11 novembre 2009
Perpétue
Jeudi soir, je rentrais par le métro avec une collègue lorsque je suis tombée nez à nez avec Perpétue dans le métro. Sans réfléchir, je suis allée vers elle avec un grand sourire et lui ai fait deux bises, malgré sa réticence palpable.
Une fois de plus, je croisais une ancienne collègue d'une grosse boîte de sondages qui m'avait employée il y a quatre ans. Ce n'est vraiment qu'avec celle-là que j'ai revu par hasard autant de monde, dans les lieux les plus inattendus. Difficile de croire qu'en allant à Bordeaux, il y a deux ans, assister à un match de rugby pour des raisons professionnelles (il y a au moins deux intrus dans cette phrase), j'étais tombée sur le mec le plus sexy du plateau ! Et pourtant... Il m'avait tout de suite reconnue, il était venu vers moi. Les mecs sexy adorent venir me parler ; c'est le grand drame de ma vie.
Là, pour Perpétue, j'avais un doute, comme la dernière fois. Oui, j'avais déjà aperçu Perpétue une fois dans la rue. Comme jeudi dernier, elle attendait patiemment quelqu'un et n'avait pas semblé s'apercevoir de ma présence, que je n'avais pas signalée. Je lui en voulais encore, à l'époque. Sur le plateau, elle m'avait bien proprement snobée avec ses copines, au point où j'avais eu l'impression de revivre certains épisodes fâcheux du collège. J'avais soupçonné qu'elle m'avait vue mais avait fait comme si de rien n'était, ce qui m'arrangeait. Alors que là, j'étais contente de la voir, toujours aussi belle et top fashion, un peu vieillie mais le contraire aurait été étonnant.
Je crois bien que je l'ai démoralisée pour le reste de l'année.
- Comment vas-tu, Perpétue ? J'espère que tu n'es plus chez LaBoîte !
- En fait, si.
- Non, pas possible ! Mais ça fait quatre ans que tu y travailles !
- ... Et toi, qu'est-ce que tu deviens ?
- Oh, eh bien je suis devenue [nom du métier qu'elle ambitionnait d'exercer, sans avoir les diplômes correspondants, ni l'expérience requise], voici d'ailleurs une collègue de l'Ecole, on a passé une super année à suivre des cours et maintenant on est de retour sur nos postes !
- Ah, c'est bien...
S'est ensuivie une discussion poussive, tandis que ma pauvre collègue lorgnait avec envie les métros qui se succédaient. L'ancien plateau avait fermé, la Boîte en avait profité pour se débarrasser d'un certain nombre de personnes, gardant les autres au niveau du siège. Une partie était actuellement aux Prud'hommes pour requalifier leur contrat en CDI (le charme de la Boîte tenait au caractère imprévisible de l'activité, avec des contrats allant de deux heures à une semaine). Je plaignais Perpétue de tout coeur d'être restée là-bas, tout en me disant qu'avec un peu de volonté, elle aurait pu faire autre chose. Le discours facile, horrible, je sais mais au moins changer de boîte, ou en faire plusieurs en même temps, histoire de varier les plaisirs de la vacataire au téléphone... Mais le caractère nonchalant de Perpétue supportait bien de faire du sur place ; elle avait son salaire, son appartement au loyer modique et, visiblement, pouvait s'offrir les accessoires dernier cri nécessaires à son standing. Elle n'avait pas changé.
12 octobre 2009
La dernière étape
Vendredi 2 octobre était la date limite que je m'étais fixée pour terminer et imprimer le plum pudding pâteux exigé en fin de scolarité à Poudlard. A cet effet, j'avais modifié certains passages en tenant compte des remarques de mes deux tuteurs, l'un enseignant à l'école, l'autre ma responsable sur mon poste, en leur envoyant cette dernière version le mercredi 30 septembre.
Vendredi 2 octobre, 9h : Je consulte mes mails. Mon tuteur poudlardesque m'écrit que, "sans être substantielles, les modifications auxquelles j'ai procédé contribuent très largement à une meilleure lisibilité de mon mémoire et, en tant que telles, n'impliquent pas de remarques particulières de sa part."
9h30 : Je relis le mode d'emploi pour créer un index sous Word.
11h : Je dois effectuer ma permanence dans l'arène et ne suis pas sûre d'avoir compris comment on fait un index.
12h : J'aimerais bien pouvoir faire mon index, si tous ces fauves ne venaient pas me déranger pour des questions tout à fait légitimes rentrant parfaitement dans mon profil de poste.
13h : Ma responsable me propose de déjeuner avec elle et, à table, m'annonce négligemment qu'elle a de nouveau quelques petites remarques à me faire sur mon texte.
15h : Je sors, livide, du bureau de ma responsable, avec trois pages pleines de critiques sur des parties qu'elle avait déjà relues, disait-elle, et que j'avais d'ailleurs modifiées en fonction de ses commentaires.
15h15 : J'entreprends de reprendre point par point mes trois pages manuscrites de critiques, en grommelant entre mes dents : "Ce mémoire partira au courrier demain avant midi !"
18h : Je décide d'en finir ici avec ce mémoire. Tout se mélange dans ma tête, je ne suis plus capable de relire ce que je viens de modifier, et puis il faut que je me mette à imprimer si je veux sortir du bureau avant 20h.
18h30 : Je savais que j'aurais du m'y prendre à l'avance pour imprimer... Je découvre les joies de l'impression recto-verso manuelle. Ce n'est pas tout d'imprimer en deux fois, ensuite, il faut trier. Mon ordinateur étant dans mon bureau, et l'imprimante couleur dans celui de ma responsable, je fais mon sport de la semaine.
19h05 : Le gardien a commencé sa ronde et s'arrête, stupéfait, devant la porte du bureau, quand il me voit affairée aux quatre coins de la pièce, échevelée et couverte de sueur. J'ai découvert certains anomalies de mise en page du fichier Word qui nécessitent une réimpression totale. Pendant ce temps, ma responsable boucle tranquillement son planning.
19h45 : Ma responsable me montre comment me servir de la relieuse et je perfore mes premiers paquets de feuilles terminés tandis que les derniers continuent à s'imprimer à la vitesse nonchalante qui est la leur.
20h15 : Je teste la reliure avec la spirale sur mon exemplaire à moi pas beau (celui avec les anomalies de mise en page), ce qui, avec mon adresse légendaire, me prend un certain temps.
20h26 : La spirale s'envole gracieusement vers le coin opposé de la pièce, éjectée de la machine.
20h55 : Ca y est, le dernier exemplaire est imprimé, trié, perforé, prêt à être relié !
20h56 : Les feuilles coincent, je n'arrive pas à les insérer toutes dans la spirale.
20h57 : J'arrache tout en poussant un hurlement excédé.
20h58 : Je demande de l'aide à ma responsable, qui répare le carnage avec des gestes sûrs et expérimentés.
21h : Toutes les lumières s'éteignent. C'est l'extinction des feux. Le gardien ne nous a même pas appelées pour s'assurer de notre départ. Nous terminons le travail à la lueur de la lampe de bureau.
21h03 : Je m'empresse d'empaqueter mes trois exemplaires propres, laissant tout en plan pour imprimer les derniers, destinés à rester sur place, le lundi suivant.
21h06 : Nous nous sauvons comme des voleuses, tournant la clef dans la serrure à l'aveuglette.
En photo, mon cadeau de rentrée : une balle anti-stress!
20 septembre 2009
Formons-nous gaiement
Trois jours à Poudlard... cafard ! Je revenais sur les lieux de cette formidable année pour une petite formation supplémentaire, comme si ma vie professionnelle ne consistait pas en formations à la chaîne depuis dix mois. Plusieurs personnes m'avaient mises en garde contre Geneviève Toussaint. J'ai fini par comprendre pourquoi.
Nous étions une dizaine de personnes, dans un des petits carrels de travail, grelottant sous la climatisation déchaînée. Geneviève Toussaint allait tout nous apprendre sur son métier. Elle a commencé par un tour de table, nous demandant de préciser notre expérience, nos attentes. Arrivée à Grachus, elle nous a fait remarquer : "Vous voyez que Grachus est parmi nous aujourd'hui, c'est le seul garçon, il est bien serdaigle comme vous, il est là pour apprendre." (comme si on ne connaissait pas déjà Grachus, un jeune homme très abordable). Puis elle a répété que ce stage allait tout nous apprendre et qu'elle était une pro du domaine, d'ailleurs elle avait déjà imperceptiblement engagé des actions dans la gestion du groupe (c'est sûr que sa manière d'épingler l'unique homme du groupe, pour l'"intégrer", supposons-le, avait été très discrète) et nous aussi, on allait apprendre à faire tout ça.
En fait, elle parlait peu et nous faisait faire plein de petits exercices amusants, par exemple lister de 1 à 8 l'ordre des actions pour faire le travail bien comme il faut, puis réfléchir au rôle de chaque acteur en détaillant les actions à réaliser. De temps en temps, elle faisait un "exposé" en nous faisant feuilleter un gros paquet de documentation, particulièrement au point sur le sujet, tenait-elle à préciser. L'une des pages était un dessin symbolisant les "personnalités du groupe" par des animaux : le singe était celui qui sait tout, l'hippopotame le dormeur qui ne s'intéresse à rien, la grenouille le bavard qui empêche les autres de s'exprimer (conseil: "l'interrompre plusieurs fois, puis laisser le groupe s'occuper de lui"). Lorsque j'ai parlé du dessin à Trismegiste pendant une pause, celui-ci a fait mine de soulever une poubelle en pierre ornant la terrasse en s'écriant : "Où est-elle ? Je vais la tuer !" Je l'aurais aidé de bon cœur, parce que la vacuité de Geneviève commençait à me lasser sérieusement.
Enfin, nous sommes passées aux exercices filmés. La caméra était optionnelle, j'ai bien entendu refusé. A la fin de la première intervention, Geneviève nous a fait applaudir. J'ai été choquée. Elle nous parlait depuis deux jours de l'importance de chaque geste dans une présentation devant un groupe et, à aucun moment, n'avait évoqué le fait d'applaudir, une action pourtant peu anodine, qui nous renvoyait au monde du spectacle et non à celui de la formation académique. Je n'ai jamais applaudi.
Ma prestation a, naturellement, été minable. C'est que j'ai besoin de temps pour me préparer, je suis incapable d'avoir l'air du premier coup à la fois pro, communicante, propre et mignonne comme certaines, qui étaient entrées tout de suite dans le rôle. Les critiques sur mon intervention ont d'ailleurs porté sur ma façon de jouer ; j'ai répondu que je n'étais pas actrice et que des choses pouvant paraître évidentes en situation réelle ne venaient pas naturellement lors d'un exercice artificiel.
Notre formatrice nous a lâchées une demi-journée plus tôt que prévu, après avoir bâclé une conclusion et distribué une feuille d'évaluation. J'ai cherché les amis serpentards avec lesquels j'avais évoqué un apéro à midi, mais Geneviève avait préféré pousser jusqu'à 13h15 au lieu des 12h30 prévus, pour avoir son après-midi, et je n'ai pu croiser les personnes portées sur la boisson qui auraient clos ce stage de la manière la plus agréable qui soit. Maudissant nos mutismes sur des sujets autres que les zombies, j'ai commencé à travailler sur une note manuscrite. "Le plus important n'est pas le contenu mais le destinataire", avait dit, la veille, notre ami commun.
11 septembre 2009
Jonathan Richman - Because Her Beauty Is Raw and Wild

Par un beau soir de fin mars 2009, j'ai fêté la fin de mon stage pourri en m'offrant un concert au Transbordeur. Je voulais découvrir le lieu, que je côtoyais sans le voir. J'avais envie de connaître le monsieur sur l'affiche, dont Aldénore me rebattait les oreilles depuis des années, tout en précisant qu'il y avait peu de chances pour que j'apprécie sa musique. Emplie de curiosité, j'ai assisté à la représentation de Jonathan Richman et j'ai passé un très bon moment !
Avec sa silhouette de jeune homme et ses grands yeux naïfs, il égrenait un répertoire gai et léger, dans un style que j'ai qualifié depuis de "yukélé nostalgique". Très généreux envers le public, il saluait les nouveaux arrivants comme de vieux amis, souriait, regardait les gens. Il fallait le voir, tout excité, sautant d'un coup pour chanter à côté du micro, beaucoup moins audible mais avec un entrain communicatif !
J'ai eu envie de prolonger cette découverte et, n'ayant trouvé que l'album Because Her Beauty Is Raw and Wild, en fait l'avant-dernier, sorti en 2008, à écouter sur Deezer, j'ai fini par l'acheter. Même si la musique m'a semblé un peu légère au début, je me suis beaucoup repassé ce disque, qui collait parfaitement à l'atmosphère printanière. En écoutant attentivement les paroles, je me suis aperçue que Jonathan Richman était loin d'être un gentil chanteur superficiel. Les textes n'étaient pas bêtes, et même assez graves par moments, avec une touche d'absurdité bienvenue. Sans être spécialiste, je me suis laissée dire que les morceaux ne devaient pas être si faciles à jouer à la guitare, avec des mélodies assez subtiles.
"Because her Beauty Is Raw and Wild" : le début peut rebuter, Jonathan attaque avec une voix de crooner. Pourtant, le morceau décolle, les paroles sont délicieuses (il décrit une femme adorable par son côté naturel, jusqu'à ses cheveux, "curly and wild" : je m'identifie complètement !), une ambiance chaleureuse est plantée.
No One Was Like Vermeer : Encore une déclaration d'amour, cette fois pour le célèbre peintre et on a droit en prime à une belle leçon d'histoire de l'art. "Veermer was eerie / Veermer was strange / He had a more modern colour range / As if born in another age/ Like maybe hundred or so ago." La guitare est irrésistiblement entraînante et on se rend compte que la voix de Jonathan est superbe et, à l'image de Vermeer, "sends a chill to our spine".
Time Has Been Going By So Fast : Un exemple de nostalgie extrême, sur la vie qui file à toute allure...
Es Como El Pan : Où Jonathan fait une démonstration fantaisiste de son talent pour les langues.
The Lovers Are Here And They're Full Of Sweat ; Le Printemps des Amoreux Est Venue ; This Romance Will Be Different For Me : Ecouter avec émotion ces charmantes chansons sur l'amour... Soupirer en se disant que le printemps est décidément trompeur. "This time I won't try to mend a lonely heart, lonely heart, lonely heart..."
When we refuse to suffer : "When we refuse to suffer / When we refuse to feel / Our lives become a bore / And we suffer the more". J'en ai fait ma devise, mais je confirme que je souffre comme une bête depuis que j'ai accepté de sentir.
Our Party Will Be On The Beach Tonight : L'une de mes mélodies préférées de cet album, une chanson à la fois incisive et décontractée. Jonathan y chante très mal mais réussit à faire passer une ambiance obscure, désenchantée.
Je découvre ses autres albums en ce moment, aussi inégaux que délicieux.
1. Because Her Beauty Is Raw And Wild
2. No One Was Like Vermeer
3. Time Has Been Going By So Fast
4. Es Como El Pan
5. Our Drab Ways
6. The Lovers Are Here And They're Full Of Sweat
7. Le Printemps Des Amoreux Est Venue
8. When We Refuse To Suffer
9. This Romance Will Be Different For Me
10. Old World
11. Our Party Will Be On The Beach Tonight
12. When We Refuse To Suffer
13. Here It Is
14. As My Mother Lay Lying
09 septembre 2009
Deux coqs dans la tanière
Lorsque nous avons appris que la prochaine promotion à l'Ecole compterait un nombre à peu près égal de femmes et d'hommes, il y a eu quelques soupirs de dépit parmi les célibataires. De l'avis général, c'était une bonne chose. C'était mieux, en soi, qu'il y ait plus d'hommes que les deux malheureux spécimens de notre propre fournée. Je dis "malheureux" en termes quantitatifs mais, pour la plupart des gens, responsables de formation, intervenants, élèves elles-mêmes, nos deux collègues étaient effectivement à plaindre.
Le sex-ratio de la salle suscitait souvent des commentaires chez les orateurs. Ils prenaient bien soin de nous saluer d'un "bonjour à tous", la règle du masculin neutre trouvant ici sa parfaite illustration, pour les gens au langage correct (et nos intervenants parlaient correctement ; c'était la moindre des choses, dans leur métier). Si quelqu'un adressait à "toutes" son salut et s'apercevait de sa bévue, il s'empressait de s'excuser et de corriger, étant attendu qu'il est intolérable pour un homme d'être englobé dans une assemblée de femelles. La contraire n'aurait, naturellement, fait sourciller personne. Les femmes n'ont pas pour habitude de s'offusquer de disparaître en tant que genre dans les groupes ; c'est même le contraire. Qu'y a-t-il de pire qu'un groupe de femmes, on se le demande ?
Pendant l'année, il arrivait fréquemment que nos deux mâles reçoivent des commentaires apitoyés sur leur situation. C'est vrai qu'ils étaient à plaindre : entourés d'une vingtaine de femmes cultivées, élégantes, drôles, qui faisaient des efforts pour les intégrer à la conversation, alors que leur tendance naturelle était le retrait autiste ! Dans une répartition inverse, deux femmes pour vingt hommes, je ne suis pas sûre que les marques d'intérêt auraient été aussi marquées, à part si elles avaient été jeunes et belles, ce qui n'était pas exactement le cas de nos deux mâles. Sans vouloir offenser personne, ils ne présentaient pas un intérêt érotique particulier.
Quoi qu'il en soit, l'année prochaine, ce sera "mieux", il y aura quinze femmes et quinze hommes, à peu près. La tension sexuelle sera terrible pendant les séances de formation à la recherche documentaire, les dérapages facebookiens proprement indignes ! L'ambiance sera bien meilleure, on s'en doute. Finis les relents de poulailler... Personnellement, j'ai tendance à penser que la bonne ambiance de cette année de devait rien à la présence des garçons, qui ne faisaient vraiment aucun effort. Au contraire, mes quelques souvenirs de remarques acides ou de réactions décevantes s'attachent à eux, surtout le jour où ils avaient semble-t-il décidé de jouer la carte de la solidarité masculine et de parler aux autres avec un soupçon de condescendance.
Au travail, je n'ai jamais vérifié que l'ambiance était meilleure avec un ou plusieurs hommes dans l'équipe. Dans la petite pièce où j'ai décroché le téléphone pendant un an, avec une dizaine d'autres personnes, la présence d'un jeune coq m'a rendu la tâche encore plus désagréable qu'elle ne l'aurait été par le seul contenu du poste. Il ne savait pas moduler le son de sa voix et parlait fort en permanence, au point de couvrir la voix de mes interlocuteurs au bout du fil. Il se croyait drôle, un jeune homme plein d'avenir, et tout le monde le confortait dans cette illusion, alors qu'il était juste lourd et extraverti, ne sachant pas se tenir en public. Mais c'était l'homme de l'équipe, alors il était de bon ton de l'idolâtrer et de boire toutes ses paroles, aussi niaises soient-elles.
Je viens d'exprimer mon point de vue sur mon nouveau poste, où j'occupe le statut maudit de cadre intermédiaire. A une collègue qui déplorait que la reconfiguration de l'équipe se faisait au détriment de la présence masculine, j'ai répondu posément : "Le plus important, c'est d'avoir des personnes compétentes et ponctuelles." C'était un coup bas contre les deux personnes qui venaient de quitter la Boîte, que j'aimais bien, pourtant, pour le peu que je les avais vues. Surtout le jeune mec, qui était très mignon quand il arrivait, les cheveux encore mouillés, avec deux heures de retard...
Si je fais le bilan, les meilleures ambiances de travail que j'ai connues tenaient à la diversité des âges et des origines sociales, plus qu'à la répartition équilibrée entre les sexes. Mais qui admettrait que des femmes aux parcours divers soient plus différentes entre elles et, donc, plus intéressantes, qu'un groupe de jeunes filles et garçons venant du même milieu, ou de mères et pères de famille planplan n'ayant rien à dire ? Toujours cette idée que les femmes sont semblables et réclament la touche de fantaisie d'une présence masculine...
01 septembre 2009
Les vilains noms des jolis coins de montagne
Tout un programme :

Ou pourquoi j'ai hurlé : "Eh ! Toi-même, d'abord !" lorsqu'on m'a annoncé le nom du prochain village :

Si le nom est vilain, l'endroit ne l'est pas du tout :

27 août 2009
Une semaine dans les alpages

Une vision céleste, surtout quand la gourde est vide.
Ca n'a l'air de rien comme ça, vous ne voyez pas les 300 mètres de dénivelé à pic dans la forêt pour y arriver !

La vue à l'heure de l'apéro.

Les vaches sont des animaux solidaires : tu me chasses les mouches du museau avec ta queue, je te gratte le dos avec ma corne (et réciproquement).

Petit problème au milieu du chemin.

Gros problème au milieu du chemin.

Un lac, un glacier, des reflets...

La vaste plaine du Clou.

Arc-en-ciel sur le Mont Pourri.
26 août 2009
Fever Ray - Fever Ray

J'ai découvert The Knife à la fin de l'année 2008. La voix puissante de Karin Dreijer Andersson, sur un son électro avec de belles mélodies plus que dansantes, m'a accompagnée pendant mes déambulations frigorifiées entre train, bus, métro, à travers la nuit angoissée des petits matins de mon premier stage. J'alternais avec Nine Inch Nails. Tout s'est bien passé, je n'avais même plus envie de retourner à l'Ecole.
Nouvelle ambiance au printemps 2009, toute de confusion. J'apprends que la chanteuse de The Knife sort un album solo et qu'il est tellement bizarre qu'il fait peur à écouter. Forcément, je l'ai acheté. En fait, il est très bien. Fever Ray, titre et nom que s'est choisi l'artiste pour l'occasion, est un disque monolithique, qui creuse un seul concept, à savoir le minimalisme lancinant. Les chansons sont assez ternes à la première écoute, aucune recherche du joli, les voix sont déformées, trop graves...
Il mérite d'être réécouté et révèle alors toute sa richesse. J'ai même fini par être émue à l'écoute de certains titres. Les chansons sont très bien écrites, avec des rythmes un peu tribaux. A l'écoute de ce qu'on croit comprendre des paroles, on se sent transportée vers des paysages gris au premier abord mais finalement plein de surprises. J'aime beaucoup "Seven" et "I'm Not Done", qui gardent tout leur mystère au bout de quelques dizaines d'écoutes.
1. If I Had A Heart
2. When I Grow Up
3. Dry And Dusty
4. Seven
5. Triangle Walks
6. Concrete Walls
7. Now's The Only Time I Know
8. I'm Not Done
9. Keep The Streets Empty For Me
10. Coconut
25 août 2009
Peaches - I Feel Cream

Un nouvel album de Peaches pour l'été, était-ce bien nécessaire pour ajouter à la canicule ambiante ? Oui ! oui ! oui !
Si j'étais jeune et cool, je dirais que ce disque est une tuerie, mais je me contiendrai... au moins jusqu'à "More". La pochette montre une photo très léchée, où Peaches est belle comme un camion. Quant à la musique, on trouve d'emblée un son très techno, dansant en diable, à la recherche limpide d'une efficacité diabolique.
En terrain connu avec "Serpentine (I Don't Give A... Part 2)", où l'on retrouve des paroles familières ("I don't give a fuck if you call me, I don't give a fuck if you're far from me..." ; à méditer et à répéter en boucle), on aborde ensuite un terrain inhabituel avec les deux suivantes.
"Why don't you talk to me ?", "I don't want to lose you" : ouh là, on rentre dans le domaine des relations adultes, où on s'engage, on dialogue ! Son puissant et voix de guerrière pour "Talk to me", mélancolie plus éthérée pour "Lose You". Ca devient sérieux. Je crois que je préférais le message de "Tent in your pants".
Pas le temps de réflechir, on embraie avec l'un des morceaux les plus dansants, "More". J'ai dit que j'allais me lâcher... me voilà en train de bondir dans tous les sens, chantant à tue-tête : "It seems you get a little bit more than you asked for !". Le son est parfaitement synthétique, inhumain ; j'adore.
Je ne retrouverai cet entrain incontrôlable qu'avec "Mommy Complex", où elle fait des propositions indécentes à une jeunesse. La chanson se danse mieux avec des gros seins, cela dit. Mais, pour être honnête, j'ai du mal à rester assise sur toute la durée du disque.
Un album gai et festif, pas très profond mais idéal pour se défouler. Exactement ce dont j'avais besoin en cet été qui n'est chaud que par la température extérieure...
1. Serpentine (I Don't Give A..Part 2)
2. Talk To Me
3. Lose You
4. More
5. Billionaire
6. I Feel Cream
7. Trick Or Treat
8. Show Stopper
9. Mommy Complex
10. Mud 3:06
11. Relax
12. Take You On
24 août 2009
Jason Lytle - Yours Truly, the Commuter

Il y a une vie après Grandaddy ! On avait laissé Jason Lytle enterrant son chat dans Just Like the Fambly Cat. Il revient regonflé à bloc pour un album solo :
Last thing I heard I was left for dead / Like I give two shits about what they said / I may be limping but I'm coming home
Cet album est une succession de petites perles mélodiques. Insignifiantes à la première écoute, elles gagnent à être réécoutées, au soleil, qu'on soit de bonne humeur ou pas. Il en faut du travail pour parvenir à cette légèreté sucrée, même si, je vous l'accorde, ce n'est pas raisonnable, passé l'âge de douze ans, d'entonner un joyeux refrain sur la joie d'être en week-end. Avec toujours cette touche de mélancolie qui pointe à travers les plus suaves accords...
1. Yours Truly, The Commuter
2. Brand New Sun
3. Ghost Of My Old Dog
4. I Am Lost (And The Moment Cannot Last)
5. Birds Encouraged Him
6. It's The Weekend
7. Fürget It
8. This Song Is The Mute Button
9. Rollin' Home Alone
10. You're Too Gone
11. Flying Thru Canyons
12. Here For Good






