Canthilde

Humeurs, musique, images et... horticulture

05 juin 2008

Plaisirs d'esthètes sans queues ni têtes

P1020955Il y a des endroits qui rendent plus supportables que d'autres de longues journées venteuses et pluvieuses. Rome, avec ses nombreux musées, en fait sûrement partie. J'ai découvert avec curiosité les traces de la civilisation étrusque, qui peuplait la région avant l'installation des Romains. La Villa Giulia, spécifiquement dédiée à l'art étrusque, présente principalement des amphores décorées, mais aussi des statuettes, des bijoux...

Quand on sature de toutes ces amphores, il est temps d'aller baver sur les statues d'éphèbes, d'empereurs et de philosophes au Palatino. Les profils grecs les plus parfaits s'y côtoient, du moins pour les statues qui ont encore leur tête. Le travail du marbre est amené à sa perfection. Les petits anges semblent prêts à s'envoler.

Et les églises ! Des dizaines d'églises, pompeusement dédiées à tous les papes de l'histoire, principalement des Cléments, qui poussent partout comme des champignons. Une belle surprise nous attendait à la Basilica di San Clemente, dont les cryptes pouvaient se visiter, avec leurs dédales de vieilles pierres où ruisselait une source souterraine. D'autres églises recèlent des chefs d'oeuvres de mosaïques ou de sculptures, telle la justement célèbre Sainte Thérèse en extase du Bernin, à Santa Maria di Vittoria, le Moïse de Miquel Ange à San Pietro in Vincoli (sur le parvis duquel a été rédigée une carte destinée à un Clément... mais pas un pape... du moins pour l'instant). Sans parler de la basilique Saint Pierre du Vatican, aux dimensions colossales. Prévoir une journée entière rien que pour les musées du Vatican, notamment sa Pinacothèque, et mon groupe hippie préféré :

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Reste un petit problème... Comme tout être humain normalement constitué, ma première réaction, face à une statue de bel éphèbe nu, est de contempler son entrejambe. Las ! Malgré le visage au profil grec posé, les épaules admirablement découplées, le torse vigoureux, les hanches gracieuses, la déception est souvent au rendez-vous pour ce qui se trouve plus bas.

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On comprend que des statues antiques soient quelque peu endommagées au niveau des extrémités. Mais il y a de quoi soupçonner une dégradation systématique lorsque les mains, elles, sont intactes. Au Vatican, outre les statues "incomplètes", on trouve aussi beaucoup d'athlètes dans le plus simple appareil, modestement couverts d'une feuille de vigne à l'endroit approprié. Bien loin de respecter la pudeur, je trouve que cette mesure incite au contraire à penser encore plus à ce qu'il y a dessous, et à rêver aux proportions sublimes de l'organe en question...

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24 avril 2007

Littéralement scotchée devant l'écran

thelwordJ’éprouve de légitimes craintes à l’idée d’entamer un compte-rendu de la série The L Word. En effet, après avoir reçu quantité de propositions de jeunes freluquets, apparemment émoustillés par certains de mes textes, je vais sûrement être assaillies par celles d’impétueuses lesbiennes sans vergogne (mais ce n’est pas ma faute, tout ça c’est à cause de mon charme bestial).

Cette série parle en effet d’homosexualité féminine et a fait sensation par le réalisme de ses scènes d’amour entre femmes. A lire les réactions des spectatrices, j’avais cependant l’impression qu’il y avait autre chose, qui en faisait une série intéressante. J’ai ressenti l’intense désir de vérifier par moi-même et c’est ainsi qu’au milieu de l’hiver, je me suis lancée dans le visionnage de la première saison.

Mes nouvelles copines

J’ai été conquise par l’épisode pilote, qui dure une bonne heure et demie. Du scénario, je ne connaissait qu’un élément : une jeune femme rejoint son petit ami à Los Angeles ; leurs voisines sont des lesbiennes ; elle ne tarde pas à se faire draguer par l’une de leurs amies. L’argument semble plutôt mince et, pourtant, je suis rapidement entrée dans l’histoire. La présentation des personnages donne tout de suite envie d’en savoir plus. Passées les premières minutes d’affolement (que des visages inconnus ! que des femmes ! Quoi, c’est pas vrai ! elles sont déjà à poil ? Mais elles passent leur temps au lit !), on se familiarise avec les plus sympathiques, on s’interroge sur les plus mystérieuses.

A commencer par Shane : beauté ténébreuse, voix délicieusement grave, chevelure artistiquement en pétard, elle fait craquer (et tourner en bourrique) à peu près tous les êtres sexués qui passent à sa portée. Petite particularité, sa devise : « I don’t do relationships », va en chagriner plus d’une.

Jenny : J’ai été contente de retrouver Mia Kirshner dans ce rôle, ayant apprécié sa performance dans Le Dahlia noir (c’était la seule qui jouait !). Très jolie avec ses grands yeux bleus et ses longs cheveux noirs, sa fossette au menton lui donne un style inimitable. C’est elle l’héroïne de départ, qui va, à sa propre surprise, explorer des aspects inconnus de sa sexualité, tout en peaufinant sa technique d’écrivaine. Malheureusement mal exploité à partir de la saison 2, son personnage va facilement devenir le plus irritant, tout en passant au second plan.

Marina : une allure terrible, cette italienne (qui passe son temps à parler en français ??), cultivée, sexy, un rien manipulatrice. Pas franchement sympathique, mais extrêmement troublante. La façon dont elle quitte la série est particulièrement frustrante, on sent les impératifs de carrière. Raison principale de l’ambiance ambiguë de la première saison, elle rend tout à fait crédible le passage au saphisme d’une fiancée tranquille et jusqu’ici comblée !

Bette et Tina : présentées comme le couple modèle de la communauté lesbienne, ensemble depuis huit ans, on est pourtant frappées par la déséquilibre régnant dans leur relation dès les premières minutes. Entre tentatives d’insémination et séances chez un thérapeute, rien ne peut nous laisser penser que les choses sont plus simples entre deux partenaires du même sexe.

Alice, Dana, Kit : seconds rôles désespérément célibataires, qui vont prendre de l’importance au fil de leurs relations sentimentales, aléas professionnels, névroses… Le gros avantage de la série, c’est qu’elle permet de revoir des stars que le fil des années rend − à tort − moins attractives pour l’industrie hollywoodienne : Jennifer Beals (Flashdance), Pam Grier, Cybill Shepherd (Clair de lune) en terrible universitaire qui se rend compte (gasp !) que toute sa vie n’a été qu’un mensonge.

Les points absolument négatifs de la série

Le milieu particulier dans lequel se déroule la série : inutile d’attendre de The L Word un quelconque témoignage sur la vie des lesbiennes aujourd’hui. On est chez les créatives friquées, ce qui réduit quand même énormément le propos. On pourra me rétorquer que la majorité des lesbiennes se trouvent justement dans ces milieux-là mais, malgré mes connaissances imprécises en ce domaine, je n’en suis pas totalement convaincue.

La qualité discutable des œuvres qui font le quotidien des héroïnes : OK, j’aime beaucoup Jenny en tant que personne, mais sa production littéraire ne m’a jamais convaincue. Encore une pseudo romancière nombriliste de plus ! Elle ne semble écrire que sur sa vie, ses expériences sexuelles, sans le moindre recul et en se prenant terriblement au sérieux.

Le côté discours sur la série qui arrive trop tôt : généralement, quand une série commence à fatiguer, elle balance des épisodes réflexifs, genre caméra numérique en temps réel, pour relancer l’intérêt des spectateurs. Ici, on a dès la deuxième saison la Charte d’Alice à la radio, le reportage de Mark qui est fasciné par toutes ces filles superbes qu’il ne pourra jamais avoir, au point qu’on délaisse l’action pour privilégier le discours sur celle-ci, ce qui dénote une faiblesse certaine du scénario.

L’épisode du mariage et l’épisode de la mort : aucune recherche dans ces deux épisodes, qui traitent ces thèmes exactement de la même manière que d’autres séries les ont traités auparavant. Pas de spoilers, mais j’ai ressenti une pénible impression de déjà vu.

L’après saison 1 : j’ai adoré la saison 1, j’en ai parlé autour de moi, j’étais convaincue d’avoir trouvé là la digne successeuse de Six Feet Under. Tous ces espoirs se sont évanouis quand ont retenti les premières notes pimpantes du générique du premier épisode de la saison 2 : « Girls in tight dresses, who drive with moustaches… ». Tout est dit ! La musique elle-même est assez insupportable, les paroles racoleuses, autant dire que je sautais sur la touche « avance » dès que le générique apparaissait. La saison 1 avait autrement plus de gueule avec un générique réduit à quelques secondes de musique moderne sur fond urbain.

Quant au contenu des épisodes, il m’a semblé que l’intrigue se resserrait autour du seul thème « nous les lesbiennes ». Pour commencer, la coupe de cheveux de toutes les actrices raccourcit (bonjour le stéréotype des camionneuses !), elles s’habillent top fashion, elles vont à des fêtes et des concerts super géniaux, où elles sautent dans tous les sens en draguant comme des malades… Par moments, j’ai vraiment cru me retrouver dans une série pour adolescentes. Ça met du temps à s’arranger. Heureusement, les personnages ont de gros problèmes qui les font affreusement souffrir, et les rendent plus intéressants.

Les filles se défendent bien

Du bon, du mauvais, est-ce suffisant pour nous intéresser pendant quatre (à ce jour) saisons de pur saphisme débridé ?

Et bien, je dois quand même reconnaître que les réalisatrices de cette série ont fait des efforts pour réparer leurs petites faiblesses. Chacun des points qui me gênaient a été abordé franchement par la suite, avec une certaine intelligence.

Par exemple, la pauvre Jenny voit raillés ses projets d’écriture, au point de remettre en question ses méthodes de travail. L’indulgence dont elle bénéficiait au départ, en tant que « petite nouvelle » et pivot de l’histoire, n’est plus de mise tandis qu’elle passe à l’arrière-plan. A chaque saison, on a ainsi un personnage qui prend plus d’importance que les autres : Shane, puis Dana auront la vedette lors des saisons suivantes. Une façon de ne pas se lasser du même point de vue et de découvrir des aspects cachés des personnages.

Sur la question du milieu social, elle est abordée sans fard lorsque nos héroïnes bourgeoises sont montrées comme ayant des réactions mesquines face à une très provinciale nouvelle arrivante… La saison 4 les verra se colleter des femmes de milieux plus défavorisés, bien décidées à leur montrer de quel bois elles se chauffent ! Par contre, on continue de plus belle dans le côté paillettes lorsque chaque personnage, doté d’un métier hautement créatif, accède à une plus ou moins grande célébrité. On est de plus en plus chez les people.

Enfin, c’est bien le seul endroit à la télé on où peut fréquemment entendre L7, Le Tigre, Golfrapp, Peaches. Toutes les riot girrrls et filles à voix sont présentes, parfois en chair et en os (cf. les « fêtes et des concerts super géniaux » dont je parlais plus haut).

Conclusion : une série qui se regarde en conservant son esprit critique. Indiscutablement sensuelle (allez chercher ailleurs les photos sulfureuses !), elle reste trop futile pour être considérée comme un témoignage sur le mode de vie lesbien, s’il existe. Mais la mise en scène est toujours élégante, les actrices convaincantes et certaines scènes, très drôles ou décalées, valent le détour. A quand la saison 5 ?

Le site officiel n'est pas accessible en dehors des Etats-Unis. Cependant, la page d'excuses qui s'affiche nous informe qu'on peut rejoindre The L Word dans Second Life. Super ! Demon32

Un site : http://www.thelwordonline.com/main.html
Si vous voulez figurer vous aussi sur la Charte :
http://www.ourchart.com/
 

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27 septembre 2006

A corps perdus

Visionnage terminé, je peux enfin déclarer à la face du monde : Lost 2, c'est quand même du gros foutage de gueule !

J'ai rarement regardé une série aussi agaçante... et aussi prenante. J'ai dévoré les 23 épisodes en deux semaines, mes activités estivales ne m'ayant pas permis de les suivre sagement à la télé.

Le parallèle avec X-Files s'impose presque, parce qu'au bout de la deuxième saison, on n'en sait pas beaucoup plus qu'au début. On se retrouve plutôt avec de nouvelles énigmes et des situations inextricables, et ça, c'est très énervant. Ajoutons, dans les défauts rédhibitoires, un bon gros message pro-religion des familles. Outre la morale anti-avortement de rigueur dans la plupart des fictions (c'est bien connu, le premier réflexe d'une jeune femme tombant enceinte par accident est de rechercher une famille d'adoption sur un autre continent), les personnages n'ont pas de souci plus urgent que de réaliser des miracles, se faire baptiser ou de construire une église en rondins.

On pourrait y ajouter une morale sexuelle bien rétrograde. Les adultes font tout un pataquès d'un simple baiser, menacent leur partenaire de le tuer s'il raconte tout aux autres... on est au collège, ou quoi ? Lorsqu'il y a relations sexuelles, elles ne tardent pas à être suivies de la mort violente de la femme, comme dans les films d'horreur : elle a fauté, elle doit être punie (si possible avec l'arme que sa ruse sexuelle lui a permis d'obtenir, comme pour Ana-Lucia) ! Sauf si elle copule légalement avec son mari, auquel cas elle peut toujours tomber enceinte, ce qui l'emplit de joie et de fierté (quel bonheur de fonder une famille sur une île coupée du monde dans des conditions spartiates !).

Mais alors, où réside exactement le charme et le pouvoir attractif de cette série ?

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Oui...

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... certes...

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... sans aucun doute...

Difficile de ne pas avoir l'eau à la bouche face à des bestiaux pareils. Non mais vous avez vu ce mec ??? Heureusement que son personnage est la pire tête à claques de la série, sinon il y aurait du coup de foudre dans l'air. Cela dit, les actrices sont également d'une telle perfection physique qu'elles donnent envie de devenir lesbiennes sur le champ.

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Sans compter deux personnages qui détonent sur le petit écran. Physique et âge différents, sans que cela les relègue au second plan, ils présentent des personnalités obsessionnelles, proches de la maladie mentale, sans que cela en fasse des méchants ou des loosers. Hurley est sûrement le plus attachant de tout le groupe, et Locke le plus intrigant, son passé plutôt lourd à porter et son comportement monomaniaque étant contrebalancés par son intelligence et son charisme bizarre.

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La troisième saison  commence à être diffusée aux Etats-Unis et, contrairement à ma première impression de phénomène du moment, je pense que la série peut facilement tenir encore cinq ou six ans... si les scénaristes arrivent à se renouveler et sortent de leur trip puritain à deux balles.

(photos allociné)

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13 juillet 2006

No-Sex in USA

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Versant pouffe du délicat problème de l'éducation sexuelle aux Etats-Unis, le film Saved !, sorti en 2005, ne pouvait que me séduire par son accroche : "Mary et sa meilleure amie, la tyrannique Hilary Faye, sont les stars d'un lycée très conservateur. Jusqu'au jour où le petit copain de Mary lui annonce sa découverte : et s'il n'était pas au fond gay ? Jésus apparaît en vision à la jeune fille et lui ordonne de tout faire pour remettre cette brebis égarée dans le droit chemin. Mary s'exécute... et tombe enceinte..."

Les premières images annonçaient un film du tonnerre : un ciel nuagé (Dieu me parle !), le visage angélique de l'héroïne, Mary, qui nous compte ingénument ses tourments adolescents. Vivement que ça tourne à la boucherie, me suis-je dit.

Or, loin d'être un brûlot subsersif, Saved ! se cantonne au style teen-movie, globalement pimpant et sentimental. Le portrait d'une jeunesse rangée est assez réjouissant, avec ces lycéennes qui conjuguent toute leur vie sociale au crucifix : bon lycée chrétien, parfait petit ami chrétien (=vierge jusqu'au mariage), musique chrétienne version synthés évaporés ou rock'n'roll "Jesus loves you", tout y est merveilleusement aseptisé et nunuche.

La révélation de Mary ne la pousse pas à sortir du droit chemin. Si elle couche, c'est parce que Jésus lui a promis de lui refaire une virginité spirituelle après avoir sauvé Dean des griffes de Satan. Et pas une seule fois, le scénario n'envisage l'avortement. Je ne crois même pas que le mot soit prononcé...

Restent des situations et des dialogues réjouissants.

- Je ne vois qu'une seule raison pour qu'une jeune chrétienne sorte du planning familial.
- Elle a posé une bombe ?!

Le portrait de l'intégriste pouffe Hilary, sorte de Cordélia illuminée, est aussi drôle que convaincant, surtout lorsqu'elle se met à sortir ses griffes. Macaulay Culkin est attachant dans le rôle d'un handicapé cool, qui refuse de s'apitoyer sur son sort. Il y a aussi la rebelle Cassandra, qui joue à entrer en transe de façon obscène aux réunions de ses petites chrétiennes de camarades, qui trouvent ça super... du moment qu'elles ne comprennent pas les paroles.

Mais au final, la religion ne se voit qu'égratignée et les "méchantes" sont également les "moches" : la tolérance, d'accord, mais pas pour la différence physique ! Le réalisateur lui-même, Brian Dannelly, loue le message pro-foi du film. Rien d'étonnant, sinon il n'aurait pas pu sortir aux Etats-Unis.

Mais tout ça reste éloigné de la réalité et bien trop gentillet. Ca aurait pu être une véritable bombe avec une description réaliste du "centre" où sont discrètement internés les jeunes déviants (homosexuels, drogués, mères célibataires), d'autant que des reportages ont été diffusés sur les méthodes militaires et humiliantes qui y sont utilisées. Dans la vraie vie, Mary aurait autrement morflé et ne s'en serait pas tirée avec une belle robe de bal et un bouquet.

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12 juillet 2006

Sex in USA

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Cette année, je me suis intéressée au sexe de près. D'un point de vue scientifique, principalement. Pas seulement... Nous nous en tiendrons ici au côté scientifique (chercheurs d'anecdotes scabreuses, passez votre chemin).

En 2005, sortait le film "Dr Kinsey", de Bill Condon, avec Liam Neeson dans le rôle principal. Le scénario entendait retracer la genèse de la première étude de grande envergure sur la sexualité menée aux Etats-Unis, le Rapport Kinsey, publié en 1948. Lorsqu'il est sorti, je n'en voyais pas trop l'intérêt cinématographique. Depuis, j'ai eu l'occasion d'exercer le même métier que le Dr Kinsey et son équipe d'enquêteurs, et j'étais très curieuse de voir comment le sujet avait été filmé.

Les premières séquences sont excellentes. On y voit de jeunes enquêteurs, un peu effrayés par leur sujet, s'efforcer de se montrer neutres face à leurs interviewés. Mais en face d'eux, il s'agit du directeur du projet en personne, qui les bouscule sans ménagement. "Qu'est-ce que c'est que cet air apitoyé ? Vous devez mettre à l'aise les personnes !"

Le film prend ensuite la forme plus conventionnelle d'une biographie. L'Amérique de la première moitié du 20e siècle, ses préceptes stupides et dangereux concernant la masturbation, les rapports sexuels, la "normalité" étouffante et culpabilisante. Etant sorti, non sans dommages, de ces écueils à l'épanouissement individuel, Alfred Kinsey, biologiste de formation, décide d'étudier le phénomène de plus près à la manière dont il collectionne les insectes : en réunissant suffisamment de cas, ce qu'il appelle les antécédents sexuels d'un individu, il se donne pour tâche d'analyser la sexualité de manière objective.

Acte courageux dans la société ultra puritaine de l'époque, surtout lorsque les premiers résultats sont publiés et montrent, chiffres à l'appui, que la sexualité "normale", dans le cadre du mariage, ne recouvre qu'un huitième des formes de sexualité humaine. Masturbation, rapports avant et en dehors du mariage, caresses buccales, homosexualité et autres formes de "perversion", la palette des comportements humains est plus vaste que ne le souhaiteraient les autorités morales.

On voit le Dr Kinsey, issu d'une éducation rigoriste, se remettre en cause, en poussant la rigueur scientifique jusqu'à vérifier toutes ses hypothèses sur lui-même. L'établissement d'une échelle de 1 à 6 concernant les orientations sexuelles, de "purement hétérosexuel" à "purement homosexuel", lui fait découvrir que la plupart des individus se situent dans les stades intermédiaires, lui y compris. Il considère dès lors que les limites du mariage bourgeois ne lui conviennent plus et se met à expérimenter, avec l'assentiment d'abord résigné, puis enthousiaste, de sa femme.

Le film atteint ses limites dans l'évocation de la déchéance morale du héros. On nous rappelle lourdement que les êtres humains éprouvent des sentiments et que toutes les expériences ne sont pas bonnes à faire. Et, pour que tout le monde soit bien rassuré, l'amour triomphe à la fin, unique donnée non mesurable des travaux du Dr Kinsey.

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Autant l'avouer, j'ai été mortifiée par la rigueur scientifique mise en oeuvre par l'équipe d'enquêteurs, qui travaillaient en face à face. On voit notamment un enquêteur se refuser à continuer de recueillir un témoignage dès lors que l'interviewé persiste à nier ses comportements masturbatoires. Moi, j'étais au téléphone, et les marchands de savon qui me supervisaient m'enjoignaient de valider toutes les réponses que j'entendais, même si mon intime conviction soupçonnait l'auto-censure ou la déformation. Au final, j'estime avoir davantage recueilli des discours sur la sexualité socialement admise que sur des comportements réels. Mais ce sera bien sur ces données déformées qu'on s'appuiera dans les dix prochaines années, en ce qui concerne la population française.

Hourrah ! La majorité des femmes ne se masturbent jamais, les hommes n'ont jamais de pannes et leurs partenaires ont toujours un orgasme ! En plus, j'ai l'impression que les Français vont battre des records de fidélité et n'ont jamais, au grand jamais, été attirés par des personnes du même sexe. Il me semble qu'en face à face, la franchise est mieux garantie, mais c'est une méthode trop chère sur les gros échantillons, m'a-t-on assuré.

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05 juin 2006

L'amour... et ce qu'il y a autour

Samedi, Quintilien ayant réussi à me tirer du lit avant midi, je l'ai traîné à l'exposition "L'amour comment ça va ?" à la Villette. Une collègue m'avait proposé de venir au débat à 17h : "Du trouble dans l'amour, représentations sociologiques, représentations théatrales". La collègue n'était pas là, ce n'était pas très grave vu que mes projets de "démission" de l'usine ne me portent pas à nouer des liens solides avec les gens que je côtoie en semaine. Du coup, on a écouté un bout du débat et on a visité une bonne partie de l'expo.

Ce n'était pas du tout ce à quoi je m'attendais. En fait, je craignais des considérations compassées sur le désir, la séduction, le couple, accompagnées de photos raccoleuses, comme on sait faire en France...

Pas du tout. La première salle a davantage parlé de lutte des classes que de kamasutra. Textes pointant l'horreur économique, vidéos d'ouvrier lessivés, de personnes happées par la précarité, renonçant à leurs rêves. Une façon de montrer le contexte social des sentiments et de la sexualité, le parcours se terminant sur une installation de "sorcières" alignées sur un canapé qui se soulève du sol et se rabaisse.

Un couloir, et on entre dans la deuxième salle, à l'atmosphère nettement plus dissipée ! Une série de photos et de vidéos témoigne des mouvements féministes des années 70 : des manifs enthousiastes, des chants joyeux, obervés par des culs serrés sur le trottoir. "Vous trouvez qu'elles ont raison de réclamer la légalisation de l'avortement ? - Non, elles n'avaient quà pas baiser ! - Et vous, vous n'avez jamais baisé peut-être ? - Oh si, mais j'avais des trucs. Elles, ce sont des fainéantes."

Projection du court film "Réponses de femmes" d'Agnès Varda (1975), assez réjouissant lui aussi, où des femmes de tous âges fixent la caméra en déclarant qu'elles n'ont pas honte de leur sexe.

Encore des photos de personnes ne correspondant pas forcément aux canons actuels de la beauté, une grande robe de mariée suspendue, des vidéos sur l'homosexualité... quoi ? déjà 19 h ? Il faut partir en jetant un rapide coup d'oeil à la dernière partie de l'expo, en se promettant de revenir voir ça plus en détail.

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http://amour.villette.com/

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Maison de la Villette (M° Porte de la Villette)
5 avril au 13 août
Du mercredi au dimanche de 14h à 19h
Entrée libre
Infos 01 40 03 75 75

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11 février 2006

Hélèna Villovitch - Dans la vraie vie

Pour une fois, voilà un livre d'Hélèna Villovitch qui n'est pas insupportable. Il se lit aussi vite, et avec le même plaisir, que les précédents, mais on sent cette fois qu'il touche à quelque chose de plus profond, même s'il faut bien gratter la surface.

jepenseatoiJ'ai aimé chacun de ses romans et recueils de nouvelles, et ce depuis le premier, Je pense à toi tous les jours, dont le style léger et les illustrations loufoques m'avaient valu une réaction courroucée d'une amie étudiante, aussi cultivée qu'élitiste : "Mais qu'est-ce qui te prend de lire ce genre de trucs ??". Moi, l'humour pince-sans-rire avec lequel la narratrice débitait des horreurs arty me plaisait beaucoup. Entre deux projets artistiques abracadabrants, elle parlait de ses différents maris avec une certaine tendresse, non dénuée de perplexité.

Les mêmes éléments se retrouvent dans Pete, Dave et moi, mon préféré. Cette fois, elle évoquait une jeunesse branchouille des années 80, entre soirées trop arrosées, zones floues de l'entrée dans la vie professionnelle et concerts new wave peu stimulants. Un portrait autobiographique (?) qui, par petites touches frivoles, reflète un morceau de vie, de rêves et d'ennui.petedave1

Petites soupes froides était un sommet de snobisme, recueil de nouvelles candides relatant diverses expériences artistiques des plus décalées : porter chaque jour une tenue monochrome, filmer ses ébats à la faveur des éclairages éphèmères d'un plateau de cinéma dans le quartier, trainouiller à des soirées en étant persuadée d'être la personne la plus intéressante du monde... Futilité et décadance, tout ce qu'aime ma deuxième personnalité.

Bon. Mais maintenant, Dans la vraie vie représente un pas certain vers le sérieux et un début de conscience sociale. Cette dernière n'était pas totalement absente des livres précédents, mais plus diluée, amenée par des allusions incongrues. Ici, l'interzone du monde du travail constitue le fil conducteur des huit nouvelles.

vraievie1Par petites phrases anodines, elle touche à une réalité inquiétante, avec ses personnages de trentenaires cumulant précarité professionnelle et sentimentale. Quittant son habituelle posture autobiographique (?), elle parvient à instaurer une trame fantastique dans certains des textes, comme "A bout de souffle", ou "Tu veux qu'on en parle?", à la trame implacable et hilarante. Elle évoque également les froids lieux de rencontre modernes auxquels ont recours les gens trop absorbés par leur travail : "Dans la vraie vie" ou "Au coup de klaxon" ne donnent guère envie d'utiliser sites de rencontre ou speed dating...

"Sandra, qui me fait signer mon contrat, ne me le cache pas, c'est clair. On a besoin de moi pendant trois jours, pas un de plus, pour une surcharge de travail liée à la mise en place de la nouvelle monnaie. Au début de l'année, il y a eu de nombreuses erreurs dans la comptabilité de cette entreprise, et il faut maintenant les traquer sur l'ensemble des fichiers informatiques. Nous sommes toute une équipe recrutée à cet effet. Deux stagiaires, trois intérimaires, et moi en contrat à durée déterminée, nous sommes sur le pont, tous très sérieux et un peu sexy, impatients de remplir cette nouvelle mission."

"Qu'est-ce que tu vas faire ?", p. 47

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29 novembre 2005

Alison Lurie

Quelques notes sur une auteure que j'apprécie, aux romans tout aussi subtils que drôles et caustiques.

L'action prend souvent place dans les milieux universitaires et artistiques, posant de très bonnes questions sur l'implication du chercheur dans son terrain d'enquête. A quel moment l'enquêteur perd-il son objectivité scientifiques ? Quand il s'auto-proclame gourou de la secte qu'il étudie en observation participante ? Quand il batifole sur la plage avec l'un de ses interviewés ?

A ce titre, les romans d'Alison Lurie sont bien plus recommandables pour les étudiants de sciences humaines que ceux de cette tanche de David Lodge, dont on abreuve les premières années en module d'Anglais.

On retrouve certains personnages à différents stades de leur existence au cours de ses romans. Son oeuvre recrée ainsi un petit monde à part entière. Le point de vue de chacun, apportant souvent un nouvel éclairage sur telle scène ou tel personnage, crée une atmosphère toute d'ironie mordante. Le trait est parfois cruel.

amisimag1Des amis imaginaires (1967) : Un jeune sociologue accepte avec joie de participer à un terrain d'enquête avec un chercheur reconnu, sans se douter dans quel bourbier il met les pieds. Ce roman m'a fait hurler de rire, tellement certaines situations me rappelaient des souvenirs de ma vie d'étudiante. C'est l'Anti-manuel de Recherches en Sciences Sociales par excellence.

La vérité sur Lorin Jones (1988) : une historienne d'art, remontée à bloc contre les hommes, se lance dans la biographie d'une peintre tombée aux oubliettes. Elle interroge sa famille, ses collègues, se rend dans les endroits où elle a vécu. Tandis que la "vérité" l'amène à réviser une par une ses illusions, sa propre vie prend une tournure telle qu'elle doit se poser quelques questions sur elle-même.lorinjones2

"En fin de compte, elle n'avait jamais rien retiré de bien de ses rapports avec les hommes, à part le plaisir érotique. Et Polly commençaità pressentir que le plaisir érotique n'était que l'appât placé dans un piège, une façon d'attirer l'écureuil dans la cage afin qu'il - ou elle - puisse passer le reste de sa vie à trottiner dans un moulin en fil métallique, essoufflé d'amour et de peur."

liaisonsetrLiaisons étrangères (1984) : immersion de deux intellectuels américains au sein de l'université anglaise, on suit leurs parcours parallèles, aussi riches en révélations inattendues l'un que l'autre. Les premières pages sont devenues cultes pour moi : une longue tirade sur la vie sexuelle des femmes laides (pas de vie amoureuse pour tout le monde, hélas...), jusque là peu abordée en littérature, il faut bien le dire.

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08 septembre 2005

Le film d'action de l'été

guerremondes

… n’est pas La Guerre des Mondes.

Ah, non alors, quelle ignoble daube ! Entendons-nous bien, je ne suis pas cinéphile, je n’y connais rien en techniques de l’image ni en art du scénario, tout ce que je sais, c’est que je me suis abominablement ennuyée pendant ce film.

Du roman initial, si je l’ai lu, je ne me souviens pas de grand-chose. Je n’en conservais cependant pas l’impression d’un univers aussi étriqué. C’est ça qui m’a choquée, dans ce qui était censé être le blockbuster de l’été : le resserrement de l’action dans quelques lieux clos, chambres, caves, voitures. Aucune envergure, tout est moche. Les personnages sont mesquins. Je suppose que c’était l’intention recherchée, montrer la petitesse d’esprit et l’égoïsme fondamentalement humain, plutôt que d’insister sur le côté grandiose de l’invasion extraterrestre.

Mais était-ce vraiment la peine de passer trois-quart d’heures dans une cave, pour démontrer lourdement les conséquences de l’aveuglement et la fuite face aux responsabilités ? Il pourrait y avoir des façons plus esthétiques de représenter ce dilemme. Je ne sais pas, moi, je ne suis pas cinéaste !

Voilà donc le nouveau cinéma hyper individualiste, un entourage réduit aux membres de la famille proche, des décors se limitant à la coquille abritant cette famille… Ça m’étouffe, ça me lasse. Heureusement, j’avais profité des trois jours à trois euros pour visionner ce film et, dès le lendemain, j’ai trouvé le film d’action de l’été :

theisland

The Island était beaucoup plus prenant. Un film bourré de tics, d’imitations et de clichés, mais tout ça mis ensemble fonctionnait plutôt bien. On pourrait le décrire comme un mélange de Bienvenue à Gattaca (il y est beaucoup question de génétique ; l’ambiance aseptisée), de Minority Report (la ville futuriste, les gadgets) et de Matrix (il y a beaucoup beaucoup de courses poursuites ; le film entier n’est qu’une grosse course poursuite).

Alors bien sûr je grince des dents en constatant les rôles répartis de manière ultra traditionnels entre les sexes. A Ewan McGregor-je-suis-encore-plus-beau-en-vieillissant la réflexion, la force et l’action, à Scarlet Johanson-la Bouche, l’émotion et le charme. D’ailleurs, le choix du personnage masculin comme héros est révélateur. Ce n’est qu’un choix, le film aurait pu être centré sur la femme. C’est juste un choix, de ne pas donner le rôle du personnage futé à la belle actrice, qui n’est pas là pour ça… Ça me rappelle un peu l’autre bon film sans prétention de ce début d’année, Capitaine Sky et le monde de demain, lui aussi très conservateur dans la distribution des rôles, avec une intention parodique plus présente. Mais on s’en fout que la moitié du public mondial désapprouve les valeurs véhiculées par le cinéma, de toute façon il n’a pas le choix, à part ne pas aller au cinéma.

Posté par canthilde à 00:01 - Cultivons-nous gaiement - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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