Canthilde

Humeurs, musique, images et... horticulture

26 mai 2008

De retour dans la course

Vous savez dans quel état me mettent les retours de vacances : je continue à planer longtemps après l'atterrissage. Lorsque Quintilien et moi nous sommes séparés à la sortie du bus nous acheminant depuis l'aéroport, j'ai calé mon gros sac sur mon épaule et j'ai bravement entamé le chemin de retour jusqu'à chez moi. Ce n'était pas tellement le poids qui me préoccupait, que la façon dont j'allais employer les prochaines semaines. Je me sentais inutile, ne cadrant nulle part. En levant les yeux vers les immeubles environnants, je voyais des bureaux encore éclairés à cette heure avancée. J'enviais presque les silhouettes qui s'y déplaçaient furtivement, d'avoir une place assurée quelque part, un rôle bien défini.

Un petit tas de courrier m'attendait derrière la porte. J'ai eu la satisfaction d'apprendre que l'entretien d'admission pour une formation qui m'intéresse aurait lieu mardi et non la semaine dernière, comme une conversation avec un des responsables me l'avait fait craindre. Je tendais la main vers une carte postale m'informant que ma mère était allée en vacances dans les Pyrénées lorsqu'une grande enveloppe a attiré mon attention. Son contenu m'annonçait, en substance, que

mon projet avait abouti !

Les conséquences ne s'en feront pas sentir avant l'automne prochain, où j'aurai à déménéger dans une autre ville pendant plusieurs mois. Je vais suivre une formation, des stages. Je n'ai encore signé aucun papier officiel, je n'ose pas vraiment y croire. Est-ce que c'est sûr, j'ai un travail ? Vais-je enfin pouvoir annoncer ma profession, sans être obligée d'ajouter toutes sortes d'explications foireuses sur les "deux-trois trucs" que j'ai faits ces dernières années ? Il semble bien que j'aie maintenant un métier, même si je ne peux me définir que future-chose pour le moment.

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25 avril 2008

Retour à l'école

gothic1La malédiction continue à me poursuivre. J'ai pourtant tout fait pour que ça ne se reproduise pas. J'ai été jusqu'à parler de mes opinions politiques pendant un entretien d'embauche. Rien à faire, ils voulaient me prendre à l'essai.

Mais alors, comme boulot de merde, on ne fait pas mieux : je leur donne mes disponibilités de la semaine et ils m'appellent quand il y a du boulot ! Le seul avantage, c'est que c'est à deux pas de chez moi.A part ça, je cherche... Me donner un revenu d'appoint ? Bof, un temps partiel au Smic, ça n'ira jamais bien loin. Mais ça peut me permettre de prolonger mes allocations pour 2009, ce qui cadrerait bien avec mes dernières démarches :

Retourner à l'école ! (d'où la photo des écolières gothiques japonaises, si vous vous posiez la question. Au fait, saviez-vous qu'il existait des sacs en forme de cercueil ? Bref.)

J'ai envoyé un dossier pour suivre une formation l'an prochain. Ca m'a fait tout drôle de rechercher mon relevé de notes du bac, soigneusement archivé depuis un peu plus de dix ans. J'ai halluciné en voyant les notes mirifiques obtenues dans les matières littéraires ; malheureusement, ayant préféré suivre un cursus ES, mes notes minables dans les matières principales, à savoir les sciences économiques et les maths, m'ont valu un bac obtenu certes du premier coup, mais sans mention.

Du coup, je n'ai aucune idée de mes chances d'intégrer cette formation. J'ai contacté une autre institution, privée celle-ci. Tout ça pour me donner une solution de rechange si, vraiment, le projet n'aboutit pas.

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15 avril 2008

Je sais me vendre

Ah ! Vous avez voulu que je postule à vos annonces minables ? Qu'à cela ne tienne ! J'ai mis toutes les chances de mon côté.

  • Pour postuler, j'ai fait un méchant copier/coller de mes candidatures précédentes, en remplaçant au dernier moment "Monsieur" par "Madame".
  • Quand on m'a appelée, j'ai joué l'étonnée : "Quelle annonce, déjà ? C'est quoi, votre boîte ?"
  • Pour me rendre à l'entretien, j'ai musardé dans la rue, regrettant que l'entreprise soit tellement proche de chez moi que prendre un métro, avec toutes ses alléchantes probabilités de retard, aurait été ridicule.
  • J'étais tellement concentrée que j'ai loupé le numéro du bâtiment et que j'ai du faire demi-tour en chantonnant : "Cause I wanna take you down town / Show you my thing / Show you my thing."

Durant l'entretien :

  • Mon parcours ? C'est bien simple, j'ai fait de très longues études par désoeuvrement et puis tout plein de boulots de merde parce que je suis une ratée caractérielle.
  • Ah, au fait, c'est quoi les dates du contrat ? Parce que je pars en vacances, là, dans trois semaines...
  • Mes prétentions salariales ? 1600 euros bruts, pas moins. Parce que je le vaux bien.

Eh bien, croyez-le ou non, ils voulaient bien me prendre ! Mais que faut-il faire ???

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07 avril 2008

Ma fibre charitable

Or, donc, il m'apparut que la seule voie pour faire mes premiers pas dans le domaine de mon projet, histoire de savoir si je ne me fourvoie pas dans un domaine qui ne me convient pas du tout, était... le bénévolat. Un comble, quand même. Le bénévolat, c'est plutôt un truc de femme au foyer catho qui aime bien faire sentir aux autres combien elle est dévouée et charitable. Ce qui n'est pas mon cas ; j'ai, la plupart du temps, envie de mordre mon prochain. J'ai également beaucoup de temps à perdre car ma recherche d'emploi est, comment dire, en pause.

Deux coups de fil, un rendez-vous où j'expose mes motivations avec un enthousiasme qui m'aurait logiquement valu de me faire jeter par la fenêtre dans un entretien d'embauche classique, et ça y est, on m'attribue une permanence ! C'était si simple que ça, alors que l'an dernier j'avais parlementé une demie-heure à un guichet d'ANPE pour me faire expliquer l'Evaluation en milieu de travail (EMT), qui permet de faire trimer gratuitement un chômeur quelques semaines pour vérifier si, oui ou non, il sait bosser. Trop compliqué, plein de papiers à signer, sigle à expliquer aux employeurs éberlués (qui ne retenaient que "travail gratuit" dans la phrase et n'osaient donc raccrocher tout de suite)...

Là, je me retrouvais avec Thérèse-Madeleine, l'image même de celle que je pourrais devenir si je devenais riche, mariée, vieille, et catho, naturellement. Mais très sympa, au demeurant. Le public était du même acabit et ça ne me dérangeais absolument pas ; je préfère travailler avec des vieilles dames qu'avec des (horreur !) enfants, au moins elles sont polies.

Comme ça ne m'occupera que deux heures par semaine, j'aimerais bien me dégotter un petit job alimentaire, quand même. C'est ce que m'a recommandé mon conseiller ANPE, le vrai, un homme adorable avec qui je critique l'institution où il travaille, ce qu'il advient de la fonction publique, ce que mijote le gouvernement... "De temps en temps, répondez à une offre d'emploi, quand même. Moi, je m'en fous, mais votre dossier pourrait être confié à quelqu'un d'autre avec la réorganisation des services..." Je réponds donc mollement à une annonce par semaine, sans trop me mettre en avant parce que ce n'est que de la vacation au SMIC, pas de quoi fignoler fébrilement son CV non plus. Le choix de l'annonce hebdomadaire n'est pas très difficile : c'est la seule à proposer un contrat de plus d'une semaine. La plupart des annonces proposant des boulots à la journée, je n'ai parfois même pas d'annonce à prendre en considération. De toute façon, j'ai toujours un projet à mener à bien pour m'occuper le reste du temps.

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30 janvier 2008

Stabilotons

stabiloAu début du mois, touchée par la grâce de mon récent retour au chômage, j'ai reçu un courrier de l'ANPE. Celui-ci mentionnait une proposition d'accompagnement à l'emploi, avec mon conseiller, [nom inconnu]. Quelle bonne nouvelle, mon conseiller pensait à moi ! Depuis un an que j'avais demandé, aussi bien par téléphone que sur place, un entretien me permettant de modifier les critères de ma recherche d'emploi ! Bien entendu, le courrier se terminait par la phrase rituelle : "A défaut de présentation, je serai contraint, conformément à la loi, d'annuler votre inscription comme demandeur d'emploi", mais c'était sûrement affectueux, chez mon conseiller. Mon conseiller m'avait écrit !

Je suis arrivée un peu en avance à l'agence. Quelques personnes attendaient déjà. En me renseignant à l'accueil, j'ai appris que ce n'était pas un entretien, mais une prestation de groupe. On ne pouvait pas m'en dire davantage.

Les autres personnes présentes étaient nettement plus âgées que moi. Les premières phrases timides ("vous savez pourquoi on est là, au juste ?") ont fait place à des commentaires enflammés sur l'efficacité de l'ANPE dans la recherche d'emploi des uns et des autres. Une dame, la soixantaine, avait réussi à se faire radier par l'Assedic pendant l'année. Motif : congé maternité.

Un conseiller est venu nous chercher alors que le groupe s'était déjà bien étoffé. Une trentaine de personnes a pris place dans une salle de réunion. Deux conseillers allaient donc nous présenter la prestation dite d'"accompagnement à l'emploi". L'homme d'âge mûr s'est présenté, pas la jeune femme. Pendant toute la durée de la réunion, elle allait articuler silencieusement en même temps que l'homme, quelques pas derrière.

Mais place aux choses sérieuses : le PowerPoint (trois diapositives). L'accompagnement à l'emploi consiste à rencontrer un conseiller toutes les deux semaines pendant trois mois. Celui-ci peut vous proposer des offres d'emploi, voire même vous accompagner aux entretiens d'embauche [pouffements discrets dans la salle]. Bien sûr, il n'y a aucune obligation ; être en phase de projet professionnel, par exemple une formation, avoir des problèmes de santé ou autres, constitue une raison valable pour refuser.

"Mais avant de faire un tour de table, je vais vous faire passer une liste de présence, que vous pourrez stabiloter", nous dit le conseiller.

L'homme en face de moi s'étrangle de rire. "Stabiloter !". Il la trouve bien bonne. "Stabiloter !" Il s'empresse de noter le mot sur son calepin.

Nous faisons ensuite un rapide tour de table. On nous appelle par notre nom, il faut dire oui ou non. Je dis : "Non". Une femme dit qu'elle veut bien bénéficier de l'accompagnement, mais qu'elle est enceinte de sept mois. Le conseiller lui explique qu'il faut être opérationnelle immédiatement pour cette prestation, mais elle insiste. "Moi, je dis toujours oui à tout !"

C'est le tour d'une femme aux traits fins, la voix grave et posée. Elle n'a pas l'air de vouloir signer les yeux fermés.
-Avant d'accepter, pouvez-vous me dire que vous aurez des offres d'emploi à proposer ? Parce que cette prestation, je l'ai déjà suivie l'an dernier et il n'y a eu aucun résultat.
- Et bien nous pourrons voir ensemble quels sont les obstacles que vous rencontrez. Parfois, il y a des problèmes récurrents, l
es candidats buttent sur l'entretien d'embauche...
- Ah ça, oui ! Il y a des problèmes ! Parce que les entretiens, j'y suis allée, mais à peine arrivée on me dit que ce n'est pas la peine. Ils veulent des jeunes !
- Oui, c'est ça, des jeunes ! renchérit une autre femme.

Je sursaute. Cette femme ne doit pas avoir beaucoup plus de quarante ans. Elle "présente bien", elle parle bien. Je regarde autour de moi. Dans la salle, il n'y a que trois hommes, quinquagénaires. Le reste de l'assemblée est constitué de femmes âgées de quarante ans ou plus ; deux ou trois, comme moi, doivent être dans la trentaine. C'est limpide, nous sommes les chômeurs de longue durée incasables ! Je fais partie des vieux dont personne ne veut. Mais je ne suis pas encore sénile, je n'ai que trente ans !

Après avoir rempli une fiche me demandant d'évaluer mes démarches de recherche d'emploi (mon projet professionnel ne rentrait pas du tout dans les cases), je suis sortie de la salle pour négocier un rendez-vous avec mon vrai conseiller. Il était là, je l'avais aperçu. Après avoir parlementé cinq minutes, la conseillère de l'accueil a disparu pendant un bon quart d'heure, à l'issue duquel j'avais l'assurance d'une convocation écrite "d'ici mi février". Je n'avais donc pas tout à fait perdu ma journée.

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24 janvier 2008

Little Failure

C'est sur les notes de la popissime chanson de Depeche Mode "Pleasure, Little Treasure" que j'ai débarqué sur les lieux d'une énième étape de mon projet professionnel. Et bien, ça ne m'a pas vraiment porté chance et j'ai passé un sale quart d'heure. Néanmoins, en discutant à la sortie avec quelqu'un qui avait objectivement plus de chances que moi, et qui avait lui aussi morflé, j'ai réalisé qu'ils avaient été particulièrement méchants pour ce projet-là. Et qui suis-je, humble dilettante, pour lutter contre une telle intention délibérée de faire le tri ?

Du coup, j'ai terminé la journée à écouter en boucle "Street Spirit (Fade Out)" de Radiohead. Quand on a une vague envie de pleurer et qu'on ne sait pas exactement pourquoi, cette chanson donne instantanément une raison valable !

Cette journée n'a pourtant pas été entièrement pourrie. J'ai bénéficié de la présence de plusieurs charmants messieurs, il a fait beau, je me suis promenée, j'ai mangé un monstrueux et non moins savoureux repas libanais... Restent les angoisses et les doutes, les récents questionnements...

Posté par canthilde à 13:24 - Tripalium - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 janvier 2008

Mes collègues de bureau, épisode 8

P1020191"Pauvre garçon... Pourtant, il en faut bien des comme ça..."

Telle était l'opinion communément admise sur Gotfridus avant même que je ne le croise au bureau, et notre première rencontre n'a pas démenti ces propos.

Je l'ai salué en me présentant ; il a tremblé des pieds à la tête. J'ai sorti quelques banalités de circonstances ; il m'a répondu par monosyllabes en fixant le sol.

C'était assez déstabilisant. Lorsque je produis un effet sur un homme, ce qui est, je vous l'accorde, rarement le cas, il cherche au moins à m'hypnotiser après m'avoir scannée de la tête aux pieds, en s'attardant sur quelques protubérances de milieu de parcours. Mais faire peur à quelqu'un, ça ne m'était encore jamais arrivée.

Nous avons été régulièrement amenés à nous voir pendant les réunions. J'étais l'une des seules à utiliser un instrument d'écriture décent, à savoir un stylo plume Lamy, tandis que les autres pianotaient avec fureur sur leur ordinateur portable. Gotfridus relevait rarement la tête du sien. Il intervenait de temps en temps d'une voix douce, se révélait le plus doué pour trouver rapidement une information ou proposer une solution à un problème technique. Assez impressionnant physiquement, il devait faire dans les 1m85, 100 kilos selon ses propres déclarations, les cheveux noirs frisottant au-dessus des oreilles, un visage agréable sans être beau, l'air un peu plus vieux que son âge.

J'ai été amenée assez vite à travailler avec Gotfridus par téléphone interposé, Brutus me renvoyant vers lui pour tout problème d'ordre technique. Je me souviens d'avoir été estomaquée par nos premiers échanges téléphoniques, qui traînaient en longueur de manière affolante. Les conversations étaient entrecoupées de longs blancs, tandis qu'il cherchait les réponses ou la marche à suivre. Je n'arrivais pas à prendre congé, il prolongeait de manière détendue la conversation comme si ça ne le dérangeait absolument pas d'avoir déjà passé une heure au téléphone. Moi, si.

De même, une réunion à propos du super logiciel "Terminator est déjà parmi nous" avait pris une tournure étrange lorsque Brutus lui avait demandé de nous faire une petite démonstration. Il s'était exécuté en prenant comme exemple son dossier en cours. Et il jubilait en passant en revue les menus obscurs de ce programme redoutable, s'étalant beaucoup trop sur le contenu, et c'était parfaitement barbant, sauf qu'on prenait plaisir à voir sa passion à l'oeuvre. Je m'attendais presque à entendre un : "Marshall..." ennuyé émanant de Brutus.

Dire que je n'aurais jamais considéré Gotfridus comme un être humain à part entière si je n'avais eu accès à l'information essentielle qui allait bouleverser toutes mes conceptions sur sa personnalité profonde... Il avait un chat ! Preuve qu'il était quelqu'un de bien, de recommandable. Dès que je l'ai su, je n'ai jamais manqué de lui demander des nouvelles de son chat. Nos relations s'en sont trouvées grandement améliorées. Il se détendit en ma présence au point de supporter mes marques habituelles d'affection, sous la forme de railleries et de vannes en tout genre. Bientôt, nous sommes devenus amis au point de nous chamailler sous le moindre prétexte. Les dernières semaines, on nous appelait "le vieux couple".

Je l'aurais difficilement cru au début de ce boulot mais, finalement, Gotfridus est celui qui me manque le plus aujourd'hui. Je leur souhaite bon vent, à lui et son chat.

Posté par canthilde à 23:30 - Tripalium - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 décembre 2007

Post-tripalum

C'est officiel, j'entame aujourd'hui ma dépression post-CDD.

Débarquer dans un milieu totalement inconnu, avec des collègues comme autant de cas en puissance, se débattre avec des détails insignifiants de la vie quotidienne, puis avec un contenu de travail insurmontable au premier abord, ou tout simplement très fastidieux, trouver ses marques, faire plus ample connaissance avec certaines personnes finalement charmantes, se soutenir à l'approche d'une échéance synonyme de surmenage intellectuel... Se rendre compte que dans quelques heures, on quittera les lieux pour ne plus revoir personne.

Oui, ce boulot m'a exaspérée à un point difficilement descriptible, au point de le traiter par-dessus la jambe. Mais comment s'investir dans un emploi en sachant que six mois plus tard, ce sera la fin d'une expérience trop inhabituelle pour être réinvestie dans un quelconque projet professionnel ?

Je m'étais pourtant attachée à mes collègues malgré les propos machistes de certains assez gonflants, surtout à table. Voir d'honorables quinquagénaires se chamailler autour d'une table pour des questions de terminologie recèle un aspect loufoque irrésistible. Ils n'entendaient que ce qui les arrangeait et comptaient souvent sur moi, l'assistante (= la secrétaire, dans leurs têtes), pour réunir, ranger, connecter, lors même que les informations brassées dépassaient mes capacités d'entendement et que j'avais besoin d'un coup de main. J'ai détesté devoir gérer des réunions avec des spécialistes du domaine, avec l'angoisse d'évaluer leurs propos sur des sujets que je ne maîtrisais absolument pas, mais la sensation de me trouver au coeur d'un projet ambitieux va sûrement me manquer.

Qu'est-ce que je vais faire, maintenant ?

Posté par canthilde à 19:32 - Tripalium - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 novembre 2007

Des tripes et des collègues

Durant ma courte et pitoyable existence, j'ai appris peu de choses, sinon acquis quelques certitudes en ce qui concerne le monde du travail.

Premièrement, ne jamais, jamais, jamais avoir d'aventures sentimentales avec un de ses collègues. Qui dit aventure dit brièveté, indifférence, lassitude, rupture, ennui, dégoût, haine, envie de meurtre ; les relations de bureau sont suffisamment tordues comme ça pour en rajouter !

Deuxièmement, fuir piston, embauches de complaisance, missions effectuées avec des amis.Les relations professionnelles ont, comme je le soulignais à l'instant, un caractère essentiellement tordu. Les collègues, on a forcément envie à un moment ou à un autre de les étrangler, les étriper, les étrangler avec leur tripes. Que faire lorsqu'il s'agit, à la base, d'un ami, chez lequel vous avez l'habitude d'aller dîner régulièrement ?  Ben il faut se forcer ! Et attendre la fin du contrat pour reprendre des relations amicales pures et désintéressées...

Finalement, le meurtre est bien plus une valeur sûre que l'amour ou l'amitié.

Posté par canthilde à 17:54 - Tripalium - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 octobre 2007

Infâme familiarité

Mes expériences récentes dans le monde de la torture organisée au travail m’ont fait prendre conscience d’un sujet d’énervement (de plus). Je ne sais pas si c’est ma personnalité (gentille au fond, vipère sur la forme, volontiers taquine) qui me fait passer pour une brave fille qu’on peut chahuter à loisir, ou si c’est un comportement masculin plus répandu. Je constate en tout cas des comportements de familiarité excessive, qui dépassent ce que j’accorde naturellement au niveau de la camaraderie entre collègues. Bref, j’ai l’impression qu’ils en profitent un peu, par moments.

Prenons Agapius, par exemple. Je pense être parvenue à me faire une assez bonne idée du personnage et il n’y a plus grand-chose chez lui qui puisse me surprendre ou me décevoir (ce n’est pas que je le prends pour un con, mais…). Nous nous balançons souvent des vannes, nous montrons des sites internet insolites, mais je suis aussi obligée de le rembarrer quand il commence à me saouler avec ses considérations hâtives sur les femmes. J’étais en train de faire des photocopies, comme chaque jour, depuis quelques semaines (soupir), dans la salle que nous partageons quand j’ai des photocopies à faire, quand il me sort : « Tiens, viens voir, j’ai un truc marrant à te montrer. »

Je lève le nez de mon monceau de paperasses, jette un œil sur son ordinateur. Il s’agit d’une petite vidéo montrant une belle blonde en train de courir sur un tapis roulant dans une salle de gym, un homme faisant de même à ses côtés. Je commence à craindre le pire.

Agapius continue, hilare : « Tiens, là, elle a trop chaud et… »

En effet, la blonde enlève son t-shirt, évidemment elle n’a rien dessous et elle est gaulée comme une strip-teaseuse, et évidemment, je ne peux rien dire de plus sur cette vidéo car je suis aussitôt retournée dignement à ma tâche élevée de reproduction documentaire.

- Mais regarde, c’est trop drôle, le type se casse la gueule…
- Tu ne crois pas que tu as passé l’âge de ces bêtises ?

Il a continué à ricaner tout seul, puis s’est calmé, faute de répondant de mon côté. C’était tellement consternant que ça se passait d’autres commentaires. Comment pouvait-il croire qu’une femme intelligente (moi), avec un certain sens de l’humour (re moi), doublé d’une conscience sociale (toujours moi), pouvait rigoler avec lui d’une vidéo faussement cachée, tournée dans les conditions d’un porno, avec un contenu aussi… pauvre ? J’imagine que c’est ce qu’il fait avec ses potes, mais visiblement, il ne s’est pas rendu compte que ses potes sont de gros rustauds mal dégrossis (j’ai déjeuné avec deux spécimens qui avaient tout du collégien attardé). Précisons qu’Agapius a la trentaine.

Mais ce n’est pas mieux chez les quinquas fringants, tel ce client venu pour une réunion à la Boîte la semaine dernière. Un homme qui m’intimidait, la première fois que je l’ai vu, mais qui, cette fois, semblait considérer que nous étions les meilleurs amis du monde, comme l’indiquait son emploi continuel de mon prénom.

Au déjeuner, tout le monde mangeait ensemble, racontant de petites histoires liées au produit de la Boîte, et d’autres. Je faisais une remarque anodine sur les désagréments de la vie courante quand le QF a pris ma phrase au bond pour l’amener à un sujet qui l’intéressait :
QF - Tiens, ça me rappelle cette blague de blonde, mais peut-être que vous la connaissez…
Moi - Je n’apprécie pas beaucoup les blagues de blondes.
QF - Je vais la raconter quand même ! Alors c’est une blonde… […]
Moi – C’est affligeant !
Collègue – Ah ah ah !
Moi – Il ne faut pas rire, ça les encourage !
Collègue – Elle n’était pas mal, cette blague…
Moi – De toute façon, c’est les seules qu’ils comprennent.

Enhardi par son succès auprès de la collègue, et peut-être aussi voyant que j’avais de la répartie, le QF a raconté une autre blague, pas de blondes, mais tout aussi consternante. Même si tout ça s’est passé sur un ton de badinage léger, je me suis demandée avec lassitude si Brutus, mon patron, avait droit au même type de comportement de la part de ses clients, ce dont je doute fort.

Posté par canthilde à 13:31 - Tripalium - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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