06 janvier 2007
Mes collègues de bureau, épisode 6
Nouvelle semaine à l'Usine. Le responsable balaie le bureau du regard pour déterminer quelle binôme il va bien pouvoir m'attribuer.
- Je vais vous mettre avec...
Ses yeux s'arrêtent sur la diva de la dernière fois.
- ... Non.
Il réfléchit.
- Vous allez vous mettre avec Carline.
Je me dirige donc vers Carline, la saluant et l'informant de notre nouvelle collaboration. Pas de réponse. Carline me tourne le dos et n'a même pas pris la peine de se retourner.
S'ensuit un moment de flottement, pendant lequel je regarde Carline travailler, en lui faisant faiblement remarquer que je suis censée faire le boulot pendant qu'elle m'observe.
Ca y est, je prends les commandes (sur réflexion du responsable à l'intention de Carline) ! Comme je me forme sur le tas, je fais des tas de conneries et je suis terriblement hésitante.
Carline ne me loupe pas. Elle me houspille, ricane, fait remarquer tout haut mes erreurs aux autres. Impatiente, elle se précipite pour faire les choses à ma place lorsque je traîne trop. Nerveuse, elle ne cesse de râler ou de geindre lorsque ça ne se passe pas comme elle le souhaiterait.
A un moment donné, je lui fais remarquer qu'elle peut me parler normalement. Elle le prend mal et m'ignore pendant une heure ! Elle me stresse. Je me demande pourquoi on me force à me colleter une furie pareille. Elle n'est même pas bonne ; elle commet quelques erreurs grossières. En plus, elle ne m'explique rien et va bien trop vite pour que je parvienne à la suivre.
Le travail ne tarde pas à me sembler rébarbatif. Je commence à me demander si je vais revenir le lendemain.
23 décembre 2006
Mes collègues de bureau, épisode 5
Depuis quelques semaines, j'ai, pour mon plus grand malheur, retrouvé le chemin de l'usine. Si les entreprises chez lesquelles j'ai malencontreusement déposé mon CV commencent à rappeler au bout de deux mois pour me proposer des jobs payés plus cher que le Smic, où va-t-on ? Du coup, me voilà contrainte de suivre une formation carabinée et de faire mes premiers pas hésitants dans un travail aux ramifications complexes et potentiellement mortelles, le tout à Perpète-sur-Béton, ce qui prive mes journées harassantes de la seule activité qui rende la vie digne d'être vécue : la lecture.
Perpète-sur-Béton : ses barres en hauteur, ses barres en longueur, son centre commercial, sa cantine avec vue imprenable sur les barres, ses trottoirs miroitant de mille crachats !
Pour parfaire mon contentement, je travaille avec une équipe presque entièrement féminine. Les conversations captées de-ci, de-là ne m'ont pas permise de déceler la présence de spécimens portés sur les concerts rock, la littérature fantasy et la calligraphie carolingienne. C'est plutôt regards en coin, déambulations félines et atelier coiffure en salle de pause.
C'est avec un plaisir mêlé d'admiration craintive que je me suis vue attribuer une beauté sauvage et néanmoins top fashion en guise de binôme. Son espace de travail est fort rationnellement délimité. D'un côté du bureau, une masse de documents professionnels ; sans intérêt. De l'autre, une zone dédiée à l'esthétique et la sociabilité, deux valeurs que ma binôme tient en haute estime. On remarque tout de suite les deux téléphones portables posés côte à côte, aux sonneries pleines de charme et de vivacité, dont tout le monde peut profiter pendant les excursions à l'autre bout du service, où se trouve sa meilleure amie. Dans l'autre coin du bureau, un véritable self-service à maquillage, regroupant fonds de teint de nuances variées, pinceaux, rouges à lèvres, accessoires de coiffure. L'intérêt de cet ample choix m'apparut à la lecture, forcée, de l'écran de chat que ma binôme faisait réapparaître entre deux tâches expédiées (industrieuse et méthodique, elle n'aime guère laisser son temps inemployé). Entre deux appels sur son portable, meilleure amie, soeurs, amant(s?) viennent se rappeler à son bon souvenir, proposer, des sorties pour le week-end, quémander le prêt de maquillage. S'ensuivent, pendant les pauses, de multiples retouches de fond de teint en réunion, avec conseils adaptés à la carnation de chacune, des suggestions capillaires judicieuses, des compliments et des demandes de précisions sur les tenues vestimentaires arborées.
Tout un monde de bienveillance ouatée, dans lequel je ne suis pas sûre de cadrer.
14 novembre 2006
En chantier
Que je m'agace !
Pour commencer, je doute trop de moi. Quand j'ai parlé avec précautions de mon projet professionnel à une amie lointaine, celle-ci m'a ri au nez : "Evidemment que tu vas y arriver ! C'est exactement ce qui te convient !" J'aimerais bien en être aussi certaine...
Ensuite, c'est toujours le corps qui est à la traîne. Ca commence à devenir lassant : quelques heures de marche et je suis bonne à mettre au lit, deux verres dans une soirée et je suis une loque (c'est ça surtout qui me gêne, je crois...).
Je pense que mon pessimisme professionnel rejaillit sur ma forme. Il est temps d'entamer la cure de vitamines conseillée par le médecin, à la rentrée. Et d'entrer en hibernation ??
La perspective de la trentaine, une trentaine aussi précaire et minable que la plupart des autres trentenaires diplômés, me rappelle les rêves ambitieux que je gardais "pour plus tard". Bien sûr, depuis, j'ai déchanté en me rendant compte que ces filières étaient chères et sujettes à diverses piges et autres stages bénévoles pendant les premières années, qui se prolongent pour beaucoup, semble-t-il. J'ai cru renoncer au secteur culturel de bon coeur, en échange d'un vrai salaire. Mais il semble que j'ai grillé quelques neurones dans ces postes sans envergure.
C'est maintenant que je me rends pleinement compte du poids de mon origine sociale. Des possibilités entières me sont refusées par manque de capital économique et de capital social, merci Bourdieu. Et puis j'en viens à revoir mes aspirations à la baisse. Ce qui me semblait effroyablement ennuyeux se pare petit à petit de mille attraits.
16 octobre 2006
Speed Jobing
M'y voilà enfin, à "Paris pour l'emploi 2006", dans un immense chapiteau proche du Champ de Mars. Ah, merde, je n'ai pas pensé à prendre le sac à l'entrée, je croyais que c'était de la vente forcée, en fait c'est le guide de toutes les entreprises présentes, avec le plan des stands... indispensable, évidemment !
Bon, alors, je peux commencer par aller voir les entreprises que je connais déjà. Tiens, France Telecom, par exemple. Un barbu jovial s'exclame en me voyant approcher, pour couper court à d'éventuels reproches : "On ne propose que des CDD de six mois en grande banlieue !". Curieux. Allez, je laisse mon CV. Ca engage à peu de choses, étant donné la hauteur de la pile.
Je furète auprès d'un stand riche en promesses de travail chiant mais lucratif de vendeuse. J'échange deux mots avec le représentant de l'entreprise, au regard bleu acier assez inquiétant, à vrai dire. "Vous voulez être agent ou salarié ?" Je ne comprends pas bien. Son entreprise ne recrute que des "commerciaux terrain", le genre à aller frapper aux portes avec des petites mallettes, quoi.
Quelque peu déboussolée, je laisse deux-trois autres CV. Mon argumentaire laisse à désirer :
"Les emplois que vous proposez m'intéressent beaucoup. D'ailleurs, j'ai eu une expérience de deux jours dans ce domaine il y a cinq ans... [blanc] C'était passionnant. [blanc] Quels types de profils vous recherchez ?"
La tête me tourne tellement que je décide de revenir le lendemain, après une bonne nuit de sommeil. Entretemps, j'ai épluché le programme pour en ressortir une quinzaine d'entreprises susceptibles de trouver ma candidature vaguement crédible. J'ai même coché les stands sur le plan, pour me faire une sorte de parcours.
Le lendemain matin, ça marche mieux. Je souris, il me semble que j'arrive à être plus accrocheuse que la veille. Même quand la description des postes offerts me donne envie de tourner les talons. Qu'est-ce qu'ils ont tous avec leur SMIC et leurs commerciaux terrain ? Ils viennent pourvoir les postes dont personne ne veut d'habitude, ou quoi ?
Je repars sans avoir laissé de CV devant les banques, qui présentent une file d'attente monstrueuse. J'ai obtenu un rendez-vous pour un entretien la semaine prochaine. Finalement, le seul avantage de ce type de manifestations, c'est de donner son CV en main propre, au lieu de l'envoyer dans la nature par mail. Il n'y a aucune promesse d'embauche, seule la conviction de chaque personne peut faire une différence dans le traitement du CV, mais difficile de passer plus de deux minutes avec chaque recruteur.
Nous voilà entrées dans l'ère du junk job.
25 septembre 2006
Le facteur chance

En relation avec mon vif désir de retrouver au plus vite un emploi (rémunéré, si possible, bien que nombre d'offres de stages soient alléchantes, mais quelle idée de vouloir être payée !...), j'ai accepté une session de recrutement d'une entreprise qui démarchait auprès des demandeurs d'emploi inscrits à l'ANPE. Une boîte qui a du mal à recruter au point de relancer de pauvres chômeurs qui ne lui ont rien demandé ? Wah ! sûrement le job du siècle !
Arrivée avec un peu d'avance, j'ai poireauté trois quarts d'heure dans un couloir, au lieu de la demi-heure qu'ont seulement subie les autres, plus ponctuelles. Ca tombait bien, il y avait plein de lecture pour m'occuper. Et, notamment, "Les dix commandements du plateau", affichés à l'entrée de la salle de production.
- Les ordinateurs et les téléphones, tu ne déplaceras pas.
- Les casques, à la fin de chaque session, sur leur présentoir tu remettras.
- Ton téléphone portable, sur le plateau, tu éteindras.
- De ta place, tu ne bougeras pas.
- Sur le plateau, tu ne mangeras pas.
- A ton poste, tu ne boiras pas.
- Sur ton bureau tu n'écriras pas et dessous toi des chewing-gums tu ne colleras pas.
- Dans tous les locaux tu ne fumeras pas.
- En bas de l'immeuble, en groupe tu ne t'attrouperas pas.
- De tes outils de travail responsable tu seras et, si casse il y a, de ton salaire, le montant l'Entreprise retiendra.
Voilà qui était déjà suffisant pour me faire aller vérifier si l'herbe était plus verte ailleurs, mais je n'aime pas me déplacer pour rien je suis consciencieuse et n'ai qu'une parole, j'ai décidé de rester jusqu'à l'entretien.
En dix minutes, présentation de la boîte et formation à l'outil informatique comprises, c'était fini. Nous sommes ensuite passées en "phase test", qui ressemblait furieusement à de la production bénévole, puisque nous nous sommes familiarisées avec le programme en appelant le fichier client et en effectuant des enquêtes dans les mêmes conditions que les salariés déjà en place !
Au bout de 45 minutes, notre recruteuse est venue nous dire que pour celle qui avait fait ses trois questionnaires (moi !), c'était bon, mais qu'elle n'allait pas pouvoir garder (et donc payer ) les autres. Après réflexion, elle a pris en compte le fait qu'on avait commencé à midi, heure hautement rentable, comme chacun sait, pour appeler les entreprises. Si nous étions intéressées, nous pouvions revenir à 14h, pour un test complet d'une heure.
Je suis allée manger avec celles parmi mes compagnes de recrutement qui ne montraient pas les dents quand j'essayais de leur adresser un sourire amical. Malgré leur sérénité de façade, elles trouvaient les conditions bizarres, elles aussi, quand même. J'ai regretté d'avoir oublié de poser des questions sur la participation aux frais de transport et sur d'éventels tickets restaurant, dont aucune mention n'avait été faite. De retour à mon poste, j'ai constaté que la salle s'était remplie ; j'ai aussi compris l'utilité des épais rideaux bleus, qui empêchaient le soleil, donnant directement sur la vitre, de transformer la salle en étuve. Dans ce lieu relativement exigu, étaient alignés quatre rangées de cinq postes chacune. Sur les murs, entre deux affiches de bandes-dessinées, des affichettes montrant un gros smiley accompagné du message "Souriez, vous êtes écoutés !"
Une autre feuille collée sur le côté, sous la pendule, a attiré mon attention.
Consignes sur les sessions d'intervention
Pour le pointage, seuls les 1/4 d'heure sont pris en compte.
Les pauses ne sont pas admises, hormis la pause méridienne de 12h30 à 14h00 et celles mises en place pour les femmes enceintes par la convention collective n°...
Evidemment, mon rendement s'est un peu ressenti du fait que la plupart des interlocuteurs n'étaient joignables qu'à partir de 15h et que j'avais très envie de prendre mes jambes à mon cou. C'est donc sans surprise, mais avec jubilation, que j'ai vu la recruteuse mettre de côté ma fiche lorsque nous sommes revenues dans le couloir faire le bilan. Chouette, la discussion pouvait enfin commencer !
Le système de cette entreprise était donc de ne garder que les employés rentables au bout d'une heure, quelles que soient par ailleurs leur compétence réelle et leur motivation. Même les vacataires de longue date, à la valeur reconnue, pouvaient quitter une étude en milieu de journée s'ils montraient une baisse de forme. J'ai commencé à discuter sur quelques notions élémentaires de droit du travail ; notamment, si notre activité, pendant ces deux heures, était considérée comme une période d'essai, une période de formation, ou une période de travail. La recruteuse a pris une inspiration d'énervement contenu : "Je vois que vous n'avez pas bien écouté ce que je vous ai expliqué pendant une demi-heure..."
- Oh, si, j'ai fort bien compris mais tout ce que j'ai entendu m'a paru curieux.
- Toutes les entreprises fonctionnent comme ça dans ce secteur, renseignez-vous.
- Justement, ça fait quelques années que je travaille dans ce secteur et jamais je n'ai vu de personnes recalées sur la foi de leur rendement au bout d'une heure.
Un cadre est arrivé dans le couloir et a énergiquement tenté de refermer la porte nous séparant du plateau, la discussion devenant probablement trop animée pour la sérénité de tous. Pour ne pas qu'elle considère cet aparté comme une mutinerie générale, j'ai mis en avant l'une de mes compagnes, arrivant en fin de droit, en disant que c'était dommage pour elle, qui avait l'air si motivée, de ne pas être prise parce que les gens qu'elle avait appelés n'étaient pas disponibles à ce moment précis.
"C'est vrai, il y a un facteur chance", a reconnu la recruteuse.
Alors pourquoi ne pas tirer les candidats au sort dès le départ, on se le demande.
09 septembre 2006
Mais dégage, vieux bouc puant !
Ca se termine toujours mal, mes boulots. Un jour, une collègue très sympa m'avait conseillé de "toujours quitter une entreprise en bons termes ; on ne sait jamais ce qui peut arriver plus tard".
Ouais mais voilà, je finis toujours par râler, alors tout le monde me déteste et ça me rend aigrie, et pour finir je pars en faisant une crasse à la boîte pourrie qui m'a permis de rouvrir mes droits aux assedics, suite à ma démission de la boîte pourrie précédente...
Suis-je une personne tellement conflictuelle, ou bien les conditions de travail sont-elles particulièrement pénibles dans les jobs payés au smic peu exigeants sur le recrutement ?
Ma dernière crasse, c'est de faire la morte à mon retour de vacances. L'usine m'a appelée deux fois en une semaine, selon le schéma suivant :
- Bonjour, Guiffrede. (Tiens, qui c'est ? on dirait Aldénore...) C'est Félicine de l'usine. (meurf...)Tu serais disponible pour venir travailler tout à l'heure ?
- Certainement pas.
- Heu... ah bon, c'était juste pour savoir."
Tant et si bien que le Cadre Chargé du Recrutement et du Planning m'a appelée. Celui-là, je l'attendais de pied ferme, j'avais fourbi mes répliques à son intention, aussi n'a-t-il presque pas réussi à m'énerver. Bon, il y a eu cette légère perte de contrôle, lorsqu'il m'a traitée de menteuse après avoir entendu mes remarques quant aux conditions de travail vraiment trop limites, et après il a dit : "d'abord je sais qu'il y a des personnes qui seront contentes de ne pas vous revoir", alors moi j'ai dit : "c'est moi qui serai la plus contente", après j'ai fait "au revoir", et lui aussi, et j'ai raccroché sans un regret.
Bref, mécontente de constater qu'une discussion de deux minutes avec un cadre suffisait à me ramener au niveau d'une piailleuse de maternelle, je me suis fendue d'un mail. Il est très bien, vous allez voir :
Monsieur,
J'imagine que vous trouvez cavalière la façon avec laquelle j'ai éconduit votre proposition de retour au travail à Usineville hier après-midi.
Néanmoins, cela a pu vous donner un aperçu de ce que peut ressentir un salarié prévenu le vendredi après-midi qu'il devra travailler jusqu'à 20h30, au lieu des 17h annoncées.
Certes, vous m'aviez prévenue que le système, à l'usine, consistait à informer chaque salarié de son emploi du temps la veille, et j'ai accepté cette organisation pendant six mois, poussée par des besoins financiers.
Toutefois, j'ai constaté au fil du temps des conditions de travail qui laissaient à désirer :
- exigence de "blancs" à poser une semaine à l'avance par les salariés, alors qu'à plusieurs reprises j'ai été contactée le jour-même pour venir travailler à Usineville dans l'heure qui suivait ;
- pause-déjeuner reculée, voire annulée le samedi (travail de 9 à 16h dans le stress, sans pause d'au moins une heure) ;
- local fumeurs insuffisamment isolé du reste des locaux ;
- chefs d'équipe agressifs et insultants (je n'apprécie pas particulièrement de me faire traiter de "conne" en public, tout comme vous, j'en suis sûre). J'estime avoir fourni un travail sérieux et ponctuel, malgré son caractère abrutissant.
Soyez conscients que seule la nécessité peut conduire des salariés à accepter de telles conditions pendant de longues durées, et que les [fabriques à travailleurs pauvres] profitent d'une situation écomique désastreuse sur le plan national pour imposer un travail aussi précaire.
Sincères salutations.
Quintilien me suggère de l'envoyer à un journal pour le publier, je ne suis pas très chaude. Il ne faut quand même pas oublier que je suis actuellement en recherche d'emploi, mon histoire d'emmerdeuse avec mon nom sur un journal risquerait de plomber un cv déjà peu reluisant...
29 août 2006
Meuh
Heureusement que je n'ai pas trop bossé pendant les vacances. Entre les Théories du marché du travail et The Wheel of Time, c'est ce bon vieux Robert [Jordan] qui l'a emporté haut la main.
Bien m'en a pris, car un courrier datant de mi-août m'attendait à mon retour : l'ANPE rejette ma candidature au concours de conseillère à l'emploi ! Pourtant, j'avais tout bien fait comme il fallait, malgré leur lubie d'avoir les preuves d'une activité professionnelle niveau bac+2 pendant deux ou trois ans.
J'ai lu sur un forum que certains métiers n'étaient pas reconnus à ce niveau. Je confesse que malgré mon niveau de diplôme largement supérieur à bac+2, j'ai eu le mauvais goût d'occuper des jobs sous-qualifiés afin de payer mon loyer (au lieu de rester au chômage chez ma mère). Il me semble malgré tout que les annonces de certains de ces boulots exigeaient deux ans d'études. Le même forum signalait que certains candidats ainsi dédaignés avaient obtenu gain de cause en faisant appel de la décision de rejet de leur dossier.
Pour ma part, je préfère renoncer pour cette fois. L'épreuve écrite m'avait complètement dépassée l'hiver dernier et, apparemment, l'oral qui suit pour les chanceux de la première sélection est basé sur le même type d'épreuve, en plus court. Je ne me sens pas du tout au point, donc peu convaincante s'il s'agissait de défendre l'intérêt de ma candidature.
Et puis, en réfléchissant, je me dis que je ne suis pas du tout faite pour un métier d'accueil. Les agences ANPE et Assedic regorgent de personnes paumées, parfois agressives ; l'ambiance était oppressante lors de mes passages estivaux. J'ai vu des conseillers s'en prendre plein la gueule, lutter pour rester calmes. Une femme butée, refusant de comprendre qu'elle ne pouvait pas quémander vite fait un renseignement alors que vingt personnes faisaient déjà la queue, s'est carrément couchée sur les trois marches séparant deux salles, et refusait de bouger. Comment réagirais-je face à des situations pareilles ? J'aurais peur de me prendre des baffes, oui !
01 août 2006
Démarches, fatigue
Accès de déprime suite à lecture de divers articles sur les conditions de travail en France.
Je devrais appartenir de plein droit à la génération des intellos précaires, sauf que je n'ai jamais même réussi à faire un stage qualifiant (ou comment trimer bénévolement pour enjoliver son CV).
Je n'ai que mon diplôme, et une expérience professionnelle en forme de petits boulots conservés jusqu'à ce que l'épuisement ou l'exaspération m'en fassent partir en courant.
Après avoir bossé sans rechigner aux heures sup et aux tâches ingrates tout l'hiver et le printemps, je m'octroie quelques semaines pour souffler, me persuadant que j'ai mérité la maigre allocation mensuelle versée par les Assedics.
Mais il ne se passe pas un mois sans que je reçoive des courriers menaçants : j'aurais un trop perçu d'environs 25 euros, ce qui me rend passible de poursuites... Quand je demande au guichet pourquoi cette somme ne peut être simplement prélevée sur le prochain versement de mon allocation, on me répond oui, bien sûr, évidemment, était-ce vraiment la peine de se déplacer pour poser cette question ? C'est que le courrier ne mentionnait nulle part cette possibilité, et me donnait l'impression fâcheuse d'être une grande délinquante...
Je pars en vacances en laissant en plan ma recherche d'emploi. Il est vrai que cette dernière avait été particulièrement intensive en juillet : deux candidatures spontanées, envoyées avec l'idée que "on ne sait jamais, ils peuvent avoir besoin de monde à la rentrée" (dans le meilleur des cas, elles aboutiraient à un boulot de vacataire).
Et je reprends ma préparation au concours de l'ANPE là où je l'avais laissée en novembre, pour retenter ma chance à la rentrée. Mes lectures de vacances vont être rigolotes.
13 juin 2006
Chômage choisi
Et non, ce ne sont pas des vacances, ni un licenciement, ni une démission. Je suis "en blanc", qu'on se le dise !
Ca signifie avant tout que je vais me remettre à la recherche d'emploi. Ma fatigue perpétuelle ne me simplifie pas la tâche. Je n'arrive pas à me souvenir d'un moment où j'aurais été vraiment en forme. Pas patraque, pas grognon à l'idée de me lever avant midi, pas prise de vertiges et de migraine après une ballade... Mon état de santé m'inquiète.
La motivation n'est pas tellement au rendez-vous, non plus. Je ne me sens pas le courage, pour l'instant, de postuler encore pour des jobs mal payés, qui vont me mettre sur les nerfs au bout de trois mois. Par ailleurs, je me vois mal supporter des entretiens glaciaux pour des emplois qui ne correspondent pas à mon profil (quel profil, d'abord ? je ne sais plus très bien...).
Et puis, plusieurs projets de départ en vacances, des vraies cette fois, ne facilitent pas les choses. Ai-je réellement envie de travailler dans les prochains mois ? Pas sûr...
06 juin 2006
Aux frontières de l'absurde
La meilleure mission de l'usine, qu'on m'avait dit. Une enquête cool, intéressante, assurant des revenus pour un mois et demi.
Je ne sais pas comment ça s'est passé l'an dernier, mais cette année il y a une ambiance de merde ! On travaille par équipes de trois sur un thème. En trois jours, on avait déjà effectué le plus gros du boulot. Depuis, on fait semblant. On tourne des pages, on prend l'air affairé.
Je n'y parviens pas très bien et me fais quotidiennement réprimander. Par exemple, un supérieur hiérarchique vient me chercher en salle de pause, me fait sèchement remarquer que j'y suis depuis plus de dix minutes et qu'il serait temps de regagner mon poste. Je retourne donc à mon bureau, pour ne faire RIEN, évidemment ; il n'y a rien à faire. Je passe mes trois appels de la matinée, je boucle en quelques minutes la moitié des tâches de la semaine et en suis réduite à sortir en douce un bouquin : pas possible, ça non plus, il vaut mieux regarder dans le vide pendant deux heures. Je réponds discrètement à un appel sur mon portable, pour voir Chiantinou monté sur ressorts me faire remarquer que, normalement, je devrais l'éteindre, même si j'en ai besoin pour voir l'heure. La seule journée où j'ai trouvé à m'occuper, sans faire de zèle, m'a vue me faire rabrouer par ma voisine, mécontente que j'en fasse trop, au risque d'augmenter les cadences (m'accuser, moi, de ça, c'est bien mal me connaître !).
Finalement, joie suprême, j'ai reçu l'accord des Assedics pour être indemnisée à partir de mai, remplissant sur le champ ma fiche d'indisponibilité à l'usine pour le reste du mois de juin. Je me doute que ça va me griller, étant censée continuer la mission jusqu'à début juillet. Mais, euh... comment leur expliquer gentiment ? JE ME CASSE ! J'ai montré ma bonne volonté et mon dévouement (ainsi que mon sale caractère), marre d'être déplacée comme un pion sur un planning démentiel !
Le comble, c'est qu'aujourd'hui, pendant que je m'efforçais de ne rien faire, on est venu me demander si j'étais endormie.





