Canthilde

Humeurs, musique, images et... horticulture

12 mai 2007

Profil dans la brume

P1000503Déjà une petite semaine que je me bats pour configurer Outlook Express sur mon ordinateur ! Impossible de recevoir mon courrier professionnel ; je crois qu'il y en a trop...

J'avais cessé d'utiliser ce programme quand j'ai déménagé à Paris. Je n'étais pas chez moi, au début, alors je préférais me servir d'un mail gratuit en ligne.

De rouvrir Outlook, quatre ans plus tard, m'a fait retrouver des messages oubliés depuis longtemps. Ils racontent une petite histoire triste, que je suis la seule à pouvoir bien comprendre. Trois amies m'écrivaient plus ou moins régulièrement. L'une d'elles me snobait depuis un moment ; j'ai retrouvé un échange un peu vif, où je ne prenais plus de pincettes avec une personne qui ne me donnait plus de nouvelles depuis des mois. Les autres m'en donnaient, peut-être tous les trois mois. Les propositions étaient plutôt nazes : aller faire du shopping dans des hypermarchés du vêtement à prix cassés, par exemple. Ma vie sociale était tellement nulle que j'acceptais, même si je détestais l'endroit et que les vêtements y étaient hideux. Je n'osais plus guère faire d'invitations moi-même : elles étaient tôt ou tard balayées pour empêchement ou choses plus importantes à faire. Il y avait plus désespérant que la solitude. C'était de s'entendre répondre à une proposition de sortie des plus banales, telle un cinéma le samedi soir : "ah non, je ne peux pas, j'ai déjà des choses de prévues avec des amis." Au bout d'un moment, je n'essayais même plus.

J'ai aussi retrouvé de timides traces de recherche d'emploi ou de stages. Je n'avais aucune chance, avec mon profil, je le vois bien maintenant. A l'époque, je voulais encore croire qu'un jour, mes talents seraient reconnus (et remunérés à la hauteur de leur mérite).

Aujourd'hui, j'ai honte de parler de mes diplômes. Mon actuel job, nettement plus exigeant que les précédents, me fait prendre conscience de ce que j'ai cramé en termes de compétences, crédibilité et autonomie dans des emplois sous qualifiés (et sous payés, cela va de soi).

Au printemps 2003, pendant que je jouais sans conviction avec mon ordinateur, je ne savais pas encore que de telles épreuves m'attendaient. J'ignorais également que le meilleur allait venir, avec beaucoup de patience.

Posté par canthilde à 10:29 - Ma vie virtuelle - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Ca me rappelel bien de schoses tout ça... des emails retrouvés (sur papier dans mon cas) et tu renvoies des années en arrière de spropos "d'amis" effacés de la réalité actuelle ; des recherches d'emploi; des prises de conscience...

bref : profites du présent et que le passé ne serve qu'à ENRICHIR le futur :)

Posté par mymy marmotte, 12 mai 2007 à 18:56

Comme tu as raison au sujet du boulot ! En plus vient un moment où à force de ne faire que des tâches assez nulles (et encore moi je parle d'un souci confortable : l'emploi y est, c'est le contenu des postes qui perd sens et s'appauvrit à mesure que croît la quantité d'un certain type de travail à abattre "au rendement") on finit par croire qu'on ne sait plus rien faire.

Oui les mails retrouvés font parfois très mal.

(en plus que ces jours-ci un de mes bons copains, pas un intime mais un bon pote est mort, que j'ai dû rechercher justement s'il ne trainaît pas quelque part dans mes versions de messageries successive l'un ou l'autre de lui où apparaissait en lot tous les destinataires (il aimait bien faire suivre des blagues ou des infos, combien de fois alors n'ai-je pas pesté intérieurement que je n'avais pas le temps et que ça m'encombrait, ce qu'à présent je regrette (et n'ai pas fini de), qui nous enverra des blagues désormais ?) afin de tenter de prévenir qui ne l'aurait pas déjà été) ; d'autre fois beaucoup de bien : quand on m'a trépanné puis regarni mon ancienne bécane, j'ai récupéré des messages qui en leur temps me semblaient courants et qui redécouverts m'ont fait l'effet de précieux témoignages.

Enfin grâce à toi je prends conscience de quelques choses au sujet de la solitude.
Je la ressens très fort, très violemment, depuis 1 an 1/2. Pour autant je me rends compte qu'elle n'est pas réelle, déjà (ça je le savais) parce qu'il y a du monde chez moi, ensuite parce que j'ai eu cette chance inouïe d'avoir à toutes les époques de ma vie (sauf peut-être en classes prépas, et encore : même pas, pas tant que ça) de nombreux amis et
de qualité, toujours dû (non sans remords) refuser des propositions de sorties pour cause de propositions cumulées (ou à un moment d'enfants petits). En fait quand je parle de solitude, je me rends compte que je parle de la solitude intime, par rapport aux amours ou aux liens les plus forts, ceux dont on ressent le besoin d'une présence quotidienne, dont on sait sans chercher à le savoir ce qu'ils font et en quels lieux (ce qui permet que même quand ils sont loin on peut imaginer là où ils sont et ressentir quand même leur proximité affective) ceux qui nous connaissent par coeur, ceux qui prennent soin de nous (et nous d'eux) au plus près du quotidien, ceux qu'on peut se permettre d'appeler au creux de la nuit si vraiment ça ne va pas. Grâce à toi je me rends compte que j'ai la solitude peuplée (et en plus de fort bonne manière) :-) et plutôt de l'ordre du "un seul être vous manque".

bon, j'espère que pour Outlook ça fonctionnera bientôt. Un problème d'ancienne version et de compatibilités nouvelles ?

Posté par gilda, 17 mai 2007 à 01:59

PS : le "avec des amis", ça peut aussi être une simple formule de discrétion. Bon d'accord il vaudrait mieux dire "avec d'autres amis", mais je pense que ça m'arrive d'employer cette formule sans aucun sens d'exclusion pour l'interlocuteur (ou - trice). Des fois c'est d'ailleurs tout bêtement pour marquer l'opposition avec une contrainte qui serait d'ordre familial.
Tout dépend du ton employé (et de la fréquence des refus, cumulés ou non).

Posté par gilda, 17 mai 2007 à 02:04

J'ai perdu un copain récemment, et en farfouillant dans les vieux e-mails j'ai retrouvé plein de trucs aussi ... Et c'est là, des années après, que tu mesures le chemin parcouru, les illusions perdues, et combien on change sans s'en rendre compte.

Posté par Djermaine, 27 mai 2007 à 11:47

Pas facile de parler de la solitude...

Parfois, ce n'est pas juste un sentiment. La solitude est comme une personne malveillante toujours à tes côtés, à se moquer de toi. Peu de gens connaissent la solitude totale, à part les personnes âgées. J'espère ne pas la retrouver de sitôt.
Mais c'est vrai que ça rend encore plus susceptible, ombrageuse dans ses amitiés. On ne peut pas toujours rappeler aux autres qu'on n'a parlé à personne depuis des jours et des jours, et qu'une annulation ou un oubli est extrêmement douloureux.

Posté par canthilde, 27 mai 2007 à 15:38

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