05 avril 2008
Chronique d'une rupture annoncée
Il m'a semblé qu'il était temps de prévenir mes fidèles lectrices du changement qui s'opérait dans ma vie. Vous avez le droit de savoir. De plus, cela pourra vous éviter des gaffes malencontreuses dans un avenir proche.
Je me sépare de mon téléphone portable. Notez le présent de l'indicatif. Pas "je me suis séparée", comme s'il s'agissait d'une action brève et définitive. Comme on dit "nous divorçons", cette décision implique une réflexion et des démarches étalées dans le temps.
Tout a commencé au début de l'hiver, lorsque j'ai fait le bilan des appels reçus chaque mois : trois en moyenne, dont deux de ma mère... Fallait-il vraiment payer plus de 20 euros par mois pour ce brillant résultat ? Lorsque je suis arrivée à Paris, avoir un téléphone portable était nécessaire pour ma recherche d'emploi, tandis que j'étais hébergée chez des gens. Depuis, j'ai mon propre appartement, avec une formule d'accès à Internet incluant un abonnement téléphonique gratuit en direction des numéros fixes.
Ensuite, c'est vrai que je ne m'en sers pas beaucoup. Mes amies, comme vous le savez par mes plaintes désenchantées, me donnent peu de nouvelles. Lorsque j'ai besoin d'appeler quelqu'un, je le fais par la ligne fixe. Le seul avantage, ce sont les rendez-vous foireux avec Quintilien, du style "rendez-vous à Châtelet entre 15h30 et 16h", tellement vagues qu'il faut plusieurs coups de fil sur place pour se retrouver ! Nous avons juste besoin d'un peu d'entraînement pour donner des rendez-vous qui tiennent la route.
Enfin, je ressens un agacement croissant face à l'injonction de consommer qui nous est continuellement faite. Avoir deux téléphones, une télé à écran plat, un lecteur DVD, un lecteur mp3, un appareil photo numérique, un Palm, un ordinateur évidemment, bientôt un e-book, est décrit comme une norme, une aspiration légitime. Pour ma part, j'estime être suffisamment équipée pour le moment et je n'ai besoin de rien d'autre. J'attendrai que mes appareils tombent en miettes , ce qui ne saurait tarder, étant donné la qualité toute relative des appareils fabriqués, pour les renouveler.
Quant aux problèmes de santé qu'un téléphone portable peut occasionner, je n'en sais pas beaucoup mais, quelque part, l'absence de médiatisation des enquêtes faites sur le sujet ne m'incite guère à la confiance. Mon cerveau est déjà suffisamment grillé comme ça.
Ne soyez pas tristes. Mon téléphone restera à mes côtés après la résiliation de l'abonnement. Seulement, il sera au fond d'un tiroir, au lieu d'encombrer les poches intérieures de mes sacs. Si quelqu'un veut l'adopter, je suis prête à en faire don, en échange de bons traitements. J'enverrai bien entendu un message à mes connaissances pour leur rappeler mon numéro fixe.






