10 avril 2008
Pas vraiment

Je reste perplexe. L'idée saugrenue de recontacter certains fantômes de mon carnet d'adresses m'a valu quelques surprises.
Ainsi, le scoop qui rend amère : "Je me suis mariée il y a une semaine !" Ca fait plaisir d'avoir des amies aussi proches... J'ai vraiment l'impression d'être la dernière au courant, même en famille, pour les naissances, baptêmes, morts, enterrements. Certes, je refuserais probablement de me rendre aux cérémonies, mais la moindre des choses serait de m'inviter !
Mais il y a aussi les non-scoops : ben non, rien n'a changé, d'ailleurs si je l'avais appelée il y a dix ans, la conversation aurait été sensiblement la même. Mais cette fois, j'écope en prime d'un bilan psychologique à deux balles. J'estime, moi, avoir changé ; pourquoi ce diagnostic qui ne me ressemble plus ? Il y a dix ans, j'idéalisais tellement un individu que je parvenais à imaginer me marier avec lui. Une conception peu partagée. J'étais très romantique, en effet ; je me consolais de ma solitude en me disant que je n'avais pas trouvé "le bon". Aujourd'hui, je n'ai plus aucunes certitudes à ce sujet, sinon que je ne saurai jamais être la douce moitié de quelqu'un. Mon indépendance se rappelle farouchement à moi, sous la forme de tensions dans tout le corps, qui crient : "Seule ! Ma musique ! Mon lit !" Ca ne fait pas de moi un animal très romantique.
Plus j'y réfléchis, plus je me dis que mon idéal de vie s'éloigne de ce qui est défini comme la norme aujourd'hui. Il n'est pas forcément facile de vivre selon son idéal. Je ne fais qu'entamer cette réflexion. Quant à passer à l'action, c'est encore une autre histoire...
Mais peut-être que toutes ces ruminations ne viennent que de l'indétermination de ma situation matérielle. J'ai du mal à me projeter dans le moindre avenir (sentimental) tant que je ne suis pas fixée. J'ignore si je cherche l'absolu amoureux, mais la sérénité, oui.
28 août 2007
J'en rêve !

De retour de vacances, on a du courrier. Il s'y trouve parfois des choses ahurissantes. Ainsi, j'ai reçu une offre d'emploi de l'ANPE. C'est bien la première fois que ça m'arrive, depuis deux ans que j'y suis inscrite. Et c'est bien la date qui me porte à me poser des questions. Il s'agit d'une offre d'emploi des plus banales, correspondant à ma recherche déclarée, du genre que je peux trouver sans problème toute l'année. En fait, je ne cherche plus depuis plusieurs mois, puisque je travaille jusqu'à la fin de l'automne. Donc, j'ai renvoyé le papier signifiant mon refus de l'offre, pour éviter de me faire radier. Car la menace était bien inscrite en toutes lettres et, à mon avis, elle me pend encore au nez, n'ayant répondu qu'au bout de dix jours, vacances oblige. Je fais peut-être du mauvais esprit, mais proposer un emploi à une chômeuse en août, qui doit répondre sous peine d'être radiée, c'est quelque part chercher sa radiation effective. Beaucoup de gens prennent des congés en août, chômeurs ou pas. J'aurais effectivement du prévenir de mon départ mais, étant salariée en ce moment, je n'ai pensé qu'aux démarches vis-à-vis de mon employeur actuel. Je ne coûte rien à l'Assedic en ce moment, par contre mon maintien sur les listes des demandeurs d'emploi depuis deux ans fait gonfler les chiffres du chômage. J'ai le droit de rester inscrite, le statut de chômeuse de longue durée peut me faciliter l'accès à certaines formations, je pense, donc je préfère le rester tant que je suis en CDD. Mais on parie combien qu'ils veulent se débarasser de moi ?
Quand à la phrase du jour, elle figurait en tête d'un courrier envoyé par ma banque.
Chère Madame,
Votre carte bancaire arrive bientôt à échéance et nous nous apprêtons à la renouveler. C'est, si vous le souhaitez, l'occasion d'en choisir une à l'image du Rugby.
Hein ? Ils vont m'obliger à avoir un gros ballon sur ma carte, c'est ça ? Mais je n'ai rien demandé, moi !
En effet, pour célébrer cette année placée sous le signe du rugby, la Banque a créé des cartes Visa Rugby en série limitée.
Ici, une note de bas de page m'apprend que la Coupe du Monde de Rugby se déroulera en France du 7 septembre au 20 octobre 2007, comme si le relookage intégral de la gare Montparnasse en stade avec des joueurs suspendus au plafond me laissait encore ignorante de la chose...
[...] Les cartes Rugby possèdent toutes les caractéristiques des cartes visas. Et ce n'est pas tout, elles ont vraiment l'esprit rugby : lecture, sportwear, équipement, art de vivre... façon rugby.
Et moi je possède toutes les caractéristiques des réfractaires au rugby : douillette, incapable de lancer un ballon, ne pratiquant les mêlées sur la pelouse qu'en duo avec mon cher et tendre !
Bon, je suis rassurée par la fin de la lettre qui me confirme que la nouvelle carte sera semblable à la précédente, à moins que je ne réclame ma carte rugby à grands cris avant la fin du mois. Et là, je pense que, comme avec l'offre ANPE, je vais poliment décliner.
26 juillet 2007
Ma fille, cette paumée

Le ton d'incrédulité avec lequel ma mère prononce cette phrase en dit long sur la confiance qu'elle accorde à la stabilité de ma vie sentimentale.
Signalons qu'elle a posé la même question, à la virgule près, avant et après le voyage à Venise et cette fois-ci, après que je l'ai informée de notre séjour de deux semaines dans les Pyrénées, en août...
- Oui, je suis toujours avec Quintilien, je te remercie pour cette question. On est ensemble, il va falloir te faire à cette idée.
- Oui mais on ne sait pas, les choses peuvent changer. Tu ne connais pas ta situation dans trois ou six mois.
- ?? Ca fait un an et demi qu'on est ensemble ! Considère que si je ne dis rien, c'est que tout va bien.
De même, elle exprime le plus grand étonnement quand je lui dis que je travaille jusqu'à la fin de l'année. Il n'y a que l'annonce de mon semi-échec qui l'a réjouie : " Ah ben oui, il y en a qui sont meilleurs que toi !"
Décidément, couper (modérément) les ponts est la meilleure chose à faire avec une famille aussi malsaine.
08 juillet 2007
Ouf, c'est passé...

La femme répète sa question d'un ton acerbe. N'ayant pas la réponse, je coupe la poire en deux en disant que les deux ne sont pas forcément incompatibles, ils se complètent. Le moment que je craignais est arrivé et, à présent, je n'ai plus qu'à me débattre comme un gibier pris au piège.
Une heure plus tôt, je patientais dans une salle avec d'autres postulantes. Nous faisions assaut d'élégance, de manière classique ou plus originale, selon les tempéraments. L'angoisse était palpable. Peu de gens se connaissaient déjà, aussi les croisements, emprunts de chaises, politesses diverses étaient empreintes d'une certaine raideur. Et puis, nous étions toutes des rivales en puissance.
Levant les yeux de mon livre, j'avais aussitôt croisé le regard écarquillé d'une jeune femme. J'ai détourné poliment le regard. Un instant plus tard, je l'ai reposé sur elle, un léger sourire aux lèvres, pour lui montrer que je partageais son stress, mais elle regardait dans le vide, l'air paniqué, en m'évitant complètement. J'ai alors regretté mon premier geste, à vrai dire involontaire, qui avait pu passer pour de l'indifférence ou du mépris. Je n'étais pas prête à encaisser de plein fouet l'angoisse des autres, ayant du batailler pour contenir tant bien que mal la mienne, avec un résultat mitigé, je devais l'admettre.
Retour au présent. La réponse à cette fichue question... Les jurys, c'est un peu comme les interrogatoires de flics au poste. Il y en a un qui joue le gentil et l'autre le méchant. L'un vous sourit de toutes ses dents, vous parle de votre grand-mère, s'exclame qu'il adore ça lui aussi à la moindre de vos déclarations ; l'autre a une tête de gardien de prison, il hoche la tête d'un air sinistre à chacune de vos bourdes et s'empresse de griffonner sur sa feuille.
Pourtant, il faut faire comme si de rien n'était, garder la tête froide, ne pas trop copiner avec le "gentil", répondre plaisamment au "méchant", le tout sans s'affoler de ce que la moitié des questions portent sur des sujets inconnus.
Il est remarquable, toutefois, que le jury fasse preuve de la plus onctueuse des politesses (enfin, surtout le "gentil"). J'aimerais être traitée avec autant de considération dans la vie courante ! Moi qui craignais un lynchage en règle, j'ai constaté que les recommandations affichées dans les rapports étaient suivies à la lettre.
Il n'y a plus qu'à sortir sur des jambes flageollantes, s'arrêter comme foudroyée au souvenir de ses propres conneries et résister à l'envie de courir en sens inverse pour hurler d'un air triomphant la réponse qui s'obstinait à ne pas venir l'instant précédent, en agrippant le président du jury par le col. Les jeux sont faits, ne reste plus qu'à assumer.
11 juin 2007
Amazone

(Steven Erikson, Memories Of Ice, page 187)
Ai-je déjà signalé que j'adore les personnages absolument pas stéréotypés de Steven Erikson ? A part ça, la lecture de son "Malazan Book of the Fallen" s'avère ardue et de longue haleine. J'ai souvent besoin de mon dictionnaire. L'action très dense oblige à de fréquentes pauses, mais le nombre de personnages impose une lecture un tant soit peu assidue pour ne pas se retrouver totalement paumée !...
C'est de la fantasy plutôt violente, avec des personnages hauts en couleur, des créatures, des morts-vivants, tous s'exprimant avec un langage choisi et une palette infinie d'émotions. Très curieux, vraiment. On retrouve des pans entiers empruntés à Robert Jordan (la chance, la meute démoniaque, la réincarnation, le Mal captif qui cherche à se libérer) mais l'intrigue se pare d'oripeaux neufs et on ne sait absolument pas où on va.
Dix tomes sont prévus, six déjà parus (celui-ci est le troisième). Dix tomes exempts de remplissages, broderies et autres chapitres-pour-faire-durer, à une vitesse d'écriture proprement inhumaine ! Mais c'est dur, et ça saigne. On n'est pas chez les Bisounours (à moins que ceux-ci ne soient en réalité une armée de guerriers en décomposition vieux de 100.000 ans, mais quelque part, ça m'étonnerait de la part des Bisounours).
13 avril 2006
Méditation forcée
La phrase, lancée par un collègue de l'Usine que je n'avais jamais vu, habituellement sur un autre site, m'a faite sourire.
Dans un sursaut d'orgueil, j'aurais tendance à dire que non, je n'ai rien loupé, j'ai fait un choix, j'ai décidé d'abandonner.
Mais si je suis honnête avec moi-même, je reconnaîtrais que c'était bel et bien un échec. Je détestais ce que je faisais, j'étais loin d'y exceller et, surtout, je m'étais rendue compte que pour avoir un niveau ne serait-ce que moyen, j'aurais du travailler d'arrache pied, lire en permanence, tout le temps résumer, préparer, exposer et je n'avais plus envie de ce travail scolaire.
L'ennui, c'est que je n'ai toujours pas trouvé de carrière de rechange.
15 mars 2006
Tout à fait, plutôt, plutôt pas, pas du tout d'accord ?
Après trois mois d'enquête fouillée sur un thème passionnant, retour douloureux aux études de consommation dont je n'approuve pas le but ultime. Non mais vraiment, c'est quoi cette question ??
Travailler dans les sondages conduit à remettre en cause les statistiques obtenues de cette manière. Ma première constatation, c'est que les gens comprennent rarement les questions qu'on leur pose. Termes alambiqués, tournures artificielles, les réponses sont souvent à côté de la plaque, mais nous ne sommes pas censées expliquer les questions aux personnes interrogées. "C'est comme vous l'entendez !", doit-on répondre à un enquêté perplexe qui demande de l'aide.
Alors, la prochaine fois que vous verrez les résultats surprenants d'un sondage d'opinion auprès de la population française, interprétez-le vous aussi "comme vous l'entendez" ; on peut faire dire n'importe quoi aux gens selon la manière dont les questions sont posées (toutes considérations sur la bêtise effarante de la population française mises à part) !



