Canthilde

Humeurs, musique, images et... horticulture

01 juin 2008

Où sont les vierges ?

La décision récente du tribunal de Lille d'annuler un mariage pour cause de non-virginité de l'épouse m'a faite bondir de rage. Le quotidien l'Humanité du samedi 31 mai 2008 a consacré quelques bonnes pages à cette affaire, avec une intervention intelligente de la philosophe Geneviève Fraisse : "Question intéressante : la religion musulmane impose-t-elle la virginité ? Apparemment, non. Impose-t-elle le port du foulard ? Autorise-t-elle la polygamie ? Rien n'est sûr. Toutes ces questions font l'objet de discussions savantes, et de polémiques sérieuses. Pour ma part, je constate que la religion a bon dos." Parmi les réactions de diverses personnalités, on apprend que la garde des Sceaux Rachida Tati a considéré que l'annulation de ce mariage était "un moyen de protéger la personne", tandis que Dalil Boubaker, recteur de la mosquée de Paris, a déclaré : "je ne pensais pas que le droit français pourrait donner suite à une doléance traditionnelle de ce type. Ce que demande l'islam, ce n'est pas la virginité de la femme, c'est de vivre avec son temps." (cherchez l'erreur !)

Pour prendre du recul par rapport à cette histoire et envisager la question d'un point de vue universel, j'ai décidé de vous parler des dernières heures de mon hymen. Une histoire édifiante.

Mon hymen et moi nous sommes séparés à l'improviste il y a près d'une vingtaine d'années (faites le calcul, et soyez choqués). A l'époque, j'étais curieuse du fonctionnement du sexe féminin. J'étudiais attentivement le mode d'emploi des boîtes de tampons hygiéniques de ma mère ou de ma soeur, que j'étais encore trop jeune pour utiliser. J'entrepris alors l'exploration enthousiaste de mon anatomie, dont beaucoup d'aspects restaient mystérieux.

Je découvris avec satisfaction que j'étais faite comme toutes les autres femmes et que cette constitution particulière présentait bien des avantages. Un soir, cependant, exploration trop approfondie ou geste plus maladroit que d'ordinaire, je ressentis une douleur sourde et constatai la présence de traînées sanglantes sur ma chemise de nuit. Ma première réaction fut de trouver ça "dommage". J'étais bien conditionnée à accorder de la valeur à ma virginité, "se donner" à un homme, tout ça... Un certain nombre d'années plus tard, je ne pus que me louer de l'incident, lorsque j'échangeai mes impressions de "première fois" avec un homme avec mes amies. J'étais bien contente d'avoir échappé au charcutage sauvage raconté par certaines.

Quelle morale peut-on tirer de cette histoire ? Eh bien, peut-être que la jeune femme du procès a eu une adolescence curieuse, elle aussi. Ou bien elle a utilisé par erreur un tampon taille super au lieu de mini. Ou bien elle a eu cinquante amants avant de se marier, et elle aurait eu bien raison. Quoi qu'il en soit, limiter la notion de virginité à la présence ou non d'un hymen est complètement ridicule. Certaines femmes n'en ont pas ; d'autres en ont un mais ne saignent pas lors de leur premier rapport sexuel (un amant doux peut favoriser ce phénomène). Et que dire de ces filles qui ont bien intériorisé le fait qu'elles devaient saigner comme une bête égorgée le soir de leurs noces et qui, en attendant cette date sacrée, adoptent toutes sortes de pratiques sexuelles mettant en jeu d'autres orifices ? Pas sûr qu'elles y trouvent une grande satisfaction, et leur "pureté" me semble toute relative par rapport à une qui aurait "fauté" du mauvais côté...

Posté par canthilde à 21:34 - Contre le sexisme - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

j'ai bcp aimé le ton de ta note et ta manière d'exprimer, notamment à la fin, ce que les filles sont obligées ou se croient obligées de faire pour préserver ce sacro saint hymen. Ton expérience perso est révélatrice aussi de ce que j'appelle des jeux sexuels, après tout, soit seule soit avec quelqu'un-e d'autre, et on va pas faire tout un fromage de la virginité ou de la pureté pour cela. Au désespoir de ma mère, j'ai utilisé des tampons, je crois que c'était par esprit de contradiction, j'imagine que c'est comme ça que je l'ai perdue ... mais je n'ai aucun souvenir sinon.

Posté par Emelire, 02 juin 2008 à 15:06

Et si on se place du côté du garçon, que représente la virginité, la sienne et celle de son/sa partenaire ? Pour moi, absolument rien. En plus, personnellement, je préfère avoir à faire avec une personne d'expérience qu'une jeunette (j'avoue, ma préférence va vers les personnes du sexe opposé) qui découvrirait son corps. Je peux même me targuer aujourd'hui de n'avoir "volé" sa virginité à personne.

Posté par berlioz, 02 juin 2008 à 20:33

Pour une fois, je partage ton indignation autant pour le droit des femmes que pour le respect de la laïcité. Mais quand même, qu'as tu contre la sodomie ? :oB

Posté par Nicks, 02 juin 2008 à 21:46

J'appartiens à une génération où être encore vierge lorsque tu arrivais en classe de première, ça étonnait, tu passais pour un phénomène( quelquefois pour une gourde...)
Les ou la copine à qui tu avais confié ton infortune te disaient " mais c'est pas possible, tu peux pas rester comme ça! on va te trouver un mec...si je t'assure, c'est pour ton bien, tu ne vas pas te refouler éternellement!"

Quant à cette jeune fille, il serait souhaitable qu'elle ne reste pas avec un tel conjoint en effet, mais serait-il judicieux qu'elle revienne dans cette famille qui l'a abandonnée à cet homme?
On devrait lui permettre d'intégrer un foyer de jeunes filles, la protéger, lui trouver un job, la rendre indépendante, pour qu'elle échappe à tout ça.

Posté par Dominique, 02 juin 2008 à 21:48

Berlioz : Une personne qui a de l'expérience, c'est toujours mieux pour une jeune femme ou un jeune homme. Mais si on tombe mal, ce n'est pas le partenaire qui va t'aider à découvrir ton corps, mais plutôt le sien. Rien n'est fait pour une véritable éducation au plaisir et au respect...

Nicks : La sodomie, c'est mieux quand on a une prostate (il paraît).

Dominique : Ben merci la pression du groupe ! Prendre le premier mec qui passe n'aide pas forcément à l'épanouissement (c'est même souvent le contraire ; voire ma réponse à Berlioz). Je ne vois pas en quoi une jeune femme qui trouve son plaisir toute seule serait plus "refoulée" qu'une qui se tape un mec de 17 ans, souvent égoïste et formaté porno par les temps qui courent ! Quant à cette jeune femme, je lui souhaite en effet de trouver sa voie en dehors du mariage traidtionnel.

Posté par canthilde, 03 juin 2008 à 09:59

Emelire : Généralement, on déconseille en effet les tampons pour les très jeunes filles, comme si c'était grave d'abîmer l'hymen, alors que c'est une chance d'en être débarrassée le plus tôt possible ! Et je rejoins certains de tes commentaires sur tes notes, considérer qu'il n'y a rien avant la nuit de noce et que l'épouse est parfaitement pure, intacte (gourde, ignorante), suppose qu'elle n'a RIEN fait avant et que c'est le mari qui va lui révéler son corps.

Posté par canthilde, 03 juin 2008 à 10:29

En fait j'attache de l'importance à la virginité dans le sens d'une étape, mais pas le sens moral etc.
Côté info, ni putes ni soumises a mis en ligne une pétition sur son site et invite à une manif samedi 14h30 Place d'Italie (paris 13e), je vais essayer d'y participer, même si je ne partage pas forcément leurs idées et manière de faire ;o)
infos sur http://www.niputesnisoumises.com/actualite.php?numactu=191

Posté par Emelire, 03 juin 2008 à 16:43

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