24 avril 2007
Littéralement scotchée devant l'écran
J’éprouve de légitimes craintes à l’idée d’entamer un compte-rendu de la série The L Word. En effet, après avoir reçu quantité de propositions de jeunes freluquets, apparemment émoustillés par certains de mes textes, je vais sûrement être assaillies par celles d’impétueuses lesbiennes sans vergogne (mais ce n’est pas ma faute, tout ça c’est à cause de mon charme bestial).
Cette série parle en effet d’homosexualité féminine et a fait sensation par le réalisme de ses scènes d’amour entre femmes. A lire les réactions des spectatrices, j’avais cependant l’impression qu’il y avait autre chose, qui en faisait une série intéressante. J’ai ressenti l’intense désir de vérifier par moi-même et c’est ainsi qu’au milieu de l’hiver, je me suis lancée dans le visionnage de la première saison.
Mes nouvelles copines
J’ai été conquise par l’épisode pilote, qui dure une bonne heure et demie. Du scénario, je ne connaissait qu’un élément : une jeune femme rejoint son petit ami à Los Angeles ; leurs voisines sont des lesbiennes ; elle ne tarde pas à se faire draguer par l’une de leurs amies. L’argument semble plutôt mince et, pourtant, je suis rapidement entrée dans l’histoire. La présentation des personnages donne tout de suite envie d’en savoir plus. Passées les premières minutes d’affolement (que des visages inconnus ! que des femmes ! Quoi, c’est pas vrai ! elles sont déjà à poil ? Mais elles passent leur temps au lit !), on se familiarise avec les plus sympathiques, on s’interroge sur les plus mystérieuses.
A commencer par Shane : beauté ténébreuse, voix délicieusement grave, chevelure artistiquement en pétard, elle fait craquer (et tourner en bourrique) à peu près tous les êtres sexués qui passent à sa portée. Petite particularité, sa devise : « I don’t do relationships », va en chagriner plus d’une.
Jenny : J’ai été contente de retrouver Mia Kirshner dans ce rôle, ayant apprécié sa performance dans Le Dahlia noir (c’était la seule qui jouait !). Très jolie avec ses grands yeux bleus et ses longs cheveux noirs, sa fossette au menton lui donne un style inimitable. C’est elle l’héroïne de départ, qui va, à sa propre surprise, explorer des aspects inconnus de sa sexualité, tout en peaufinant sa technique d’écrivaine. Malheureusement mal exploité à partir de la saison 2, son personnage va facilement devenir le plus irritant, tout en passant au second plan.
Marina : une allure terrible, cette italienne (qui passe son temps à parler en français ??), cultivée, sexy, un rien manipulatrice. Pas franchement sympathique, mais extrêmement troublante. La façon dont elle quitte la série est particulièrement frustrante, on sent les impératifs de carrière. Raison principale de l’ambiance ambiguë de la première saison, elle rend tout à fait crédible le passage au saphisme d’une fiancée tranquille et jusqu’ici comblée !
Bette et Tina : présentées comme le couple modèle de la communauté lesbienne, ensemble depuis huit ans, on est pourtant frappées par la déséquilibre régnant dans leur relation dès les premières minutes. Entre tentatives d’insémination et séances chez un thérapeute, rien ne peut nous laisser penser que les choses sont plus simples entre deux partenaires du même sexe.
Alice, Dana, Kit : seconds rôles désespérément célibataires, qui vont prendre de l’importance au fil de leurs relations sentimentales, aléas professionnels, névroses… Le gros avantage de la série, c’est qu’elle permet de revoir des stars que le fil des années rend − à tort − moins attractives pour l’industrie hollywoodienne : Jennifer Beals (Flashdance), Pam Grier, Cybill Shepherd (Clair de lune) en terrible universitaire qui se rend compte (gasp !) que toute sa vie n’a été qu’un mensonge.
Les points absolument négatifs de la série
Le milieu particulier dans lequel se déroule la série : inutile d’attendre de The L Word un quelconque témoignage sur la vie des lesbiennes aujourd’hui. On est chez les créatives friquées, ce qui réduit quand même énormément le propos. On pourra me rétorquer que la majorité des lesbiennes se trouvent justement dans ces milieux-là mais, malgré mes connaissances imprécises en ce domaine, je n’en suis pas totalement convaincue.
La qualité discutable des œuvres qui font le quotidien des héroïnes : OK, j’aime beaucoup Jenny en tant que personne, mais sa production littéraire ne m’a jamais convaincue. Encore une pseudo romancière nombriliste de plus ! Elle ne semble écrire que sur sa vie, ses expériences sexuelles, sans le moindre recul et en se prenant terriblement au sérieux.
Le côté discours sur la série qui arrive trop tôt : généralement, quand une série commence à fatiguer, elle balance des épisodes réflexifs, genre caméra numérique en temps réel, pour relancer l’intérêt des spectateurs. Ici, on a dès la deuxième saison la Charte d’Alice à la radio, le reportage de Mark qui est fasciné par toutes ces filles superbes qu’il ne pourra jamais avoir, au point qu’on délaisse l’action pour privilégier le discours sur celle-ci, ce qui dénote une faiblesse certaine du scénario.
L’épisode du mariage et l’épisode de la mort : aucune recherche dans ces deux épisodes, qui traitent ces thèmes exactement de la même manière que d’autres séries les ont traités auparavant. Pas de spoilers, mais j’ai ressenti une pénible impression de déjà vu.
L’après saison 1 : j’ai adoré la saison 1, j’en ai parlé autour de moi, j’étais convaincue d’avoir trouvé là la digne successeuse de Six Feet Under. Tous ces espoirs se sont évanouis quand ont retenti les premières notes pimpantes du générique du premier épisode de la saison 2 : « Girls in tight dresses, who drive with moustaches… ». Tout est dit ! La musique elle-même est assez insupportable, les paroles racoleuses, autant dire que je sautais sur la touche « avance » dès que le générique apparaissait. La saison 1 avait autrement plus de gueule avec un générique réduit à quelques secondes de musique moderne sur fond urbain.
Quant au contenu des épisodes, il m’a semblé que l’intrigue se resserrait autour du seul thème « nous les lesbiennes ». Pour commencer, la coupe de cheveux de toutes les actrices raccourcit (bonjour le stéréotype des camionneuses !), elles s’habillent top fashion, elles vont à des fêtes et des concerts super géniaux, où elles sautent dans tous les sens en draguant comme des malades… Par moments, j’ai vraiment cru me retrouver dans une série pour adolescentes. Ça met du temps à s’arranger. Heureusement, les personnages ont de gros problèmes qui les font affreusement souffrir, et les rendent plus intéressants.
Les filles se défendent bien
Du bon, du mauvais, est-ce suffisant pour nous intéresser pendant quatre (à ce jour) saisons de pur saphisme débridé ?
Et bien, je dois quand même reconnaître que les réalisatrices de cette série ont fait des efforts pour réparer leurs petites faiblesses. Chacun des points qui me gênaient a été abordé franchement par la suite, avec une certaine intelligence.
Par exemple, la pauvre Jenny voit raillés ses projets d’écriture, au point de remettre en question ses méthodes de travail. L’indulgence dont elle bénéficiait au départ, en tant que « petite nouvelle » et pivot de l’histoire, n’est plus de mise tandis qu’elle passe à l’arrière-plan. A chaque saison, on a ainsi un personnage qui prend plus d’importance que les autres : Shane, puis Dana auront la vedette lors des saisons suivantes. Une façon de ne pas se lasser du même point de vue et de découvrir des aspects cachés des personnages.
Sur la question du milieu social, elle est abordée sans fard lorsque nos héroïnes bourgeoises sont montrées comme ayant des réactions mesquines face à une très provinciale nouvelle arrivante… La saison 4 les verra se colleter des femmes de milieux plus défavorisés, bien décidées à leur montrer de quel bois elles se chauffent ! Par contre, on continue de plus belle dans le côté paillettes lorsque chaque personnage, doté d’un métier hautement créatif, accède à une plus ou moins grande célébrité. On est de plus en plus chez les people.
Enfin, c’est bien le seul endroit à la télé on où peut fréquemment entendre L7, Le Tigre, Golfrapp, Peaches. Toutes les riot girrrls et filles à voix sont présentes, parfois en chair et en os (cf. les « fêtes et des concerts super géniaux » dont je parlais plus haut).
Conclusion : une série qui se regarde en conservant son esprit critique. Indiscutablement sensuelle (allez chercher ailleurs les photos sulfureuses !), elle reste trop futile pour être considérée comme un témoignage sur le mode de vie lesbien, s’il existe. Mais la mise en scène est toujours élégante, les actrices convaincantes et certaines scènes, très drôles ou décalées, valent le détour. A quand la saison 5 ?
Le site officiel n'est pas accessible en dehors des Etats-Unis. Cependant, la page d'excuses qui s'affiche nous informe qu'on peut rejoindre The L Word dans Second Life. Super ! ![]()
Un site : http://www.thelwordonline.com/main.html
Si vous voulez figurer vous aussi sur la Charte : http://www.ourchart.com/
Commentaires
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kel curieu personage tu fai !!!
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