01 juin 2007
Peaches - Fatherfucker
Ce qu'il y a de super, quand on découvre un nouveau groupe, c'est de trouver de nouvelles chansons préférées, de les avoir toute la journée dans la tête, de les fredonner en présence de son entourage et ainsi de passer pour une personne joyeuse, délurée et vocalement douée (hem !...).
Oui mais voilà, cette fois, je suis obligée de me retenir ! Je n'ose pas imaginer la tête de mes nouveaux collègues si je me mettais à chantonner à table : "Shake your dicks, shake your dicks !" (les gens sont tellement prudes). Entonner l'irrésistible : "Girl, I wanna take you to a gay bar !" dans le métro pourrait être source de malentendus embarrassants. Même devant Quintilien, je me contiens, sinon je partirais dans de grands : "I like girls and I like boys, I don't wan't to make a choice", qui risqueraient d'être mal perçus.
Que pouvais-je faire d'autre, après avoir visionné les quatre saisons existantes de The L Word, sinon me passer les albums de Peaches ? Des trois disques parus sous ce nom, c'est le deuxième, Fatherfucker, qui me plaît le plus (le dernier est très bien aussi). Je l'avais snobé à sa sortie à cause de la pochette, qui renvoyait à des sujets trop sensibles :

Il est pourtant idéal pour se donner la pêche le matin, effrayer ses voisins ou animer une grande fête bissexuelle. Peaches, musicienne d'origine canadienne, fait plutôt dans l'électro, voire la pure techno, et celui-ci est le plus rock'n'roll des trois (il y a des guitares et une chanson dont les paroles rageuses se résument au titre, "Rock'N'Roll", justement).
C'est surtout du côté des paroles qu'on s'en prend plein les oreilles, avec des textes sexuellement explicites [euphémisme] à foison, le tout sur des mélodies simples ou des bruits expérimentaux. Je pense que les chansons peuvent plaire à tout le monde, aussi n'hésitez pas à les passer à vos parents, grands-parents, petites soeurs ou nièces, elles devraient adorer (du moment qu'elles ne comprennent pas l'anglais).
Même mon loulou, aux goûts musicaux particulièrement élitistes, a fini par apprécier "Tent In Your pants" de l'album Impeach My Bush, mais aussi il était menotté au radiateur et a du subir un impitoyable chantage.
- L'album commence très fort avec " I Don't Give A...", qui semble porter sur sa réputation, alternant entre "fuck" et "shit" pour la fin de la phrase.
- Le terrible "Kick It", aussi jouissif que du Stooges... et justement, Iggy Pop participe à la chanson !
- L'irrésistible "Shake Yer Dix", qui s'adresse aussi bien aux messieurs qu'aux dames : "Shake your dicks shake your dicks, shake your tits shake your tits" (jolie chorégraphie !).
- Il reste pas mal de morceaux électros et, par là, bien hypnotiques et répétitifs comme je les aime.
Discographie
Merrill Nisker :
Fancypants Hoodlum (1995)
Peaches :
The Teaches of Peaches (2000)
Fatherfucker (2003)
Impeach My Bush (2006)
19 avril 2007
Recueillement et maniérisme

Il y a deux ans, je traînais un célibat mélancolique et larmoyant au concert parisien de Dead Can Dance. Cette année, je suis accompagnée pour le concert de Lisa Gerrard, non par mon compagnon (ce serait trop simple d'en trouver un qui ait les mêmes goûts musicaux !) mais par un jeune homme virtuellement rencontré sous d'autres cieux, encombré de places surnuméraires, qui se fait parfois appeler Clodomir.
A cette chaleur, surprenante pour un début de printemps, le public au look en partie gothisant n'avait pas pu sortir les clous, cuir et bottes qu'il affectionne tant. Ou alors c'est juste que la base des fans de la diva est plus familiale. Je ne connaissais pas la salle du Grand Rex, au décor mystérieux, résonnant de sons dignes d'un soir d'Halloween. Parfait pour mettre dans l'ambiance. C'est que Lisa Gerrard vient de sortir un troisième album solo, The Silver Tree, qui est frappant par son austérité, son obscurité, mais également par le degré d'intimité atteint par son chant épuré. Une évolution par rapport aux albums précédents, plus pop, ethniques, "légers" (même si le terme ne convient pas vraiment à sa musique).
Lisa Gerrard est entrée modestement sur scène, dans une belle robe à la coupe classique,a pris une pose élégante contre son micro et a commencé à chanter comme une baleine. N'y voyez pas une critique. Cette femme est capable de sortir des sons monstrueusement graves de sa gorge, tout comme elle peut chanter dans un registre aigu, criard. Elle peut à peu près tout faire quand il est question de chant.
Le public, intimidé, médusé par la perfection de sa performance, applaudissait poliment. A la fin d'un morceau, sa voix s'interrompait parfaitement, sa concentration faisait place à un grand sourire légèrement crispé, elle émettait quelques sons comme si elle allait parler... regardait ses musiciens avec son grand sourire, se tournait d'un côté, puis de l'autre... et tentait sur le champ de reprendre sa pose devant le micro. Elle posait une première main d'un mouvement gracieux, une deuxième dont la position ne lui convenait pas. On la sentait gênée. Elle remettait la deuxième main en place, dans une pose très peu naturelle, et chantait comme une déesse le morceau suivant.
Ce petit manège s'est répété à chaque fois. De temps en temps, pendant les applaudissements, une personne du public lui déclarait sa flamme ou réclamait un morceau. Lisa Gerrard considérait la proposition un instant, en répétant d'un air hésitant : "sing the Silver Tree ?...", comme si elle n'avait aucune idée de ce dont on était en train de lui parler. Totalement à côté de la plaque et très gentille, en même temps.
Après une demi-heure de spectacle, environ, elle se lance dans une déclaration sur l'avenir de la planète, puis se dirige vers les coulisses, sans autre forme de procès. Clodomir et moi nous regardons, perplexes. Est-ce qu'elle vient d'annoncer la fin du concert, à sa très bizarre façon ? Est-ce que quelque chose ne lui plaît pas, le son, parfois trop saturé, le public dont les interventions l'ont perturbée? Les musiciens ont évacué la scène, certaines personnes du public se sont levées, la plupart restent à attendre. Le doute ne nous a pas lâchés tant que la chanteuse n'est pas revenue sur scène, l'entracte dûment terminé.
C'est reparti pour une succession de titres de Silver Tree et de participations à différentes bandes originales, assez planantes pour la plupart. Je me laisse gagner par l'ambiance froide et recueillie. La chanteuse a l'air plus à l'aise. Les rappels sont particulièrement chaleureux, le public debout, elle reçoit nombre de bouquets de fleurs. Une osmose délicate s'est visiblement créée entre des gens portés sur la méditation et les voyages intérieurs.
[photo trouvée là]
13 mars 2007
Azam Ali - Elysium for the Brave
Une autre jolie découverte musicale du moment. Azam Ali mélange différentes influences du Moyen-Orient, pour une musique apaisante, hantée de mélopées harmonieuses. On pense à Dead Can Dance, et encore plus à Rajna, pour le côté indien métissé : très belle voix, ambiance de rêve...
En cherchant un peu, j'ai vu que cette musicienne n'en était pas à son premier disque. Elle chantait au sein du groupe Vas puis Niyaz, dont les chansons appartiennent au même univers. En fait, on peut écouter ces différents albums sans noter de grandes différences...
05 mars 2007
Tinariwen - Aman Iman

Un disque qui me comble au-delà de toute attente ! On dirait que ça marche fort pour Tinariwen en ce moment ; tant mieux !
09 février 2007
Satan Said Dance : un coup de bol !
L'autre soir, j'ai entendu une chouette chanson à la radio. Musique qui s'emballe, rythme effréné, voix nasillarde et nonchalante... Thom, est-ce toi ? me suis-je demandé.
Et là, on m'annonce que ce superbe morceau était de... était de (je n'arrive même pas à le dire)... Clap Your Hands Say Yeah. Merde alors ! Je n'allais quand même pas devenir fan de ce groupe ? L'an dernier, tous les amateurs de rock n'avaient que leur nom à la bouche, à croire que c'était la merveille du moment. J'y avais donc jeté une oreille curieuse, avant de m'esclaffer. La musique était pauvre, la voix du chanteur inexistante, le tout était des plus agaçants et surtout pas mémorable. Mais les médias français ont l'habitude, ils ont déjà fait le coup avec Arcade Fire.
Bon, mais il m'est déjà arrivé de revoir des jugements trop sévères. J'écoute donc Some Loud Thunder avec bienveillance, et un rien d'inquiétude... J'ai été complètement rassurée. L'album est nul. Il n'y a que la n°5 qui brille, telle une pépite, au milieu. Non, Clap Your Hands Say Yeah n'est pas un bon groupe ; mais tout le monde peut avoir un coup de bol.
05 décembre 2006
Flexipop, c'est fait pour moi !
Un article très alléchant dans Télérama, "La cave new wave", mentionnait l'existence de compilations mp3 de titres obscurs des années 80, regroupées sous le nom de "Flexipop" et ses dérivés [Télérama n°2967, du 25 novembre au 1er décembre 2006, p. 82 et aussi là]. J'apprends ainsi que des centaines de morceaux, faits pour "ravir les fans de nappes de synthés et de boîtes à rythme vintage", circulent sur Internet. Mais j'en fais partie, moi, de ces fans ! C'est ma mission depuis trois ans, exhumer les vieilles chansons des années 80 tombés dans l'oubli !
L'article mentionnait un moyen simple de se procurer ces fichiers, que je tairai ici, parce que c'est mal. Je suis allée voir, bien sûr. Quand on se rend compte que chaque catégorie ("Tribute to Flexipop", "Return of Flexipop", "New Wave Complex"...) comprend une dizaine de volumes, contenant chacun une vingtaine de titres, on apprécie à sa juste valeur l'effort de recensement réalisé sur cette page.
Après une écoute curieuse, je confirme que ce n'est pas le genre de tuyaux à refiler à tout le monde. Idéales pour les grosses crises de nostalgie ou les soirées dansantes 80's, ces compils naviguent entre ambiances froides et ryhtmes saccadés, refrains ringards et mélodies aériennes, un concentré de musiques électroniques pour vampires dépressifs et néanmoins sautillants. J'y ai découvert des groupes inconnus, dont certains restent anecdotiques et d'autres me donnent envie de les explorer plus longuement, tels Neon.
C'est parti pour mille et une nuits de new wave enchantée...
29 novembre 2006
Musique de désert

Ballottée dans un 4x4 fonçant à travers un océan de dunes, j'ai écouté de la musique touareg pour la première fois. La même cassette est passée en boucle plusieurs heures de suite, sans engendrer la lassitude à laquelle on aurait pu s'attendre.
Ce qui m'a frappée, en premier lieu, c'est la proximité sonore avec le blues. Une structure très épurée, une guitare, une voix dévidant une mélodie simple en apparence. Je ne pouvais qu'aimer cette structure répétitive, les choeurs féminins qui viennent ajouter une touche indéniablement africaine. C'était une musique apaisante et stimulante à la fois.
Pendant le retour à l'aéroport, un autre disque, plus dansant, m'a fait oublier la nostalgie du départ, sous un ciel étoilé d'une profondeur sidérante. J'ai demandé au guide de quel groupe il s'agissait, je n'ai pas vraiment compris la réponse, quelque chose comme "Zigra" ; j'aurais du lui faire écrire.
De retour en France, j'avais bien envie d'approfondir cette découverte. Une émission de Bernard Lenoir, avec l'inévitable Yves Thibord en spécialiste de la "cosmopop", m'a donnée quelques pistes. J'ai noté des noms : Tinariwen, Etran Finatawa, Tartit. Apparemment, la musique nigérienne a le vent en poupe. Ces groupes viennent chacun de sortir des albums, qu'on trouve en rayon chez les disquaires. Plus difficile, je voudrais écouter les albums Dassouf et Assarouf de Baly Othmani, chanteur originaire de Djanet, aujourd'hui décédé, et là j'ai l'impression qu'ils vont être beaucoup plus durs à trouver (à la vente, du moins...).
Je lance un appel aux visiteurs de ce blog : s'ils s'y connaissant un tant soit peu en musique touareg, merci de me donner quelques pistes, artistes incontournables ou disques favoris peu connus !
27 novembre 2006
Rachid Taha - Diwan 2

Qu'importent le vent glacial, les nuages menaçants ! J'avais le dernier album de Rachid Taha avec moi ce week-end. Autant dire que la voiture a tangué, impossible de ne pas remuer les hanches avec une musique pareille !
J'ai commencé à aimer Rachid Taha avec Diwan, en 1998. J'aimais les musiques orientales, mais pas au point de m'immerger dans le répertoire algérien tête la première. Pour être honnête, je pense que ce qui m'a plu, avant tout, c'est le fait que ce raï soit teinté de rock, de touches techno, qu'il soit "occidentalisé". La voix rauque de ce chanteur m'a séduite, au point d'acheter les disques suivants et d'élargir mon horizon musical. Un concert vu il y a quelques années m'a convaincue que Rachid Taha était une bête de scène, d'une énergie débordante (pour faire simple : il sautait dans tous les sens).
Pas totalement convaincue, au départ, par la démarche de Diwan 2, de reprendre une nouvelle fois des classiques de la chanson arabe, je suis totalement rassurée après plusieurs écoutes. Seuls deux titres sont de lui, "Josephine" et "Ah mon amour", et ils sont loin d'être les plus mauvais ! Les arrangements sont monstrueux, avec des instruments traditionnels, "flûtes", percussions, qui portent sûrement un nom précis... J'ai eu un peu de mal au début avec certaines paroles en français, comme "Agatha", qui véhicule finalement un beau message de tolérance à la fin.Tout le monde a du entendre maintenant "Ecoute-moi camarade" qui détone avec le reste ; elle risque de me lasser plus vite que les autres.
Ce sont des chansons longues, au rythme envoûtant. La gouaille de Rachid Taha rend certains passages passionnés, drôles, ou tout simplement enivrants. Une seule envie : passer le CD en boucle !
Le boîtier est plutôt bizarre, cela dit : ils 'agit de ce genre de digipacks plus grands que les boîtiers ordinaires, avec le CD glissé à l'intérieur. Je n'aime pas ce format, difficile à ranger et plus fragile, mais je n'ai pas eu le choix. En plus, on a tendance à confondre le CD avec le DVD joint à l'album, qui se trouve dans la première pochette (un film sur la dernière tournée en Algérie, que je n'ai pas encore pris le temps de regarder).
Enfin, vous remarquerez la superbe photo de l'artiste en chèche et costume noir, illustration littérale de ses diverses influences musicales.
23 novembre 2006
La corde futile
Lorque Quintilien m'a annoncé son vif désir de se rendre à une représentation des Brigands, d'Offenbach, je n'ai pas été très chaude. J'étais exténuée, je craignais fortement de m'endormir au milieu d'un opéra. Mes aléas professionnels m'avaient fait passer une partie de la journée à perpète-sur-béton, il pleuvait, il faisait froid...
Il a bien fait d'insister. Musiciens et chanteurs étaient une troupe d'amateurs (ça ne s'entendait pas du tout), se produisant dans une petite salle paroissiale. Offenbach, c'est très léger, ça vire assez vite à la farce. L'intrigue était donc avant tout divertissante. Le jeu des chanteurs, outré, leur permettait de s'en donner à coeur joie dans des costumes caractéristiques (les brigands en cape, les marmitons en blanc avec une toque, les espagnoles en couleurs vives et mantilles). Certaines chanteuses, ayant sûrement passé l'âge de jouer les jeunes premières, s'amusaient comme des petites folles à interpréter un groupe de courtisanes auprès d'un roi bellâtre.
Les musiciens avaient l'air de passer un bon moment aussi ; la percussionniste se marrait toute seule avec ses cymbales. Le chef d'orchestre, vieil homme très majestueux, dirigeait tout ce petit monde avec bonhomie et efficacité.
Les premiers rôles avaient un bien joli filet de voix ; à noter que le jeune couple (à marier, évidemment), était interprété par deux femmes, comme il était l'habitude à l'époque pour les rôles de jeunes hommes. Certains chanteurs se sont taillés un joli succès, tel le secrétaire du roi qui paradait avec une plume dans le... dos, mais surtout les carabiniers, qu'une jolie astuce consistait à représenter avec des silhouettes en carton (faut dire qu'à cinquante sur la scène en permanence, l'espace était légèrement exigü).
J'ai donc passé un excellent moment, et mon compagnon m'a promis une véritable soirée à l'opéra. La musique classique, avec moi, c'est comme la lecture avec les enfants, il faut arriver à m'amuser pour m'intéresser !
27 juillet 2006
Stuart Staples - Leaving Songs

On dirait que c'est la saison des albums solo. Après Thom Yorke, voilà que le chanteur des Tindersticks s'y met aussi. Ca tombe bien puisque je ne voyais plus trop d'avenir pour les Tindersticks ; les derniers albums n'étaient pas franchement mémorables. En plus, la voix de Stuart Staples constitue une source d'intérêt à elle seule. Quelle femme ne rêverait pas de telles cordes vocales à domicile !
Leaving Songs débute par un superbe "Old Friends", où il use de sa voix sexy en diable grave et langoureuse, pour une chanson mélancolique et pourtant exaltante. Beaux arrangements, choeurs, trompettes, comme un clin d'oeil au "deuxième album" cher à mon coeur.
[Instant nostalgie : le deuxième Tindersticks a bien failli me faire rater mon bac à sa sortie, en 1995 ; je ne faisais que l'écouter pendant mes révisions !]
Les autres chansons défilent, d'une grande douceur et surtout d'une élégance folle. L'album est court, neuf titres, pas tout à fait aussi bien qu'avec le groupe au grand complet, mais ça se savoure avec délice un soir de canicule, avec une légère brise venant caresser ma peau humide...





