Canthilde

Humeurs, musique, images et... horticulture

27 octobre 2007

Infâme familiarité

Mes expériences récentes dans le monde de la torture organisée au travail m’ont fait prendre conscience d’un sujet d’énervement (de plus). Je ne sais pas si c’est ma personnalité (gentille au fond, vipère sur la forme, volontiers taquine) qui me fait passer pour une brave fille qu’on peut chahuter à loisir, ou si c’est un comportement masculin plus répandu. Je constate en tout cas des comportements de familiarité excessive, qui dépassent ce que j’accorde naturellement au niveau de la camaraderie entre collègues. Bref, j’ai l’impression qu’ils en profitent un peu, par moments.

Prenons Agapius, par exemple. Je pense être parvenue à me faire une assez bonne idée du personnage et il n’y a plus grand-chose chez lui qui puisse me surprendre ou me décevoir (ce n’est pas que je le prends pour un con, mais…). Nous nous balançons souvent des vannes, nous montrons des sites internet insolites, mais je suis aussi obligée de le rembarrer quand il commence à me saouler avec ses considérations hâtives sur les femmes. J’étais en train de faire des photocopies, comme chaque jour, depuis quelques semaines (soupir), dans la salle que nous partageons quand j’ai des photocopies à faire, quand il me sort : « Tiens, viens voir, j’ai un truc marrant à te montrer. »

Je lève le nez de mon monceau de paperasses, jette un œil sur son ordinateur. Il s’agit d’une petite vidéo montrant une belle blonde en train de courir sur un tapis roulant dans une salle de gym, un homme faisant de même à ses côtés. Je commence à craindre le pire.

Agapius continue, hilare : « Tiens, là, elle a trop chaud et… »

En effet, la blonde enlève son t-shirt, évidemment elle n’a rien dessous et elle est gaulée comme une strip-teaseuse, et évidemment, je ne peux rien dire de plus sur cette vidéo car je suis aussitôt retournée dignement à ma tâche élevée de reproduction documentaire.

- Mais regarde, c’est trop drôle, le type se casse la gueule…
- Tu ne crois pas que tu as passé l’âge de ces bêtises ?

Il a continué à ricaner tout seul, puis s’est calmé, faute de répondant de mon côté. C’était tellement consternant que ça se passait d’autres commentaires. Comment pouvait-il croire qu’une femme intelligente (moi), avec un certain sens de l’humour (re moi), doublé d’une conscience sociale (toujours moi), pouvait rigoler avec lui d’une vidéo faussement cachée, tournée dans les conditions d’un porno, avec un contenu aussi… pauvre ? J’imagine que c’est ce qu’il fait avec ses potes, mais visiblement, il ne s’est pas rendu compte que ses potes sont de gros rustauds mal dégrossis (j’ai déjeuné avec deux spécimens qui avaient tout du collégien attardé). Précisons qu’Agapius a la trentaine.

Mais ce n’est pas mieux chez les quinquas fringants, tel ce client venu pour une réunion à la Boîte la semaine dernière. Un homme qui m’intimidait, la première fois que je l’ai vu, mais qui, cette fois, semblait considérer que nous étions les meilleurs amis du monde, comme l’indiquait son emploi continuel de mon prénom.

Au déjeuner, tout le monde mangeait ensemble, racontant de petites histoires liées au produit de la Boîte, et d’autres. Je faisais une remarque anodine sur les désagréments de la vie courante quand le QF a pris ma phrase au bond pour l’amener à un sujet qui l’intéressait :
QF - Tiens, ça me rappelle cette blague de blonde, mais peut-être que vous la connaissez…
Moi - Je n’apprécie pas beaucoup les blagues de blondes.
QF - Je vais la raconter quand même ! Alors c’est une blonde… […]
Moi – C’est affligeant !
Collègue – Ah ah ah !
Moi – Il ne faut pas rire, ça les encourage !
Collègue – Elle n’était pas mal, cette blague…
Moi – De toute façon, c’est les seules qu’ils comprennent.

Enhardi par son succès auprès de la collègue, et peut-être aussi voyant que j’avais de la répartie, le QF a raconté une autre blague, pas de blondes, mais tout aussi consternante. Même si tout ça s’est passé sur un ton de badinage léger, je me suis demandée avec lassitude si Brutus, mon patron, avait droit au même type de comportement de la part de ses clients, ce dont je doute fort.

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11 octobre 2007

Toujours pas...

controlDix jours plus tard, j'attends toujours qu'il s'en aille... le deuxième effet Control. En plus de l'effet hautement addictif de la musique de Joy Division, la mélancolie poisseuse suintant du film me poursuit. Impossible de ne pas considérer son propre parcours, ses échecs, ses amitiés lointaines à présent éteintes, et de ne pas se dire que rien ne va vraiment. Je ne sais toujours pas si c'est un "bon" film, mais il me hante.

Je le relègue peu à peu au fond de ma mémoire. Déjà, je n'écoute plus les disques cinq fois par jour. J'ai assez de soucis comme ça pour m'encombrer de ceux d'un chanteur mort depuis vingt-sept ans !

Mon boulot, notamment, ne me convient pas vraiment. Il faudrait que je fasse du réseau, des relations mais le découragement me prend avant même de décrocher le téléphone. Je n'arrive pas à oublier que je suis là par amitié et que je n'ai aucune compétence valable pour ce poste. Alors, je trouve le temps long. Je ne vois personne pendant des semaines entières. Ensuite, il y a ces longues réunions où mon inaction apparaît de manière criante.

"Heureusement", je devrais être à nouveau au chômage dans un mois et demi. Le temps de me consacrer à mon projet, mis entre parenthèses par la force des choses ? Je pourrais par exemple rechercher un stage, un emploi de courte durée, ce qui requiert plus de force de conviction que je n'en recèle actuellement. Je me sens à plat, obligée d'attendre pendant plusieurs mois avant de savoir si les démarches engagées depuis un an vont payer ou non. Me forçant à travailler dans un domaine autre que celui pour lequel je me suis donnée beaucoup (pas assez ?) de mal cette année.

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07 septembre 2007

Mais de quoi ils parlent ?

Enfer et damnation ! J'aurais pu avoir une rentrée paisible, à faire la sieste au bureau entre deux sudokus. Au lieu de ça, je suis obligée d'assister à des réunions pour préparer un projet et d'organiser... mes propres déplacements professionnels dans les semaines qui viennent. A moi les gares provinciales au petit matin, une vague carte Mappy imprimé la veille à la main, les sourcils froncés devant les plans de lignes de bus indéchiffrables ! Sans oublier que rencontrer de nouvelles personnes pour le boulot, ça signifie encore plus de sportifs dans ma vie. Je suis ravie, c'est rien de le dire.

Moment choisi de la réunion de cette semaine : préparation d'une journée le mois prochain avec tout plein de gens. Ils ont des compétences diverses et peuvent être regroupés en trois catégories. Mais il ne faut pas les laisser avec leurs camarades, sinon ils formeront des clans et ils ne parleront pas aux autres. La solution consiste à former des petits groupes selon les thèmes de la journée, en changeant régulièrement la composition des groupes.

Mes collègues réfléchissent intensément sur la meilleure façon de former des groupes successifs, en jonglant avec les noms des gens dont ils connaissent les qualifications et les affinités sur le bout des doigts. Je suis évidemment perdue depuis longtemps, ne parvenant même pas à retenir l'intitulé des trois catégories. Je songe amèrement que, tout comme la dernière fois, ce sont les invités qui vont m'aider à trouver dans quelle salle je dois me rendre. Mes collègues songent à un moyen de composer automatiquement des groupes ; pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? A cet instant, un collègue redresse la tête, une lueur démente dans le regard : "Et si on faisait une matrice ?"

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03 août 2007

Mes collègues de bureau, épisode 7

469e3837a3723J'espère n'avoir point inquiété Quintilien en lui parlant inconsidérément d'un jeune homme, ces derniers temps. Car c'est un fait, je travaille principalement avec des hommes, cette année. Cela m'est déjà arrivé, mais je n'avais encore jamais rencontré d'individus tels que Agapius.

Agapius a été la personne la plus sympa avec moi quand je suis arrivée à la boîte. En quelques minutes, il avait réussi à me mettre à l'aise et nous échangions des considérations diverses et variées sur nos projets de carrière respectifs. Nous ne travaillions pas sur les mêmes dossiers mais nous partagions régulièrement les mêmes lieux. Agapius me fournit des renseignements précieux sur la boîte : emplacement des toilettes, fonctionnement de la photocopieuse, horaires de la cantine. Pourtant, je n'avais pas spécialement envie de prolonger nos discussions passagères.

D'un naturel volubile, il n'avait pas son pareil pour m'accaparer vingt minutes d'affilée sans que je m'en aperçoive. Il parlait énormément de lui, oscillant entre une sincérité désarmante et une vantardise assumée. Tout en se présentant comme le meilleur espoir de la boîte, aussi audacieux que consciencieux, bien plus honnête que ses collègues, artiste à ses heures perdues et père modèle, il adoptait un ton ironique assez déstabilisant, façon de dire : "Et oui, je suis un sale vantard de prétendre être le meilleur mais du moment que je sais que j'exagère, je montre mon sens supérieur de la dérision et donc je mérite que tout le monde me regarde faire mon numéro de cabotin."

Au bout d'un moment, je ne savais plus trop comment prendre tout ça. Parce que bien sûr, en plus, il draguait, toujours au second degré, en claironnant qu'il était un séducteur et en enchaînant sur sa "nana" ou son gamin, tellement parfait que, devant lui, il pleurait... Clin d'oeil malicieux. Je l'ai donc classé dans la catégorie "petit rigolo", en rentrant mollement dans son jeu quand j'avais un moment à perdre.

Mais je n'étais pas dupe de sa personnalité ambiguë. J'ai remarqué plusieurs fois ses manoeuvres pour prendre le dessus sur des petites choses. Si je lui demandais où trouver des sous-chemises pour ranger des documents à mettre sous pli, il me répondait qu'à ma place, il ne ferait pas ça, car elles étaient trop grandes pour les enveloppes (c'était faux). A plusieurs reprises, il tenta de m'arracher un paquet de photocopies des mains pour me montrer la bonne façon de procéder. Ou alors, il se lançait dans des explications détaillées sur la fonction scanner, alors que je ne lui avais rien demandé. Juste avant les vacances, j'ai littéralement du lui crier dessus pour lui faire abandonner son projet de réglages élaborés de la photocopieuse pendant que je faisais mes photocopies toutes bêtes.

Il me prend sûrement pour une harpie à l'heure qu'il est et je trouve ça très bien comme ça ! Parfois, rien ne vaut un bon gros nerd autiste comme collègue de bureau.

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28 juin 2007

La pharmacienne n'existe pas

pharmacienneIl y a quelques petites choses qui me gênent chez mes collègues (masculins et plus âgés). Je me dis parfois que je suis pointilleuse, ou alors que j'ai mal entendu. Mais hier, à table, j'ai failli avaler de travers !

On parlait d'une certaine personne qui, dans le passé, avait travaillé dans une pharmacie.

Moi - Ah bon, elle était pharmacienne, avant ?
Lui - Pharmacienne ça n'existe pas, il faut dire pharmacien.
Moi - Comment ça pharmacienne n'existe pas ?!
Lui - Non, la pharmacienne, c'est la femme du pharmacien.
Moi - [s'étouffe en avalant une frite] Pas à notre époque, quand même ! Je suis sûre qu'il y a une majorité de femmes qui travaillent dans une pharmacie.
Lui - Oui mais au niveau de la langue officielle, c'est comme ça qu'il faut dire.
Moi- Rien ne nous empêche de faire évoluer la langue ! Elle n'était pas masculinisée d'office au Moyen Age... Tout ça parce qu'un connard a décidé un jour que le masculin l'emportait ! [mon raisonnement ne se tenait pas aussi bien sur le coup ; devinez quoi, j'étais légèrement énervée !]

De doctes collègues ont rappelé la mise en place progressive du vocabulaire dans l'enseignement primaire. Certains devaient être d'accord sur le fond mais aucun n'a dit clairement : oui, le Français est une langue sexiste, qui devrait suivre les évolutions de la société qui vont vers une participation égale des femmes et des hommes à la vie sociale. C'est quand même plus marrant de voir une femme piquer sa crise, comme elles font le toutes, sur le même sujet !

Et là je me suis rappelée leurs dénigrations continuelles de leurs collègues féminines, surtout lorsqu'elles sont plus haut placées qu'eux, leur façon d'attribuer des diminutifs en "ette" dans leurs réunions de travail (pas à moi, heureusement), cette insidieuse manière qu'ont certains de me considérer comme une secrétaire.

Je travaille avec des machos et c'est pénible !

[Photo empruntée :
et elle fait quoi, sur la photo, celle-là, hein ? Elle cueille des pâquerettes, peut-être ??]

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07 juin 2007

Excès d'Accessibilité

Mon patron souhaite que je remplisse une base de données.

Pour ce faire, il a concocté un fichier Access en deux coups de cuillère à pot, qu'il m'a fièrement présenté il y a un mois.

J'ai vu un écran plein de boutons dans tous les sens, peuplé d'appellations ésothériques.

"Tu vois, c'est très simple, il suffit de faire ça, ça et ça, sans oublier de faire ça, ça et ça, et voilà !"

A cet instant précis, je me suis jurée de ne jamais toucher à ce truc.

Néanmoins, comme mon patron restait attaché à l'idée que la gestion de la base faisait partie de la définition de mon poste, nous avons passé un après-midi chez lui pour qu'il me l'explique, calés dans le canapé devant une projection d'écran de la taille du mur.

Une fois passées les opérations basiques d'ouverture et de recherche, que j'ai consciencieusement notées tout en me demandant si la couleur de mon encre Tanzanite se rapprochait plus du bleu ou du violet, mon patron s'est soudain formalisé de ce que l'importation automatique des données ne fonctionnait pas parfaitement. Afin de m'épargner de la peine, il ne démordait pas de son projet d'importation automatique.

C'était simple (pour lui) : il y avait d'un côté un tableau au format Excel avec des centaines d'informations, de l'autre une base de données Access impudemment vide, il suffisait de transférer les informations de l'une vers l'autre, mais l'intitulé des différentes colonnes ne coïncidait pas. Il fallait donc les renommer (j'ai bu mon café en prenant un air intelligent).

En une demie-seconde, la base était remplie. Les joies de l'informatique. Sauf que... chaque entrée devait être codée, sinon l'enregistrement ne pouvait pas se faire (j'ai hoché la tête d'un air entendu). Concrètement, cela signifiait qu'il fallait reprendre le tableau Excel ligne par ligne et attribuer un code, par exemple les premières lettres suivies du numéro du département. Heureusement, miracle de l'informatique, une formule bien choisie pouvait aussi automatiser cette tâche. Un bon quart d'heure a été nécessaire pour trouver la formule adéquate, dans une totale euphorie de mon patron plongé dans un tête-à-tête des plus intimes avec son ordinateur posé sur ses genoux (mes rêves ont été très doux durant cette micro sieste). Ensuite, il a fallu trouver un code alternatif pour tous les départements commençant par les mêmes lettres (je suis sortie de ma léthargie de temps en temps pou signaler une ligne qui allait poser problème).

C'est ainsi que, dans le but louable de me simplifier la tâche, quatre heures de programmation informatique ont été nécessaires, opération qui aurait amplement pu se priver de ma présence ébahie.

"L'informatique, c'est un truc de paresseux", a conclu mon patron. Un avis que j'étais loin de partager.

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06 mai 2007

L'antre de la vacataire

Nouvelle étape dans ma fulgurante ascension sociale. Une augmentation de salaire ? pas au bout d'un mois de travail, faut pas rêver ! une proposition de CDI ? ah ! ah ! de quoi ?? Et bien non, rien de tout cela : on m'a confié les clefs d'un bureau. En fait, on me les prête quand je le souhaite. Ce n'est pas mon bureau ; j'ai le droit d'y aller quand personne d'autre ne s'y trouve. Or, si l'on considère que la majorité des occupants de l'immeuble ignoraient jusqu'à son existence, on peut dire que les locaux me sont acquis, du moins le temps que dure mon contrat.

Voici la chose en question :

P1000679_1P1000680_1.

Une grande fenêtre, deux bureaux, deux ordinateurs (auxquels je n'ai pas accès)... pas de doute, c'est plus grand que chez moi. C'est aussi plus clair, plus propre, plus calme. J'envisage m'y amener un sac de couchage, un des ces jours.

On notera la présence de cartons et de tas d'enveloppes disgracieux. Les clefs ne sont pas un cadeau généreux. Il se trouve qu'on m'a demandé de nouvelles tâches en échange. La vie est injuste.

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30 mars 2007

Pistonnée !

BessetteChampCan2004Je me suis plantée en beauté pour la seconde partie de mon projet. Tout est remis à dans six mois au mieux, voire à l'année prochaine.

Tandis que je tentais de me persuader qu'un échec ne prouvait pas que j'étais la pire des nouilles de tous les temps, une connaissance m'a proposée un travail.

Et à bien y repenser, ce n'est pas la première fois que mon "réseau" me permet d'avoir un emploi. Mais il faut savoir ce que ça recouvre avant de crier au piston injuste ! En fait, ces emplois n'ont jamais été les boulots du siècle. C'était toujours pour une courte période, pour un salaire moyen et dans des conditions qui faisaient que trouver des candidats n'était pas évident.

Mon nouveau travail ne fait pas exception à ces règles. C'est quand même le travail le plus intéressant que je fais de cette manière, le genre d'expérience que je souhaitais acquérir mais dont les annonces correspondantes décourageaient par le profil souhaité. Difficile, en France, de faire valoir une compétence quand l'intitulé du diplôme sur le CV ne correspond pas à la lettre près...

Petit détail : c'est dans un domaine dont je suis une grande spécialiste, comme chacun sait... le sport !

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16 mars 2007

Pré-pa-ra-tion

Bilan de ces dernières semaines, où je me préparais à affronter un entretien important pour mon avenir professionnel :

Un mois avant : super ! J'ai enfin obtenu cet entretien. Je me sens sûre de moi, motivée, je suis leur meilleure candidate, c'est dans la poche !

Trois semaines avant : Tiens, j'ai un porc-épic dans la gorge... Ah, ça s'appelle une pharyngite ? Bon, je crois que je vais rester au lit quelques jours...

Deux semaine avant : Au fait, cet entretien (que je réussirai, naturellement), il serait temps que je le prépare.

Dix jours avant : non, Quintilien, hors de question que je reste dormir, j'ai du travail. Ce n'est pas fair-play de me faire des yeux de merlan frit !

Une semaine avant : bon, et comme plan de rechange, si l'entretien (que je réussirai) n'aboutit pas tout de suite, qu'est-ce que je pourrais bien faire à la place ?

Quatre jours avant : non, un rhume carabiné sur la dernière ligne droite, c'est nul ! Tu m'as trahie, ô mon corps !

La veille : je suis malade, je suis déprimée, je n'arrive pas à me préparer, ça va être le pire moment de ma vie, et puis, tiens ! je n'irai pas, d'abord.

Une heure après : sans cobbentaire...

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31 janvier 2007

Tourments

betonland

Lorsque la DRH de l'Usine m'a contactée pour me proposer un poste de courte durée, elle a montré de curieuses réticences. Chaque description des conditions de travail était accompagnée d'un : "Je dis ça pour que vous voyiez si ça vous convient, pour ne pas vous faire perdre votre temps." Me faire perdre mon temps ? J'étais comme la grande majorité des demandeurs d'emploi, n'en déplaise à nos gouvernants qui fantasment sur les poches à inactivité générées par les (horreurs !) aides sociales : je voulais bosser, j'avais besoin de fric.

Très vite, certaines choses m'ont semblées bizarres. J'avais perdu l'habitude que l'on s'adresse à moi comme à une écolière demeurée, en me faisant réciter par coeur. La formatrice parlait à toute allure, d'une voix stridente de gamine, insupportable. Elle passait en revue chaque information, sans aucune interruption, considérant que ce qui était dit une fois en deux secondes était compris et assimilé. Après sa tirade, elle quittait aussitôt la salle pour nous laisser apprendre. Lorsqu'elle revenait une heure après, constatant avec dépit que la "leçon" n'était pas sue, elle repartait en nous laissant nous débattre avec des notions ardues que nous tentions d'apprendre bêtement, sans les comprendre.

Durant les premières semaines de production effective, je me suis rarement sentie aussi désemparée face à une tâche. La main arrêtée en plein mouvement, la tête vide, incapable de mobiliser la moindre connaissance, je n'avais littéralement aucune idée de ce que j'étais censée faire.

Le métier a fini par rentrer, dans une certaine mesure, mais cela a été pour m'apercevoir de l'abattement épuisant auquel nous condamnait le sous-effectif chronique de l'Usine. Le travail ne devrait pas être une fin en soi, me disais-je en m'écroulant sous la couette à 21h.

Au niveau des relations avec mes collègues, il m'apparut bientôt qu'il y avait deux clans, que j'avais été placée d'office dans l'un d'eux et que la guerre était passée à l'offensive. Qui plus est, j'étais victime de discrimination ! L'attitude bienveillante de Carline avec une collègue de type ethnique différent, arrivée en même temps que moi, me convainquit bientôt qu'un racisme primaire, quoique inversé par rapport aux représentations courantes, régnait dans les locaux de l'Usine.

Le moindre geste était empreint de violence. Si j'avais le malheur de regarder nonchalemment une personne au passage, j'entendais derrière mon dos un grommellement rageur : "Kestumregardes, toi !" On parlait de nous, les nouvelles, sous notre nez, le moindre agissement étant considéré comme une offense mortelle, par exemple une feuille de pause que nous n'avions pas faite circuler normalement, dans l'ignorance des consignes.

La réunion-bilan de l'année 2006 nous vite assister, médusées, à une engueulade musclée dont l'enjeu résidait dans le degré de politesse et d'éducation des protagonistes. Malgré mon fort pressentiment, les éclats de voix ne dégénérèrent pas en coups.

Ajoutons à cela les "bonjour" auxquels personne ne répondait, les portes retenues sans le moindre remerciement, les portes reçues dans la figure la fois d'après... Jamais je n'avais vu ça dans un milieu professionnel !

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