffit de dire non pour qu'ils foncent !
Moi − vous êtes tous des pervers ! et non, je ne connais pas les hommes (c'est le pbm)
Lui − les mecs sont comme ça
Moi − pas toi, d'après ce que tu m'as dit :P
Lui − nan mais t'as vu la tare ?
J’ai donc l’explication de pourquoi ça ne marche pas avec les mecs : je me montre trop intéressée ! Merde alors ! Pourtant, quand je restais à rougir dans mon coin, les yeux baissés, ça ne marchait pas non plus… Alors, quoi ? Des avis messieurs ?
19 août 2005
Vive la Fête − Nuit Blanche
Si ce blog peut avoir la moindre utilité dans la vaste communauté humaine, voici mon conseil : ne jamais associer un disque à une personne. Après, c’est trop dur de l’oublier quand on réécoute ses albums préférés. Il y a la solution de ranger les CD au fond d’un placard le temps nécessaire (six mois ? un an ? tout dépend du degré d’attachement…), mais ça veut dire se priver de ses disques préférés à cause de quelqu’un. Et qui est cette personne, qui vous a royalement ignorée et vous a dénié la moindre place dans sa vie, pour influencer vos comportements intimes pendant des mois ? Alors, par bravade, vous écoutez les disques dangereux de votre collection, ce qui vous fait repenser à la personne incriminée… Très compliqué, comme vous pouvez le constater.
Cette année, j’ai moins écouté de musique. Je me surprenais en pleine lecture à entendre le vrombissement du frigo, m’apercevant que je n’avais passé aucun CD depuis des heures.
Bref. Rien d’étonnant à ce que mon premier choix autonome depuis… des lustres soit léger, guilleret et dansant en diable. J’ai nommé « Nuit Blanche » de Vive la Fête ». J’en ai entendu parler il y a un moment, mais la curiosité m’a reprise il y a peu.
Un chouette disque, furieusement techno pop, électro machin chose, louchant évidemment du côté des années 80, tout ça avec une chanteuse à la voix enfantine avec un accent belge à couper au couteau. Sans oublier une voix masculine rauquement sexy (mon dieu !). C’est une pitié de l’écouter toute seule dans ma chambre, alors qu’il mériterait des marées de fêtards imbibés et lubriques pour être apprécié à sa juste valeur.
Je l’écoute le matin au réveil, sous la douche en chantant les paroles de « Schwarkopf » avec conviction, le soir en lisant du Patricia Cornwell sur mon lit.
Les cheveux noirs sont réveillés
C’est très cool cette année
Les cheveux noirs comme une pop star
C’est ce que je veux pour ce soir
Wah oh ! Wah oh !
C’est un plaisir pour les yeux
Une image colorée
Une identité
Oh oh ! Oh oh !
Les cheveux noirs c’est excitant
Et je suis sûre c’est le moment
C’est la plus nouvelle tendance
Pense à moi si tu t’y lances
Oh oh ! Oh oh !
Dis-moi qui est la plus belle ce soir
Dis-moi qui est la plus belle ce soir
Wah oh !
Les cheveux noirs comme une pop star
Les cheveux noirs comme une pop star
Ni blond, ni roux, ni gris, tant pis
C’est absurde c’est [ ?]
Les cheveux noirs ! Les cheveux noirs !







