Canthilde

Humeurs, musique, images et... horticulture

27 mai 2006

"Tu me crispes"

Et voilà, j'en suis encore là. Après des mois à alterner timidité, tentatives de rapprochement amical, déception, froideur, indifférence, il semble que tout ce que j'ai réussi à gagner ce sont les pulsions meurtrières de mes supérieurs.

J'ai beau détester le conflit, c'est plus fort que moi, je lâche des insolences, des remarques désabusées. Le fait de trouver, pour la troisième semaine consécutive, la poubelle des toilettes toujours pas vidée, remplie à ras bord de serviettes hygiéniques usagées, ne m'encourage pas non plus à battre des records de productivité au travail. Je m'assois à mon poste pleine de rage, à l'idée que les profits sont faits sur notre dos de cette manière, en rognant sur l'hygiène, les pauses, et bien sûr les salaires bloqués au Smic. Je traîne, je me distrais, j'écris et je sudokuse, persuadée que c'est déjà leur faire un cadeau que de me lever le matin pour venir faire ce boulot.

L'expérience m'a appris cette année en quoi sortir avec quelqu'un du travail est une mauvaise idée. Après avoir démontré brillamment l'étendue de sa muflerie, le type se vexe que je le snobe et devient franchement agressif. Je me dis qu'il existe une catégorie d'hommes qui ne sont vraiment aimables avec une femme que lorsqu'ils n'ont pas encore couché avec. Les autres, c'est pas la peine. Dire que je pensais qu'on allait rester amis...

J'entends d'une oreille le compte-rendu par plusieurs collègues d'une sortie à laquelle je n'étais pas invitée.

Je déteste le monde du travail.

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11 mai 2006

Quelle main ?

Petit exemple d'"organisation" du travail précaire (où pourquoi miser sur le couple chômage / jobs de merde pour réguler le marché du travail, c'est vraiment n'importe quoi) :

15 h. Fidélise, notre cheffe d'équipe, nous annonce que l'équipe passera de cinq à trois enquêteurs sur cette mission dès le lendemain. Je fais partie des deux surnuméraires, après avoir travaillé à plein temps pendant une semaine.

Fidélise - Demain, Plectrude, tu viendras à 13h30 pour une nouvelle mission.
Moi - Oui... et jusqu'à quelle heure ?
Fidélise - 18h, je crois.
Moi - Oui... et quelle mission exactement ?
Fidélise - Ca, je ne sais pas, on ne me l'a pas dit.
Moi - Tu aurais pu demander [ton "chose probable par un merveilleux hasard" plutôt qu'aussi lourd de reproches que la phrase suggère].
Fidélise - Je n'y ai pas pensé. Attendez... finalement, j'aurai besoin d'une autre personne demain à 9h30.

L'autre surnuméraire intervient brusquement, d'un ton excité :

Jacquet - Moi ! Je suis volontaire ! Tu peux me mettre à 9h30.
Fidélise - D'accord. Alors, Jacquet [elle note], demain, 9h30.
Moi [ton calme dissimulant bouillonnement intérieur] - Heu... moi aussi, je suis volontaire pour 9h30 !
Fidélise - Bon... alors, je vais tirer au sort... Tiens, je mets un petit papier dans une main, je mélange, quelle main ? Voilà, ben ça sera bien Jacquet demain.

Rappelons que je suis vacataire dans un institut de sondage, ayant le statut de demandeuse d'emploi, sans pour l'instant bénéficier de l'allocation Assedic. Je suis donc payée très exactement pour le nombre d'heures, voire de minutes, que j'effectue à mon poste, devant appeler chaque jour non travaillé pour savoir ce que je fais le lendemain. Ce qui a donc été décidé lors de cette petite scène, c'est qui allait être payé sept heures de travail au lieu de quatre. Et trois heures, ça compte, sur une fiche de paie.

Suite de l'histoire : Fidélise ayant demandé à Jacquet, au vu du nombre de rendez-vous matinaux, s'il pouvait venir une demi-heure plus tôt, celui-ci a rechigné et répondu que, vraiment, exceptionnellement, il viendrait à 9h si elle en avait besoin, mais que sinon il préférerait venir à 9h30. D'habitude, il prend des rendez-vous à n'importe quelle heure et compte ensuite sur ses collègues pour venir plus tôt ou prendre sur leur pause déjeuner à sa place, mais là, évidemment, il ne pouvait pas se défiler. Il a quand même essayé.

Merveilleux managers et délicieux collègues...

tournesol (touche de jaune pour le moral)

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25 janvier 2006

Mes collègues de bureau, épisode 4

gglebizarre

Alors là, Google a tout faux, ce sont bien mes collègues qui sont mes jouets sexuels, et non l'inverse !

Ce n'est pas tellement que je préfère les vieux. C'est juste que les jeunes m'insupportent au plus haut point.

Travailler avec des jeunes qui slaloment entre chômage, stages et jobs précaires, n'a rien de drôle. Surtout quand ils cumulent les tares d'être vestimentairement branchouilles et culturellement snobs. Les malheureux se lamentent toute la journée de faire des tâches bien en deça de leurs capacités intellectuelles.

Spécimen 1 profite de la pause déjeuner pour m'expliquer qu'il sort d'une grande école, qu'il a déjà eu plusieurs propositions d'emplois hauts placés mais qu'il préfère faire ce type de jobs pour l'instant, de façon à rester disponible en attendant de trouver mieux. "Tu vois, c'est un choix, en fait."

Spécimen 2 cherche du boulot un peu dans le même domaine que moi si j'arrivais à me motiver. Petits détails : il est plus jeune que moi, a déjà fait des stages dans ce domaine, dispose déjà de contacts. Bref, il a beaucoup plus de chances que moi de travailler dans le secteur qui nous plaît, et il me le fait sentir. Accessoirement, il veut être une rock star.

Spécimen 3 approche un jour la main de mon verre d'eau et, avec un grand sourire, s'en empare sous mes yeux ébahis, en vide la moitié dans son propre verre et repose le mien à sa place. Il comprend mal ma réaction agressive, après tout on est tous potes,ici... Ca me rappelle mes collègues masculins de la Boîte, qui me réclamaient tout le temps des enveloppes parce qu'ils avaient la flemme de traverser la pièce pour en prendre dans la réserve. Evidemment, leur répondre systématiquement : "Tu fais comme moi, tu te lèves et tu vas en chercher" n'a pas amélioré ma popularité.

Spécimens 1 à 5 déjeunent à la même table que moi en salle de pause. Nous parlons musique, cinéma, boulot. Je me rends compte au bout d'un moment qu'en fait ce sont mes collègues masculins qui discutent entre eux. Mes interventions ne récoltent que le silence et rester une demi-heure sans desserrer les dents ne dérange aucunement mes collègues.

Spécimens 1 à 15 participent avec moi à la réunion hebdomadaire que le "sujet sensible" sur lequel nous travaillons nous a valu. Se produit le phénomène habituel lorsqu'on sollicite un groupe composé de femmes et d'hommes sur un thème précis : les hommes accaparent le temps de parole, s'interpellent entre eux, se coupent la parole et rendent quasiment impossible la participation des femmes, en plus petit nombre, dont certaines poussent la courtoisie jusqu'à lever la main pour exprimer leur point de vue. Illustration flagrante d'une éducation visant à les rendre dociles et conciliantes. Je suis si peu combattive, moi-même, que je réussis à me faire couper la parole par mes collègues féminines, et après, impossible d'en placer une. Alors je commence à trouver le temps long, pendant que le débat prend une tournure ennuyeuse et qui ne me concerne en rien.

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23 janvier 2006

Quelle annonce, déjà ?

hushL'ANPE m'en veut. Personnellement.

Passe encore qu'elle m'envoie une lettre pleine de sollicitude : "Vous avez échoué aux épreuves du concours de conseillère à l'emploi de 0,001 point, c'est bête, hein ?". J'étais pleinement consciente de la profonde nullité de ma copie. Pas si nulle que ça, puisque je me suis tirée de la mise en situation avec quelque chose comme 8,5, ce qui est tout à fait honorable, compte tenu du fait que je ne savais absolument pas ce que j'étais en train d'écrire !

Mais m'envoyer un texto au beau milieu de la journée, en réponse à une pré-candidature tellement lointaine que je ne m'en souvenais même pas, pour m'annoncer que j'avais le droit de postuler à l'offre en appelant monsieur X sur son portable, je n'ai pas beaucoup apprécié. Le coût de la recherche d'emploi repose vraiment sur les chômeurs. Je ne trouve pas normal de n'avoir qu'un numéro de portable, alors que seuls les téléphones fixes sont accessibles depuis les cabines gratuites des agences ANPE...

En vérifiant le numéro de l'offre le soir même, je me suis rendue compte que j'avais cliqué sur l'annonce deux semaines auparavant. Pas étonnant que je ne m'en souvienne pas !

Le plus beau reste à venir. J'appelle monsieur X dès le lendemain matin. Il me répond très gentiment que son offre est pourvue depuis dix jours, mais que l'ANPE ne l'a toujours pas effacée de ses fichiers, ce qui fait qu'il continue à recevoir des appels tous les jours. Nous nous sommes réconfortés mutuellement.

Alors leur convocation pour un bilan de ma recherche d'emploi... Oh oui, j'irai, mais quelles preuves apporter de mes démarches, menées principalement par Internet ? Pour des raisons d'économie, c'est vrai que j'ignore carrément les offres qui ne sont pas accompagnées d'une adresse électronique. Mon conseiller de "projet personnalisé d'accès à l'emploi" n'a qu'à me prêter une imprimante... Je ne suis pas sûre que l'échec à ce concours soit une grande perte, après avoir eu des échos des nouvelles conditions de travail.

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20 novembre 2005

Votre produit marketing : les chômeurs

glaglaJe suis revenue du concours avec un malaise indéfinissable, la vague impression d’avoir été flouée.

Sur les conditions de passation de l’épreuve, d’abord. On réunit 7000 personnes au Parc des Expositions ; la température extérieure n’est guère supérieure à zéro et le brouillard nappe encore le paysage en fin de matinée. Un hall entier est consacré à l’événement. Mais pas de chauffage, ce qui doit donner une température comprise entre 10 et 15 degrés. Les gens frissonnent, gardent sur eux manteaux, bonnets et écharpes. L’organisatrice, qui nous donne les consignes au haut-parleur, nous rappelle qu’il faut que nos oreilles restent visibles, pour éviter que certains candidats cachent des écouteurs.

Crispée par le froid, j’écris à grand-peine sur ma table branlante.

Sur le contenu de l’épreuve en elle-même : l’annonce parue dans le journal avait clairement précisé que le sens commercial était une qualité recherchée pour le poste de conseiller ANPE. J’avais baratiné dans ce sens-là sur le dossier de candidature. Après le QCM du matin, la « mise en situation » des trois dernières heures ne concerne en rien une Agence locale pour l’Emploi. On est censées se mettre dans la peau d’un commercial d’une agence de tourisme, désireux de fidéliser sa clientèle. Dès la lecture de la dizaine de pages du sujet, rédigées dans un effroyable jargon marketing, je m’ennuie et j’ai envie de partir. Je suis assez intelligente pour saisir le parallèle avec la profession offerte par le concours. Mais bon, on ne m’ôtera pas de la tête que la prise en charge des chômeurs est un métier à caractère social.

L’odieux mot que voilà, de nos jours ! Une personne saine d’esprit ne doit plus avoir que « commercial » à la bouche. Ça me rappelle la session de recrutement d’une caisse de retraite : on veut des gens sachant faire preuve d’empathie et de patience, et on leur balance une simulation sous la forme d’un client d’une agence de location de voitures, furieux que son véhicule soit tombé en panne.

Toujours les mêmes domaines, pour ces tests de recrutement : les loisirs, le luxe. Qu’est-ce que j’y connais, moi, à la location de voitures ? Je ne conduis même pas ! Comment imaginer les activités d’une agence de voyage, alors que ce mot est des plus abstraits pour moi depuis dix ans ? Mes seules vacances se résument à l’achat de billet Prem’s pour aller voir famille et amis ! Alors oui, on joue le jeu, mais il y a de quoi se poser des questions sur les procédures de recrutement.

A mon avis, l’ANPE recherche avant tout des mutants, capables de supporter les conditions climatiques les plus difficiles. Peut-être qu’ils comptent supprimer le chauffage dans les agences ?

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17 novembre 2005

CAE, CA, CNE... céphalées

Lectures du moment : Le Chômage et les politiques de l’emploi, Les Mutations de l’emploi en France, le supplément « Economie » du Monde. C’est un cauchemar, dites-moi que je vais me réveiller !

Que m’arrive-t-il ? C’est bien simple ; j’ai reçu samedi dernier, 12 novembre, ma convocation pour les épreuves du concours de conseiller ANPE, qui ont lieu le… 19 novembre ! Une semaine pour me préparer, je n’imaginais même pas que ça pouvait exister. N’ayant pas eu de réponse plus d’un mois après l’envoi de mon dossier, je pensais que ma candidature n’avait pas été retenue, et avais lâché l’affaire.

En une semaine, tout ce que je peux espérer, c’est que les notions et dates rapidement parcourues me reviennent en mémoire à l’occasion du QCM, dont personne n’est capable de fournir ne serait-ce qu’une vague description sur les forums de discussion.

En même temps, qui n’a jamais entendu d’anecdotes de candidats ayant obtenu un concours en se présentant sans aucune préparation, les mains dans les poches ?

Tout ça ne fait que repousser le démarrage de mes glorieuses activités d’enquêtrice dans les sondages, ainsi que la lecture de la Tour sombre de Stephen King, dont les commentaires élogieux m’ont pour le moins alléchée. C’est quand même vachement plus important que la préparation d’un concours qui m’assurerait un emploi correctement rémunéré !

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12 novembre 2005

Comme c'est intéressant...

Finies les fantastiques histoires décalées de bureau. Place à la froide et implacable réalité de la recherche d'emploi... Enfin, ça peut être marrant, de temps en temps. Si on a l'esprit tordu.

Quel bonheur, donc, de découvrir que l'Entreprise ne m'avait pas oubliée. Celle-ci m'a proposé un contrat de plusieurs mois pour une mission pas intéressante du tout, mais que j'ai acceptée avec joie. Je n'avais pas compris que la réunion à laquelle j'étais conviée n'était qu'une présentation générale. Il y avait ensuite un entretien avec un responsable de l'Entreprise, puis encore un autre avec un responsable du client, avant de partir glorieusement vers un emploi ennuyant et fatigant à la fois, payé au Smic bien entendu, demandant les mêmes sous-qualifications que tous mes boulots depuis deux ans.

Mais j'ai été recalée dès le premier entretien. Ca, le responsable ne me l'a pas dit lui-même. C'est une sympathique employée, me proposant une autre mission d'une semaine, qui s'est renseignée face à mon insistance. Ils ne me trouvaient pas assez commerciale. Pfff... alors que c'est la seule chose qui m'amuse, forcer la main pour signer des contrats, enregistrer des numéros de carte bleue. Mais ça ne se voit pas au premier coup d'oeil, il faut que je me sente à l'aise pour ça, motivée, mise en valeur...

Vaut-il mieux accepter un contrat à la con d'une semaine, ou se rendre à une convocation aux Assedics et à quelques entretiens d'embauche ? La deuxième solution est nettement plus prometteuse. Ce n'est pas se détourner du travail pour être assistée, mais préparer sa recherche d'emploi dans de bonnes conditions. J'ai donc refusé le mirifique contrat. Peut-être que j'accepterai la prochaine proposition (un contrat de deux heures ??), pour leur jouer une petite farce, comme de ne pas me rendre à la formation sans prévenir...

Mes deux entretiens de la semaine m'ont fait honte. Oui, l'ami avait raison en remarquant que je me dévaluais. Il est temps que je vise au-dessus, au lieu de prendre le premier truc qui se présente. J'étais là, trop enthousiaste pour un job de merde (encore), jusqu'à ce que le recruteur, sorte de gros crapaud en costume, me fasse remarquer : "Vous êtes vraiment prête à tout pour cet emploi !" Pardon ? Ben celui-là, il peut toujours rappeler, c'est dans ses rêves que je bosserai dans le même bureau que lui et son collègue, pour un travail abrutissant et un très hypothétique intéressement aux bénéfices de l'entreprise. L'autre entretien, pour la boîte de sondage, m'a moins mise mal à l'aise, à part que c'était vraiment la cour des miracles dans la salle. Leurs seules exigences pour le poste : savoir lire et être propre sur soi. C'est en toute confiance que j'ai rappelé, pour me voir confirmer une journée de formation la semaine prochaine. Typiquement le genre d'activité en attendant de trouver mieux, sans horaires fixes ni contrat de travail. Je préfère quand même ça à un errement quotidien entre les affichages de l'ANPE.

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30 octobre 2005

Fin de la parenthèse

Le couperet est tombé jeudi : pas de renouvellement du CDD. Ce n’est pas un problème de performance de mon côté, j’ai eu de très bonnes notes à la fin du mois. C’est juste que la charge d’activités, en baisse, ne justifie pas la reconduction du contrat, et encore moins la signature d’un CDI.

Je me retrouve, avec les quelques collègues restantes, suspendues au bon vouloir des chargées de mission, qui nous dégotteront bien quelque chose. Même une mission bien nulle, je prends. Je veux bosser. Me retrouver un beau matin à la porte de l’ANPE me terrifie.

C’est dommage, je commençais à me sentir bien là où j’étais. Je m’entendais bien avec presque tout le monde, certaines personnes étaient même surprises d’apprendre que je n’étais là que depuis un mois. Je faisais déjà partie du décor, en quelque sorte. Certaines personnes ont envisagé sérieusement de m’inviter à participer à un jeu de rôle ou à une sortie en boîte. Peut-on se lasser des compliments et des déclarations d’amitié ? A se demander comment cela se fait que je sois aussi seule…

J’ai envie d’être dans les bras de quelqu’un, de partager des moments tendres. J’aimerais pouvoir partager les idées qui me viennent, mes trouvailles musicales, mes envies de promenades, trop souvent refoulées à l’idée de confronter ma solitude à l’image radieuse des autres.

A bientôt 29 ans, je n’ai aucune piste quant à un boulot potable, encore moins une vie sentimentale générant autre chose que déceptions et frustrations.

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18 octobre 2005

Mes collègues de bureau, épisode 3

lapingarouLa bonne surprise lors de l’entrée dans l’Entreprise a été son important effectif masculin. Au moins la moitié, peut-être davantage. En plus, la moyenne d’âge est assez élevée, ce qui n’est pas pour me déplaire après le cloaque intellectuel de la Boîte.

Pour parfaire notre formation, et lui donner une tournure un peu plus technique, nous avons été mises en binôme avec d’autres employés. Je me suis très bien entendue avec mon premier binôme, un nounours qui me laissait le coller et discutait plaisamment de littérature fantasy. Mon deuxième binôme s’est révélé moins affectueux, mais disert sur ses expériences professionnelles et ses animaux de compagnie. Son attention sans faille et son regard vigilant avaient tendance à me déstabiliser. C’est agaçant, les gens qui vous obligent à finir vos phrases ou à exprimer le fond de votre pensée.

Le jour suivant, mon binôme partant plus tôt, on m’en a attribué un autre pour le reste de l’après-midi. Déjà, à peine le temps de dire bonjour et de m’installer, il se lève en disant : « Bon, et bien je vais faire une pause. » Ça commençait bien. Une fois de retour, il m’a tolérée à son poste, mais sans effusion particulière. Moi qui adore qu’on s’occupe de moi, je commençais à m’ennuyer ferme. Heureusement, le prénom de mon nouveau binôme, surprenant pour un jeune homme, me donnait à réfléchir. C’est le genre de prénoms que je pourrais utiliser tel quel comme pseudo sur ce blog. Pour passer le temps, je m’imaginais au lit avec lui, l’appelant par son prénom. Ce qui donnerait, si nous l’appelions, mettons… Gontran : « Oh, oui, Gontran… Encore ! Oh, Gontran !... » On s’amuse comme on peut. Après tout, il n’était pas repoussant, juste très laid, mais il était joliment tourné, surtout de dos, et portait à ravir le pantalon-chemise classique. Et, surtout, il avait une voix grave et chaude, légèrement nasillarde, aux inflexions distinguées ; un véritable délice. A la fin de la journée, j’ai filé sans lui dire au revoir. J’ai tout de même ma fierté.

Le lendemain, notre groupe de formation a commencé à voler de ses propres ailes. Seul Melchior restait à notre disposition pour répondre à nos questions. Malheureusement, quittant le travail en début d’après-midi, c’est Gontran qui s’est collé à ce périlleux exercice, nécessitant serviabilité et pédagogie. Entretemps, intriguée par son attitude, j’ai effectué ma petite enquête. Du côté du groupe nounours, c’était clair, ils le surnommaient « la machine ». Melchior, qui lui l’appréciait, m’a fait comprendre à mots couverts que quelque chose expliquait son « comportement lunatique ». Il ne voulait pas m’en dire plus en salle de pause. Voilà de quoi aiguiser ma curiosité quant au mystère du Gontran-garou.

Mais d’attitude lunatique, nulle trace, lorsqu’il s’est avéré que Gontran couvrait de menues attentions l’une de mes collègues, tout en continuant à ignorer les autres, sauf si on l’appelait expressément. Conclusion : Gontran n’est pas qu’un connard fini, tout dépend s’il est aiguillonné ou non par sa libido.

Depuis la semaine dernière, je me fais un plaisir de tenter d’engager la conversation avec lui, qui sinon ne fait pas grand-chose à part me suivre de ses yeux globuleux. Exemple aujourd’hui à 13h45 : « Alors, bien mangé ? − Oh, ouais. » On progresse.

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17 octobre 2005

Mes collègues de bureau, épisode 2

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Me voilà entrée dans l’Entreprise depuis trois semaines, par la plus petite porte qui soit : un CDD d’un mois et quelques jours, sans la moindre garantie de reconduction. En fait, je viens tout juste de terminer la formation, qui s’est pas mal étalée en commentaires théoriques sur la base de données. Tellement soporifique que Melchior se souvient encore m’avoir vue piquer du nez au moment où il venait assurer sa partie.

C’était curieux d’essayer de ne pas avoir l’air trop proches devant les autres, mais bon, on n’allait pas non plus s’ignorer totalement. Ma réputation doit donc être faite depuis qu’on est partis manger ensemble. Elle drague le sup ! Elle couche pour réussir !

J’ai essayé, au début, de faire ma sociable avec mes collègues. La première semaine, je mangeais à chaque repas avec les filles. Deux d’entre elles ayant des enfants, la conversation tournait immanquablement autour de l’éducation, la cuisine, le ménage. J’ai tenu bon, j’ai essayé de participer, puis j’ai battu en retraite le jour où, en m’approchant de la table, j’ai entendu un débat animé sur la meilleure façon de désinfecter sa salle de bain.

Ça me désole de les voir aussi limitées, ces femmes planplan, comme on les appelait avec Patcharée. Les besoins des autres passant toujours avant les leurs, et tout ça pour en retirer quoi, la satisfaction masochiste d’avoir bien trimé ? Elles ne sauront jamais combien j’ai lutté pour ne pas sortir de mes gonds, lorsque l’une d’elles a posément expliqué que, si on veut garder son mari, il faut être « sexuellement attractive », c’est-à-dire se muscler du bas, sinon il ne faut pas d’étonner qu’il aille voir ailleurs. Aucun doute possible, c’était bien l’horreur que je croyais que c’était, à savoir « comment être un bon trou pour son mari », qui dépasse toutes les injonctions à être une bonne ménagère aimante et compréhensive que j’ai pu entendre ça et là. Je me suis contentée de répondre que si j’étais avec un homme comme ça, c’est moi qui ne le trouverais pas intéressant et qui me barrerait.

Dans le prochain épisode : les garçons !!!

Posté par canthilde à 23:28 - Tripalium - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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